Lutte contre les organismes nuisibles : la Grèce dénonce des objectifs européens trop « restrictifs »

Au cours de la dernière décennie, le déploiement de la lutte intégrée contre les organismes nuisibles a connu des revers en Grèce, et ce malgré quelques résultats positifs, les agriculteurs s’offusquant des objectifs « restrictifs » de l’UE qui, selon eux, freinent le progrès.

EURACTIV Grèce
This article is part of our special report "Lutte intégrée contre les organismes nuisibles : un aperçu de la situation dans l’UE"
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La lutte intégrée contre les organismes nuisibles est une stratégie qui consiste à utiliser, dans un ordre hiérarchique, différentes techniques pour combattre les nuisibles dans les cultures afin de limiter les dégâts qu’ils engendrent tout en réduisant au maximum l’utilisation de produits phytosanitaires chimiques. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/farmer-spraying-vegetable-green-plants-garden-1768278008" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK</a>]

Au cours de la dernière décennie, le déploiement de la lutte intégrée contre les organismes nuisibles (Integrated Pest Management, IPM) a connu des revers en Grèce, et ce malgré quelques résultats positifs, les agriculteurs s’offusquant des objectifs « restrictifs » de l’UE qui, selon eux, freinent le progrès.

La lutte intégrée contre les organismes nuisibles est une stratégie qui consiste à utiliser, dans un ordre hiérarchique, différentes techniques pour combattre les nuisibles dans les cultures afin de limiter les dégâts qu’ils engendrent tout en réduisant au maximum l’utilisation de produits phytosanitaires chimiques.

Ce système est un élément central du plan d’action national grec 2020 pour la réduction de pesticides, qui souligne par ailleurs le rôle essentiel de cette stratégie dans l’action environnementale et climatique du pays.

À ce titre, un certain nombre d’actions ont été mises en œuvre à l’initiative du ministère du Développement rural et de l’Alimentation afin d’encourager l’adoption de l’IPM, notamment des directives spécifiques aux cultures élaborées chaque année afin de fournir aux utilisateurs professionnels de pesticides des conseils adaptés.

Selon un représentant de l’association agricole de Paggaio, active dans la région de Kavála, dans le nord de la Grèce, ces mesures ont largement contribué au succès de la lutte intégrée contre les organismes nuisibles en Grèce.

« La lutte intégrée contre les organismes nuisibles a résolu de nombreux problèmes dans les cultures et a abouti à des résultats très satisfaisants », a confié le représentant à EURACTIV Grèce. Il a également expliqué que les agriculteurs parlent de résultats très satisfaisants tant qu’elle était appliquée en fonction des besoins des sols grecs.

Cependant, malgré certains signaux positifs, des difficultés importantes sont apparues ces dernières années dans le déploiement de la lutte intégrée contre les ravageurs.

Selon le représentant agricole régional, cela est dû en grande partie aux « objectifs et à la nouvelle législation européenne », qui constituent un obstacle à la mise en œuvre de la lutte intégrée.

Le ministre du Développement rural et de l’Alimentation, Georgios Georgantas, a clairement indiqué lors d’un récent débat parlementaire que les objectifs climatiques du pays sont inextricablement liés aux objectifs européens du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), soulignant que l’objectif national est de réduire l’utilisation des pesticides et des engrais de 50 % d’ici 2030.

Toutefois, en raison de l’intégration nationale des objectifs européens, la liste des pesticides autorisés est constamment mise à jour.

Ainsi, une série de pesticides conventionnels, qui étaient essentiels pour la mise en œuvre de la lutte intégrée contre les parasites, sont soit en train d’être remplacés par des pesticides biologiques, soit entièrement supprimés.

Beaucoup d’espoir repose sur le potentiel des pesticides biologiques, un type de pesticide fabriqué à partir de matériaux naturels tels que les animaux, les plantes, les bactéries et certains minéraux, qui jouent un rôle croissant dans l’agriculture.

Selon une récente publication de CropLife Europe, l’association représentant l’industrie européenne de la protection des cultures, le marché mondial des biopesticides valait 3,5 milliards d’euros en 2020. Il devrait par ailleurs atteindre 17,1 milliards d’euros d’ici 2031.

Mais l’utilisation des pesticides biologiques continue de se heurter à des problèmes techniques et règlementaires, comme le fait qu’ils sont moins efficaces par exemple.

Pour le représentant agricole grec, cela signifie qu’il est actuellement impossible de gérer efficacement les organismes nuisibles avec les outils biologiques actuellement disponibles, ce qui entraîne souvent une perte de rendement.

En outre, selon lui, le coût élevé de l’achat de produits spécifiques est également un obstacle au déploiement de la lutte intégrée contre les nuisibles.

Les prix des pesticides ont augmenté d’au moins 50 % au cours des trois dernières années, avec une augmentation supplémentaire de 20 % rien que cette année, ce qui accroît considérablement les coûts et décourage les agriculteurs de mettre en œuvre correctement et pleinement cette méthode, a déclaré le représentant.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]