Macron et Merz promettent un « nouvel élan » pour l'UE grâce à un programme économique commun
À Toulon, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont présenté vendredi 29 août une série de projets conjoints, affirmant leur volonté de démontrer que l’axe franco-allemand reste le moteur de l’Union européenne.
Le 25ᵉ Conseil des ministres franco-allemand, qui s’est ouvert dans une ambiance solennelle, entre fanfares et sourires, a été salué par le président de la République comme un « tournant » dans les relations entre Paris et Berlin.
« Ensemble, la France et l’Allemagne veulent donner un nouvel élan à l’Europe : plus compétitive, plus productive et plus souveraine », a résumé Emmanuel Macron.
Friedrich Merz a ajouté que Paris et Berlin « partagent la même vision lucide des grands défis » auxquels ils sont confrontés.
Les deux dirigeants ont présenté huit documents stratégiques et une vingtaine de projets, couvrant les domaines de l’énergie, du commerce, de l’industrie, des technologies de pointe, de la compétitivité et du marché unique.
Parmi ces annonces, un engagement à renforcer la coopération bilatérale sur les questions commerciales, alors que les tensions dans ce domaine ont ces dernières années souvent opposé Paris et Berlin.
Certains dossiers sensibles ont toutefois été soigneusement évités. Le très controversé accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, soutenu par l’Allemagne mais rejeté par la France, a été réduit dans le communiqué final à une promesse d’« un programme commercial pragmatique de l’UE » assorti de « garanties pour les secteurs stratégiques, en particulier l’agriculture ».
C’est sur l’énergie que des avancées importantes sont par contre à noter. Le précédent gouvernement allemand, composé des socialistes (SPD), des Verts et des libéraux (FDP) s’était fermement opposé à Paris sur le dossier du nucléaire, bloquant à plusieurs reprises toute évolution du cadre européen en faveur de l’atome. Aux côtés de l’Autriche et d’autres capitales, Berlin faisait même partie d’une alliance pro-renouvelables pour contrer l’influence française.
Mais le changement de cap opéré depuis l’arrivée de Friedrich Merz au pouvoir plus tôt cette année a été confirmé à Toulon : Emmanuel Macron et le chancelier allemand ont annoncé l’ouverture d’un processus de travail commun sur le rôle des différentes technologies énergétiques dans la réalisation des objectifs climatiques de l’UE.
Celui-ci pourrait déboucher sur des ajustements ciblés de certaines règles européennes et sur la définition de l’architecture énergétique de l’Union à l’horizon 2040.
Cette évolution représente une victoire diplomatique pour la France, qui militait depuis des années — avec une douzaine d’autres capitales favorables au nucléaire — pour que Bruxelles reconnaisse cette énergie comme bas-carbone et l’intègre à la stratégie de l’UE pour la neutralité climatique.
La déclaration franco-allemande insiste également sur le principe de « non-discrimination entre toutes les technologies bas-carbone et compatibles avec la neutralité climatique ». En clair, Paris obtient que le nucléaire soit traité sur un pied d’égalité avec les renouvelables dans les discussions européennes.
Outre l’énergie, les deux pays ont dévoilé un agenda numérique commun. Ils comptent proposer à la Commission européenne une simplification des règles européennes, notamment sur l’IA, et travailler ensemble sur le cloud, l’intelligence artificielle et les technologies quantiques. Les deux pays plaident aussi pour que l’UE privilégie, dans les secteurs stratégiques, l’achat de solutions européennes. Un sommet sur la souveraineté numérique est prévu le 18 novembre avec la Commission et les autres capitales européennes.
Sur le volet de la défense, les deux capitales ont également franchi un cap. Elles ont annoncé que leurs réunions bilatérales incluraient désormais la question de la dissuasion nucléaire, jusque-là taboue. L’objectif, selon Friedrich Merz, n’est pas de se substituer à l’OTAN mais de renforcer son pilier européen.
Cette ouverture reflète une volonté croissante de l’Allemagne, tout comme d’autres pays européens, de ne plus dépendre uniquement des Américains. La France, seule puissance nucléaire de l’UE depuis le Brexit, avait toujours entretenu une certaine ambiguïté sur l’usage de son arsenal nucléaire pour protéger ses voisins, mais Emmanuel Macron a récemment laissé entendre que celui-ci pourrait contribuer à la sécurité collective face à la menace russe.
Les dispositions détaillées vendredi seront suivies dans les mois à venir de « clauses de révision » régulières. Mais ce programme reste largement théorique, et il pourrait être fragilisé par le vote de confiance du 8 septembre qui devrait faire tomber le gouvernement Bayrou.
La presse allemande s’est d’ailleurs montrée cette semaine beaucoup moins optimiste que les participants de la réunion de Toulon : « La France devient un fardeau pour l’Europe », pouvait-on lire dans le quotidien allemand Die Welt jeudi.
Emmanuel Macron a de son côté durant deux jours soigneusement évité d’évoquer la crise politique française. Confronté aux questions des journalistes à ce sujet vendredi, il a toutefois souligné que la feuille de route présentée à Toulon « engage la France dans la continuité », même si le gouvernement Bayrou venait à tomber le 8 septembre.
Il a indiqué qu’il mènerait son mandat présidentiel « à son terme » — excluant donc toute démission.
Thomas Moller-Nielsen, Nikolaus J. Kurmayer, Aurélie Pugnet et Maximilian Henning ont contribué à la rédaction de cet article.
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(asg)