Malaise en France après la décision des États membres d’augmenter les quotas laitiers
Les ministres de l’agriculture de l’UE ont adopté leurs conclusions sur le bilan de santé de la PAC et décidé, malgré l’opposition de l’Allemagne et l’abstention de la France, d’élever les quotas laitiers de 2%. Dans l’Hexagone, les parties prenantes ont vivement réagi à cette décision.
Les ministres de l’agriculture de l’UE ont adopté leurs conclusions sur le bilan de santé de la PAC et décidé, malgré l’opposition de l’Allemagne et l’abstention de la France, d’élever les quotas laitiers de 2%. Dans l’Hexagone, les parties prenantes ont vivement réagi à cette décision.
En bref :
7,9%. C’est le niveau de hausse du prix du lait, occasionnée par la croissance de la demande mondiale, enregistré en 2007.
Cette situation offre « une réelle possibilité d’augmenter la production laitière », a expliqué le ministre slovène de l’Agriculture, des forêts et de l’alimentation, Iztok Jarc, après que le Conseil Agriculture et pêche a adopté le règlement pour une augmentation de 2% des quotas laitiers, lundi 17 mars.
C’est sur ce fondement de marchés en forte croissance que la Commission européenne a proposé, en décembre dernier, d’augmenter les quotas laitiers de 2% pour la période 2008-2009.
« La hausse des quotas n’implique pas une obligation de produire plus, mais une possibilité », a précisé la commissaire à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, lors de la conférence de presse suivant le Conseil, avant d’ajouter, elle aussi, que l’augmentation des quotas constituait une opportunité pour les producteurs européens.
Le régime des quotas laitiers a été mis en place par l’UE dans le cadre de la politique agricole commune (PAC), depuis 1984. Ce système a pour but d’enrayer la croissance continue de la production laitière et de la ramener progressivement au niveau de la consommation intérieure et des exportations non subventionnées.
Cette politique, qui a subi plusieurs ajustements au fil des ans, a permis de diminuer les dépenses communautaires liées au secteur du lait. D’abord contestée par la France, elle est aujourd’hui soutenue notamment par les agriculteurs français.
La France s’abstient, l’Allemagne vote contre
Considérant instable la situation sur les marchés, l’Allemagne a voté contre la proposition de la Commission. De son côté, la France s’est abstenue.
Si le ministre français de l’agriculture, Michel Barnier, a mis en évidence l’instabilité des marchés, son homologue allemand a indiqué craindre les répercutions négatives de cette hausse des quotas sur les petites et moyennes exploitations.
En France, nombreuses sont les organisations opposées à cette hausse des quotas. Les réactions à cette décision ne se sont donc pas faites attendre. Selon la Confédération paysanne « la mise en avant du grand marché mondial de la part des tenants du dogme libéral ne profite qu’à quelques opérateurs au détriment des producteurs ». La Coordination rurale estime, quant à elle, que cette décision constitue « le premier acte du mauvais scénario conçu par la Commission pour obtenir la baisse du prix du lait en organisant la surproduction ».
« Cette stratégie comporte deux erreurs grossières que la France aurait du dénoncer : le manque de lait n’est pas dû à une insuffisance des quotas mais à leur sous-réalisation ». « Et c’est parce que le prix du lait n’a cessé de diminuer », que de nombreux producteurs « ont fini par abandonner la production », ajoute la Coordination rurale.
1% par an jusqu’en 2015
La Commission envisage une hausse progressive des quotas de 1% environ par an, jusqu’à leur abolition complète prévue pour 2015. Cette suppression devrait cependant se faire «en douceur » avec notamment des mesures spécifiques pour les régions les plus vulnérables, a indiqué l’exécutif européen.
Lors du Conseil, les ministres de l’agriculture ont également adopté leurs conclusions sur le bilan de santé de la PAC. Les États membres sont majoritairement en accord avec la direction donnée par la Commission, selon Mariann Fischer Boel.
Les 27 ont en revanche rejeté la proposition visant à plafonner le montant des subventions accordées aux grandes exploitations agricoles pour utiliser ces sommes pour soutenir le développement rural.
Si les États membres souhaitent tous une réforme « à la carte », et cherchent à obtenir ce qui dessert le moins leur agriculture, « on reste au moins dans le même restaurant », a cependant ironisé Mariann Fischer Boel.
« Par ces conclusions, le Conseil adresse un message clair et définit des orientations fermes pour le futur développement de la politique agricole pour la période 2009–2013 », a ajouté la Présidence slovène de l’UE par la voix d’Iztok Jarc.
La Commission doit rendre ses propositions législatives sur le bilan de santé de la PAC en mai.