Magyar nomme un proche conseiller à la tête de son cabinet
L'un des axes principaux du mandat de Ruff consiste à faire face à l'héritage des années Orbán
BUDAPEST – Péter Magyar a choisi Bálint Ruff, l’un de ses conseillers politiques, pour diriger son futur cabinet du Premier ministre, un poste clé chargé de faire adopter, de superviser et de défendre ses réformes.
Jusqu’à sa nomination, Ruff était un analyste et animateur de premier plan sur Partizán, la chaîne YouTube indépendante d’opposition où Magyar a lancé sa carrière politique en 2024.
C’est un vétéran de la politique d’opposition hongroise. À partir de 2006, il a conseillé des figures clés du parti libéral SZDSZ, puis a dirigé la campagne électorale de 2017 du politicien socialiste László Botka pour le poste de Premier ministre – qui s’est soldée par un échec. En 2021, Ruff a travaillé aux côtés de Péter Tóth – le récent directeur de campagne de Magyar – sur la tentative infructueuse de l’opposition unie de détrôner Viktor Orbán en 2022.
« Le moteur du changement de régime »
Dans une interview accordée au média indépendant Válasz Online, Ruff a détaillé son mandat et sa vision pour le cabinet du Premier ministre. Il a précisé que, bien qu’il n’ait eu aucune relation officielle avec Tisza pendant la campagne, Magyar sollicitait fréquemment ses conseils « en privé ».
Il a promis de rompre clairement avec le style de gouvernance de Viktor Orbán, ainsi qu’avec le rôle conflictuel joué par son prédécesseur, Gergely Gulyás, qui avait été un fervent défenseur de la direction du Fidesz au sein du gouvernement sortant.
« Ce ne sera pas le cabinet du Premier ministre auquel nous nous sommes habitués sous le régime Orbán, ni une organisation en expansion constante fonctionnant comme une Étoile de la Mort », a assuré Ruff. Il a plutôt décrit son ministère comme le « moteur du changement de régime », chargé de coordonner les autres ministères, de faire respecter les engagements politiques et de maintenir un centre stratégique central.
Responsabilité et transparence
Un thème central du mandat de Ruff consiste à s’attaquer à l’héritage des seize dernières années. À cette fin, Ruff a défini deux priorités immédiates. Premièrement, créer l’Office national de recouvrement et de protection des actifs, doté des « pouvoirs les plus étendus possibles » pour enquêter sur la corruption.
« Je dois veiller à ce que la justice atteigne le gang qui a privé le pays d’au moins 20 000 milliards de forints (55 milliards d’euros) », a-t-il déclaré.
Deuxièmement, il a promis de rendre enfin publics les dossiers de la sécurité d’État de l’époque communiste en Hongrie – les « dossiers d’agents » – avec un minimum de caviardages. Il a fait valoir que l’incapacité à mettre au jour les crimes des régimes précédents après la transition démocratique de 1989 reste un problème sociétal persistant.
Obtenir des fonds européens
Ruff a également confirmé un changement structurel important concernant les affaires européennes. Le Secrétariat d’État aux Affaires européennes sera placé directement sous l’autorité du Cabinet du Premier ministre.
Il a expliqué que Magyar avait l’intention de garder ce portefeuille sous sa supervision directe, ce qui reflète l’importance cruciale de débloquer les fonds de cohésion et de relance actuellement gelés par Bruxelles.
« Ramener ces fonds au pays était l’un de ses principaux engagements de campagne, et les tâches les plus urgentes à cet égard restent à accomplir au cours des prochains mois », a indiqué Ruff. « Car c’est la tâche la plus importante à l’heure actuelle. »
(bw, cs)