L’Ukraine autorisée à frapper des cibles en Russie avec des armes américaines et allemandes

L'Allemagne et les États-Unis ont ouvertement soutenu l'Ukraine dans sa volonté de frapper des cibles militaires en territoire russe avec leurs armes, levant ainsi un tabou de taille autour des règles que Kiev doit suivre pour résister à l'attaque de Moscou.

Euractiv.com
Ukraine’s President Volodymyr Zelensky visits Berlin
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé en début de semaine que l’Ukraine n’utilisait pas actuellement « les armes de nos partenaires pour attaquer le territoire russe » afin de ne pas prendre le risque de perdre leur soutien — une situation qu’il a jugée « injuste », demandant aux alliés de donner à son pays « l’autorisation de le faire ». [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

L’Allemagne et les États-Unis ont ouvertement soutenu l’Ukraine dans sa volonté de frapper des cibles militaires en territoire russe avec leurs armes, levant ainsi un tabou de taille autour des règles que Kiev doit suivre pour résister à l’attaque de Moscou.

Depuis le début de la guerre en février 2022, entre cinq et dix pays, dont le Royaume-Uni, la Finlande, la France, la Pologne, la Lituanie et les Pays-Bas, ont apporté leur soutien à l’Ukraine.

Cependant, ces derniers jours, la pression sur les soutiens de Kiev a augmenté d’un cran avec l’ouverture par la Russie d’un nouveau front au nord de Kharkiv, ce qui a mis à rude épreuve les forces ukrainiennes, épuisées et manquant de munitions.

La situation s’est encore assombrie avec l’incertitude concernant la possibilité pour les forces armées ukrainiennes d’utiliser des armes livrées par l’Occident afin de viser des stocks d’armement et d’autres cibles militaires sur le territoire russe.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé en début de semaine que l’Ukraine n’utilisait pas actuellement « les armes de nos partenaires pour attaquer le territoire russe » afin de ne pas prendre le risque de perdre leur soutien — une situation qu’il a jugée « injuste », demandant aux alliés de donner à son pays « l’autorisation de le faire ».

Dans un entretien accordé au magazine Economist la semaine dernière, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a appelé les membres de l’OTAN à lever les restrictions sur l’utilisation des armes afin que l’Ukraine puisse frapper la Russie.

Vendredi (31 mai), M. Stoltenberg s’est dit « favorable à l’assouplissement des restrictions » sur l’utilisation des armes occidentales par les Ukrainiens.

« Il s’agit d’une guerre d’agression, l’Ukraine a le droit de se défendre, ce qui implique de frapper des cibles justifiées en Russie », a-t-il noté.

Moscou a selon lui « intensifié la guerre en ouvrant un nouveau front dans le nord [de l’Ukraine], ce qui montre que la Russie attaque désormais l’Ukraine depuis [le territoire russe] ».

Ses remarques font suite à une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN à Prague, au cours de laquelle les discussions sur le soutien à l’Ukraine ont figuré en bonne place de l’ordre du jour.

La décision des États-Unis était très attendue. Les armes américaines pourront désormais être utilisées depuis la ville de Kharkiv contre des cibles russes, ont rapporté plusieurs médias jeudi (30 mai) dans la soirée.

Berlin a donné son feu vert vendredi matin. Sa position a été au centre de l’attention après qu’elle a fourni à l’Ukraine de grandes quantités d’armes capables de frapper des cibles en Russie.

Les troupes ukrainiennes sont désormais autorisées à utiliser des armes allemandes contre des cibles russes, conformément au droit international, a annoncé un porte-parole du gouvernement ukrainien dans un communiqué.

La décision de l’Allemagne, qui a suivi de quelques heures celle des États-Unis, constitue un nouveau changement dans sa politique de défense, dans le cadre de ce que le chancelier Olaf Scholz a qualifié de « Zeitenwende » (tournant, en français), Berlin acceptant pour la première fois de fournir des armes à un pays en guerre.

« Ces dernières semaines, la Russie a préparé, coordonné et mené des attaques à partir de positions situées dans la région de Kharkiv, en particulier à partir de la région frontalière russe voisine. L’Ukraine peut également utiliser les armes fournies à cette fin [d’autodéfense contre ces attaques] conformément à ses obligations juridiques internationales, y compris celles que nous avons fournies », a annoncé le gouvernement allemand pour justifier sa décision.

« L’Ukraine doit avoir la capacité de se défendre : si la cible s’est déplacée en Russie, l’Ukraine doit en faire autant », a pour sa part déclaré le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis.

Toutefois, leur homologue tchèque, Jan Lipavsky, a déclaré jeudi (30 mai), avant d’accueillir la réunion ministérielle informelle de l’OTAN, qu’il appartenait à chaque gouvernement de décider lui-même des restrictions à appliquer à l’utilisation par l’Ukraine des armes qu’il a livrées.

Plus tôt, le président français Emmanuel Macron avait lui aussi déclaré que les forces ukrainiennes devaient pouvoir attaquer les sites militaires d’où sont tirés les missiles russes avec les armes occidentales, affirmant que si cette autorisation n’était pas donnée, cela revenait à dire aux Ukrainiens “on vous livre des armes, mais vous ne pouvez pas vous défendre”.

[Édité par Anna Martino]