Manifestations d’agriculteurs : la colère agricole s’invite dans les discussions des dirigeants de l’UE

Après des semaines de mobilisation dans toute l’Europe, les protestations du secteur agricole se sont glissées jusque dans les conclusions du sommet du Conseil européen de jeudi (1er février), les dirigeants reconnaissant les « préoccupations exprimées par les agriculteurs ».

/ EURACTIV.com
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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel. [<a href="https://www.shutterstock.com/it/g/Alexandros_Michailidis" target="_blank" rel="noopener">[SHUTTERSTOCK/Alexandros Michailidis]</a>]

Après des semaines de mobilisation dans toute l’Europe, les protestations du secteur agricole se sont glissées jusque dans les conclusions du sommet du Conseil européen de jeudi (1er février), les dirigeants reconnaissant les « préoccupations exprimées par les agriculteurs ».

L’ajout d’un paragraphe concernant les protestations d’agriculteurs dans le document publié à l’issue du sommet européen est intervenu en dernière minute, après une réunion entre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le Premier ministre belge Alexandre De Croo et de son homologue néerlandais, Mark Rutte, avec la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA), l’association flamande des agriculteurs Boerenbond et l’organisation européenne Copa-Cogeca.

Bien que le sujet n’était pas à l’ordre du jour officiel, il s’est finalement imposé en raison des nombreuses manifestations qui ont eu lieu à travers l’UE ces dernières semaines, mais aussi de la manifestation d’envergure organisée à Bruxelles en marge du sommet.

Les agriculteurs européens partagent, hors facteurs purement nationaux, à peu près tous les mêmes motifs de mécontentement : un revenu trop faible qui ne couvre parfois même pas leurs coûts de production, une surcharge administrative insoutenable, des législations trop complexes, ou encore des importations déloyales (accord UE-Mercosur, importations ukrainiennes…).

Les organisations d’agriculteurs demandent une révision de la Politique agricole commune (PAC), avec des dérogations à certaines exigences environnementales, mais plus largement une réduction de la charge administrative imposée par les législations européennes, qui peuvent également parfois être très complexes.

Elles insistent aussi sur l’introduction d’un mécanisme renforcé pour éviter un afflux excessif de produits agricoles exemptés de droits de douane importées d’Ukraine, ainsi que des règles commerciales plus équitables (clauses miroirs) en vertu desquelles les agriculteurs de pays tiers dont sont importés les produits seraient tenus de respecter les mêmes contraintes que les agriculteurs de l’UE.

Un autre point clé des revendications est lié à la rémunération des agriculteurs, qui demandaient un revenu décent puisqu’ils sont confrontés à une hausse des coûts de production, mais à une baisse des prix de leurs produits. Ils n’ont bien souvent aucune prise sur la fixation de ces prix.

« Le Conseil européen a débattu des défis qui se posent dans le secteur agricole et des préoccupations exprimées par les agriculteurs. Rappelant le rôle essentiel de la politique agricole commune, il invite le Conseil et la Commission à faire avancer les travaux en tant que de besoin. Le Conseil européen suivra l’évolution de la situation », affirment les conclusions du sommet.

La rencontre des dirigeants de l’UE était centrée sur la révision du cadre financier pluriannuel (CFP), dans le cadre duquel s’inscrivaient les discussions concernant le déblocage de 50 milliards de fonds pour venir en aide à l’Ukraine, une question épineuse qui avait entravé un accord sur la révision budget septennal lors du dernier sommet de décembre.

Au terme des négociations, une légère réduction de 1,1 milliard d’euros de certains programmes de la PAC et de la politique de cohésion a été décidée. Elle impactera des programmes pour la promotion des produits agricoles, selon nos informations. Les « enveloppes » nationales, c’est-à-dire les subventions aux agriculteurs, ne seront quant à elles pas affectées.

Mesures annoncées par l’UE

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, s’est montrée ouverte à examiner toutes les questions soulevées par les agriculteurs.

Outre les mesures précédemment annoncées concernant les dérogations aux règles de mises en jachère et la mise en place de mesures de sauvegarde renforcées pour protéger les agriculteurs de l’UE des importations ukrainiennes, la Commission s’est engagée à « réduire le fardeau administratif » qui pèse sur le secteur agricole.

La réduction de la « charge administrative » est un sujet « qui me tient à cœur », a souligné Mme von der Leyen, rappelant le dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture récemment lancé qui devrait permettre de développer « une vision et une feuille de route » sur la manière pour « atteindre nos objectifs communs » tels que « la neutralité climatique d’ici 2050 ».

Le dialogue stratégique « alimentera le programme de la prochaine Commission et aura certainement une influence sur les prochaines négociations sur la PAC », a noté Mme von der Leyen.

À l’issue du sommet, elle a annoncé que la Commission allait « travailler sur une proposition […] visant à réduire le fardeau administratif » causé par des procédures que les agriculteurs doivent réaliser dans le cadre de la PAC.

La proposition devrait être finalisée pour la prochaine réunion des ministres de l’Agriculture européens, sous le format du Conseil du conseil de l’UE « Agriculture et pêche », qui aura lieu le 26 février, a affirmé la cheffe de l’exécutif européen.

Concernant la concurrence déloyale, Mme von der Leyen a déclaré que Bruxelles devait « défendre les intérêts légitimes des agriculteurs, en particulier dans nos négociations commerciales, en garantissant des conditions de concurrence équitables en termes de normes ».

Pour sa part, le président français Emmanuel Macron a appelé lors d’une conférence de presse après le sommet à la mise en place d’une « force européenne de contrôle sanitaire et agricole » qui serait chargée de vérifier que les normes européennes sont appliquées de la même manière partout dans l’Union, mais également de s’assurer de l’application des clauses miroirs demandées par les agriculteurs européens avec les pays tiers.

Le président de la République s’est par ailleurs félicité du fait que l’accord de libre-échange controversé entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) n’ait finalement pas « été conclu à la va-vite ».

« La France s’oppose et continuera de s’opposer à cet accord de libre-échange », a-t-il martelé.