Magnus Brunner se montre « ouvert » aux centres de retour et obtient l’approbation du Parlement

Magnus Brunner, le commissaire autrichien désigné aux Affaires intérieures et à la Migration, s’est efforcé de montrer son « ouverture d’esprit » aux nouvelles idées de politique migratoire, et a promis de se pencher sur les centres de retour et l’accord Italie-Albanie.

/ EURACTIV.com
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L’Autrichien était considéré à Bruxelles comme un choix surprise pour le poste de commissaire à l’Immigration, étant jusqu’à présent ministre des Finances et disposant d’expérience en matière de politique énergétique. [Alexis HAULOT]

Magnus Brunner, le commissaire autrichien désigné aux Affaires intérieures et à la Migration, s’est efforcé de montrer son « ouverture d’esprit » aux nouvelles idées de politique migratoire, et a promis de se pencher sur les centres de retour et l’accord Italie-Albanie.

L’homme de 52 ans s’est présenté comme l’opposé d’un « showman », prêt à s’engager dans de « larges consultations » chaque fois que nécessaire. Lors de son audition, mardi 5 novembre au soir, il a répondu à la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) comme un écolier récitant des leçons apprises par cœur, évitant à plusieurs reprises les questions qui sortaient du script.

Il a misé sur sa carrière d’avocat et ses postes politiques passés pour se présenter comme un responsable politique sérieux et à cheval sur les règles. L’Autrichien a cependant été considéré à Bruxelles comme un choix surprise pour le poste de commissaire à la Migration, puisqu’il exerçait jusqu’à présent la fonction de ministre des Finances et dispose d’une grande expérience en matière de politique énergétique.

Il a été sélectionné pour diriger l’un des portefeuilles les plus controversés des années à venir, pour lequel il devra non seulement naviguer entre les États membres pour qui l’immigration est un sujet brûlant, mais aussi négocier avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a clairement indiqué qu’elle garderait un contrôle étroit sur les questions d’immigration à l’avenir.

Centres de retour et accord entre l’Italie et l’Albanie

S’exprimant en allemand pendant toute l’audition, Magnus Brunner a confirmé qu’il ferait de la pleine mise en œuvre du Pacte sur la migration et l’asile une « priorité » et qu’il se tiendrait prêt à lancer des procédures d’infraction contre les États membres qui ne s’y conforment pas.

Mais il s’est surtout concentré sur les « affaires inachevées » qui, selon lui, doivent être traitées, affirmant à plusieurs reprises sa volonté d’examiner de nouvelles idées sur la manière d’améliorer la politique migratoire de l’UE.

« Le Pacte sert de base à d’autres travaux et développements », a-t-il indiqué aux eurodéputés.

Il souhaite promouvoir de nouveaux partenariats avec les pays tiers et explorer le potentiel des futurs centres de retour, un sujet qu’il avait notoirement évité d’aborder dans ses réponses écrites aux questions des eurodéputés publiées il y a deux semaines.

Il a affirmé qu’il « écouterait » le Parlement européen et les États membres « pour savoir à quoi pourraient ressembler les centres de retour et comment les mettre en œuvre », alors que les questions abondent sur la manière dont les centres de retour fonctionneraient dans la pratique.

Selon son analyse de la situation, les centres accueilleraient avant tout les migrants en situation irrégulière qui n’ont pas obtenu l’asile pendant leur séjour dans l’UE et qui sont renvoyés dans leur pays d’origine.

Mais il s’est aventuré sur un terrain plus controversé en déclarant qu’il se pencherait également sur l’accord entre l’Italie et l’Albanie, où les demandes d’asile sont traitées en dehors des frontières de l’UE.

« Nous devons examiner cet accord et être ouverts à de nouvelles choses », a-t-il répondu à Fabienne Keller, coordinatrice de la commission LIBE et eurodéputée Renew.

« Je suis intéressé par l’expérience qui pourrait être acquise [une fois que l’accord sera pleinement mis en œuvre] » — manquant par la même occasion de mentionner les récents rejets des tribunaux italiens et européens.

Il a promis qu’il tiendrait le Parlement informé de tout nouvel accord sur l’immigration, qui jusqu’à présent ont souvent été négociés dans des conditions opaques.

Directive sur les retours, Frontex et Schengen

Sur d’autres sujets, il s’en est tenu à la ligne officielle, déjà définie avant le sommet du Conseil européen d’octobre.

Il a confirmé l’introduction d’une nouvelle proposition législative pour une révision de la directive sur les « retours » d’ici l’été 2025, ancrée dans la reconnaissance mutuelle des décisions en matière d’asile.

La refonte devrait se concentrer sur la rationalisation du traitement des données et la simplification des procédures de retour dans tous les domaines, en réponse aux critiques selon lesquelles la directive existante de 2008 n’est plus adaptée.

Il a également réitéré son engagement à tripler le corps permanent de Frontex pour le porter à 30 000 personnes afin d’améliorer l’efficacité globale de l’agence, sans toutefois préciser quand cet objectif serait atteint. Cela permettra à Frontex, a-t-il expliqué, de jouer un rôle plus important, notamment en ce qui concerne la gestion des retours.

Enfin, s’adressant aux eurodéputés inquiets de voir l’espace Schengen vivre ses derniers jours alors que de plus en plus d’États membres introduisent des contrôles aux frontières intérieures, il a insisté sur le fait que les contrôles devraient être une mesure de « dernier recours » et strictement « temporaire ».

Le candidat autrichien a également réitéré son soutien à l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’espace Schengen, un processus auquel son pays a longtemps opposé son veto.

« Les discussions se poursuivent », a affirmé Magnus Brunner. « Elles porteront leurs fruits sous la forme d’une adhésion à part entière ».

Approbation et futur vote

Magnus Brunner a reçu le soutien nécessaire des groupes parlementaires pour passer à l’étape finale du processus d’approbation. Issu du Parti populaire européen, il a obtenu le soutien de sa propre famille politique, ainsi que de Renew Europe et des Conservateurs et Réformistes européens.

Plus surprenant, il a également reçu le soutien des Socialistes et Démocrates européens (S&D), qui se sont pourtant toujours présentés comme des opposants résolus à l’agenda de la politique migratoire de la présidente de la Commission européenne.

« Même si nous avons quelques doutes […], nous le prendrons au mot et espérons qu’il le fera », a affirmé l’eurodéputée S&D allemande Birgit Sippel.

Les groupes d’extrême droite Patriotes pour l’Europe et Europe des nations souveraines ont voté contre, tout comme La Gauche. Les Verts/ALE se sont abstenus.

Dans l’ensemble, le commissaire désigné a passé le seuil de la majorité des deux tiers nécessaire à son approbation. Il devra maintenant être voté, avec l’ensemble du nouveau Collège des commissaires, lors de la plénière du Parlement plus tard dans l’année — ce qui ne devrait pas être plus qu’une formalité.

[Édité par Anna Martino]