Malgré la désescalade des violences urbaines, la tension politique est à son comble

Loin du souhait d’une « unité nationale » du gouvernement face aux violences urbaines des derniers jours, les politiques français, de la gauche radicale et de la majorité notamment, continuent de se prendre à partie avec virulence.

Euractiv France
Questions to the government at the National Assembly in Paris
« Il n’y aura pas de retour au calme s’il n’y a pas de justice », a déclaré Mathilde Panot en s'adressant à la Première ministre, demandant notamment une remise en cause de la stratégie française de maintien de l’ordre. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Loin du souhait d’une « unité nationale » du gouvernement face aux violences urbaines des derniers jours, les politiques français, de la gauche radicale et de la majorité notamment, continuent de se prendre à partie avec virulence.

« Avec le retour au calme, les débats vont reprendre, c’est normal, c’est démocratique, c’est très sain. Mais je pense que c’est important que cela ne prenne pas le pas sur l’unité nationale », a déclaré la Première ministre Elisabeth Borne lors d’une réunion avec les députés de la majorité mardi (4 juillet) matin.

Les violences ayant éclaté en réaction à la mort d’un adolescent, tué par balle dans le cadre d’un contrôle de police, semblent bien se tarir depuis quelques jours. Or, force est de constater que « l’unité nationale » est loin d’être acquise.

La France insoumise (LFI, gauche radicale), par la voix de sa présidente de groupe Mathilde Panot, accuse le gouvernement de n’avoir proposé « aucun acte politique » en réponse aux émeutes. Le gouvernement aurait « peur de la police », a-t-elle expliqué, et « refuse de tirer les leçons de ce drame ».

« Il n’y aura pas de retour au calme s’il n’y a pas de justice », a-t-elle abondé, demandant notamment une remise en cause de la stratégie française de maintien de l’ordre.

Face à ces accusations, l’exécutif met en cause l’attitude de LFI, « qui refuse de condamner les violences », selon les propos de la Première ministre. En refusant d’appeler au calme, « vous sortez du champ républicain » et « vous jetez de l’huile sur le feu », a-t-elle lancé aux députés de LFI, qu’elle accuse d’« instrumentalise[r] un drame ». « Vous avez choisi un autre chemin, celui de l’outrance, de la brutalité verbale, celui de l’excuse constante de la violence ».

LFI a aussi essuyé des critiques venant de ses propres alliés, socialistes et communistes en particulier. Le leader du Parti communiste français, le député Fabien Roussel, a indiqué mardi qu’il se « désolidaris[ait] des propos tenus par Jean-Luc Mélenchon et certains insoumis, qui ont refusé d’appeler au calme, certains allant jusqu’à dire que ces violences sont légitimes, jusqu’à les justifier ».

La gauche a également dénoncé « le silence assourdissant » du gouvernement sur l’existence d’une cagnotte en ligne en soutien du policier accusé de l’homicide du jeune homme, ouverte par Jean Messiha, porte-parole d’Éric Zemmour pendant l’élection présidentielle, et ayant dépassé le million d’euros.

Cela prouverait une « connivence » entre l’exécutif et l’extrême droite, d’après la députée Emeline K/Bidi, qui demande à la Première ministre l’interdiction de cette récolte de fonds en ce qu’elle constitue une atteinte à l’ordre public. La NUPES juge insuffisante et pas à la hauteur la simple condamnation par les mots de cette cagnotte, la Première ministre ayant considéré qu’elle « n’aidait pas à l’apaisement ».

De l’autre côté du spectre politique, l’extrême droite cherche à établir un lien entre les violences urbaines et l’immigration, à l’image du député Rassemblement national (RN) Michaël Taverne, mardi à l’Assemblée nationale. Ce dernier a exhorté le gouvernement à « expulser les délinquants étrangers » face au « chaos sécuritaire » qui frappait la France.

En réponse, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a demandé au RN de « ne pas confondre les débats », expliquant que 90 % des personnes interpellées étaient de nationalité française. « Nous ne voulons ni de la haine des policiers ni de la haine des étrangers », a-t-il conclu.

Enfin, Marine Le Pen a accusé le gouvernement d’avoir fait de la France « un enfer » et « un spectacle qui afflige le monde entier », en prédisant pour les Jeux-Olympiques de 2024 à Paris « un désastre sécuritaire ».

« La seule chose dont vous êtes capable, c’est la caricature », a déploré Elisabeth Borne, selon qui Marine Le Pen « [fait] le choix de la division », tout en réitérant le besoin d’une « unité nationale ».