Lutte contre le trafic de drogue : Paris réaffirme sa stratégie anti-libéralisation
Après les fusillades mortelles de Marseille, la piste du trafic de drogue est privilégiée. L'occasion pour le ministre de la Justice de réitérer l'opposition du gouvernement à légaliser certaines drogues, à l'inverse de ses pairs européens.
Après les fusillades mortelles de Marseille, la piste du trafic de drogue est privilégiée. L’occasion pour le ministre de la Justice de réitérer l’opposition du gouvernement à légaliser certaines drogues, à l’inverse de ses pairs européens.
À Marseille, dans les Bouches-du-Rhône (13), dans la nuit de dimanche à lundi (2 et 3 avril), des fusillades ont fait au moins trois morts et douze blessés.
Sur le plateau de l’émission 4V de Télématin mardi (4 avril), le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a établi un lien direct entre les fusillades qui ont eu lieu dans la cité phocéenne et le trafic de drogue.
« Je fais un lien direct entre les trafiquants et les consommateurs . Le confort festif, ça donne des règlements de compte. Tous ceux qui consomment le petit pétard le samedi soir devraient s’en souvenir », a-t-il déclaré.
Le ministre a aussi réaffirmé sa position contre la légalisation de la drogue.
«Je suis contre la libéralisation de la consommation de produits stupéfiants, d’abord parce que sur notre jeunesse cela a des effets délétères que nous connaissons et notamment des pathologies psychiatriques parfois lourdes, donc je pense qu’il faut maintenir cette interdiction », a-t-il ajouté.
.@E_DupondM sur la situation à Marseille : "Je fais un lien direct entre les trafiquants et les consommateurs. Le confort festif donne ces règlements de compte. Tous ceux qui fument le pétard le samedi soir devraient s'en souvenir" 🔴🗣 #Les4V pic.twitter.com/WCSb8Q5LAO
— Telematin (@telematin) April 4, 2023
De son côté, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé lundi l’arrivée de la CR8 à Marseille, une unité spécialisée dans les violences urbaines. Onze officiers de la police judiciaire seront également déployés d’ici septembre, a précisé le ministre dans un tweet.
En matière de consommation de drogues, la France se hisse en haut du podium européen. C’est le premier pays consommateur de cocaïne et le deuxième pays consommateur de cannabis.
Côté cocaïne, le pays compte 600 000 usagers par an et côté cannabis 5 millions, selon un rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) publié lundi 27 mars.
44,8 % des Français entre 15 et 64 ans ont déjà consommé au moins une fois du cannabis dans leur vie, selon un rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OFDT) publié en septembre 2021.
À titre d’exemple, ce chiffre est de 37,5% pour l’Espagne et 38,4% pour le Danemark. Aux Pays-Bas, où le cannabis est en vente libre, le chiffre est de 27,7%.
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2023-2027 : politique encore plus restrictive
En parallèle, la France a l’une des politiques les plus restrictives en matière de drogues et notamment en ce qui concerne le cannabis : ni le cannabis médical, ni le cannabis récréatif ne sont autorisés.
Dans l’Union européenne, de nombreux pays ont dépénalisé la consommation de cannabis comme l’Espagne, le Portugal ou encore les Pays-Bas où les consommateurs n’encourent ni amende ni peine de prison.
L’Allemagne pourrait également s’engager sur la voie de la légalisation du cannabis récréatif dès 2024.
Alors même si la France suivra « de près » l’évolution du cadre législatif allemand, le ministère de l’Intérieur préfère pour l’heure renforcer les moyens humains et financiers pour traquer les consommateurs et dealers plutôt que d’envisager un assouplissement de la loi.
En France, en 2022, 128,6 tonnes de cannabis ont été saisies, soit une augmentation de 15% par rapport à 2021, se félicite le ministère de l’Intérieur dans le bilan 2022 contre les drogues.
Le gouvernement ne compte pas s’arrêter là. Le 9 mars dernier, il publiait la stratégie interministérielle de mobilisation contre les conduites addictives 2023-2027. Celle-ci prévoit une intensification de la politique de lutte contre les trafics de stupéfiants.
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« La répression rend le trafic plus dynamique »
Mais plusieurs experts s’accordent à dire que la répression n’empêche pas la consommation, voire produit l’effet inverse.
« La répression rend le trafic plus dynamique, c’est l’effet ballon, les études le montrent », avait déclaré Marie Jauffret Roustide, sociologue et chercheuse à l’INSERM dans un entretien avec EURACTIV France.
Selon la sociologue, dépénaliser la consommation de cannabis permettrait d’avoir une approche fondée sur la santé publique, et serait également un moyen de lutter contre le trafic et les violences.