Emmanuel Macron en Algérie : "une première étape vers la réconciliation"
Le président Emmanuel Macron effectuera une « visite d'amitié » de trois jours en Algérie à compter de jeudi, dans un souci d'apaisement des tensions diplomatiques entre les deux pays. Une « réconciliation mémorielle » sera aussi au cœur des échanges.
Le président français Emmanuel Macron effectuera une « visite d’amitié » de trois jours en Algérie à compter de jeudi (25 août), dans un souci d’apaisement des tensions diplomatiques entre les deux pays. Une « réconciliation mémorielle » autour de la guerre d’Algérie (1954-1962) sera aussi au cœur des échanges.
Selon M. Macron et le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le déplacement « contribuera à approfondir la relation bilatérale tournée vers l’avenir au bénéfice des populations des deux pays, à renforcer la coopération franco-algérienne face aux enjeux régionaux et à poursuivre le travail d’apaisement des mémoires ».
Le renforcement des liens économiques et énergétiques sera également à l’ordre du jour. Les chiffres du ministère de l’Économie indiquent que la France est le deuxième partenaire commercial de l’Algérie, avec 10,6 % du total des importations algériennes, juste derrière la Chine et ses 16,8 %.
La France est également le premier client de l’Algérie pour le pétrole brut, à hauteur de 1,15 milliard de dollars en 2020, selon l’Observatoire de la complexité économique.
Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, sera aussi du voyage, ainsi qu’un large panel d’entrepreneurs français, comme Xavier Niel, fondateur et actionnaire principal du groupe de télécommunications Iliad, maison mère du fournisseur d’accès à internet Free.
Alors qu’une crise énergétique menace l’Europe suite à la guerre en Ukraine, l’Élysée a par ailleurs indiqué qu’il n’y aurait pas d’annonce de grande ampleur sur l’énergie. Néanmoins, la directrice générale du fournisseur d’énergie Engie, Catherine MacGregor, fera partie de la délégation « pour montrer notre intérêt », explique l’Elysée.
À noter qu’en juillet, Mario Draghi, alors président du Conseil des ministres italien, avait négocié une accélération des livraisons de gaz algérien vers l’Italie.
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Tensions diplomatiques au plus haut
En outre, cette « visite d’amitié », à défaut d’être une visite d’État, s’inscrit dans un cycle de tensions diplomatiques et de reprise des relations entre les deux pays.
Pour preuve, le président français devait se rendre en Algérie initialement début juillet, près du jour de l’anniversaire de l’indépendance algérienne. Mais le voyage fut décalé pour éviter tout heurt, M. Macron ayant sous-entendu l’année dernière que la nation algérienne n’avait commencé à exister qu’avec la colonisation française.
Ces propos avaient largement agacé les autorités algériennes. À l’époque, cela avait entraîné le rappel de l’ancien ambassadeur d’Algérie à Paris, remplacé et revenu depuis.
Au même moment, M. Macron avait annoncé une réduction de 50 % du nombre de visas octroyés à des Algériens. Sur ce sujet, le ministre de l’Intérieur et des Outre-mers, Gérald Darmanin, qui accompagnera le président de la République, devrait négocier un apaisement avec son homologue algérien.
Enfin, M. Macron avait aussi qualifié le gouvernement algérien de « système politico-militaire », ancré dans une « rente mémorielle ». En représailles, Alger avait interdit le survol de son territoire des avions militaires français à destination du Mali.
Le président français et son homologue algérien devraient aussi aborder le sujet de la présence de forces armées russes en mer Méditerranée qui font suite au partenariat militaire historique entre la Russie et l’Algérie.
Apaiser les mémoires
Les différends entre les deux pays ne datent cependant pas d’il y a un an. Ils sont plus profonds et complexes, portant en grande partie sur l’histoire commune de la guerre d’Algérie. La non-reconnaissance officielle de la part de la France, jusqu’en février 2022, des « harkis », ressortissants algériens qui ont servi d’auxiliaires aux forces françaises pendant la guerre, pesait tout particulièrement.
Tout comme la mise en route d’un processus de reconnaissance, de diagnostic et de réhabilitation des sites et des victimes des essais nucléaires français dans le désert du Sahara algérien entre 1960 et 1965.
Sur ces questions, le président de la République a invité Benjamin Stora qui, sur demande de l’Élysée, a travaillé de nombreux mois sur l’élaboration d’un rapport de réconciliation des mémoires, rendu public en janvier 2021.
Emmanuel Macron, qui devrait s’arrêter à Alger et Oran, profitera ainsi du déplacement pour, selon l’Élysée, « s’adresser à toute l’Algérie » et marquer « un premier pas vers la réconciliation », avant une hypothétique et véritable visite d’État.