L’UE vise une réduction de 90 % des émissions d’ici 2040 — voici les points à retenir
Alors que Bruxelles vise une réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040, voici ce que vous devez savoir.
Avec plus d’un an de retard, la Commission européenne a dévoilé ce mercredi 2 juillet son nouvel objectif climatique : une réduction d’au moins 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990.
Cette nouvelle étape intermédiaire, après un objectif de réduction de 55 % d’ici 2030, s’inscrit dans la trajectoire menant à la neutralité carbone prévue pour 2050. L’exécutif européen a prévu des marges de flexibilité dans les calculs pour tenter de rallier les États membres les plus réticents.
« Nous avons pris le temps de réfléchir stratégiquement à la manière de faire de ce projet un succès pour l’Europe », a déclaré mercredi le commissaire à l’Action climatique, Wopke Hoekstra, lors de la présentation du projet de texte.
Le texte devra encore être examiné par le Parlement européen et le Conseil de l’UE avant de devenir loi. Des négociations qui s’annoncent d’ores et déjà complexes, tant les différents partis et les Vingt-Sept sont divisés sur l’objectif et, pour certains, la méthode employée pour y parvenir.
L’architecture finale du plan proposé reflète largement un accord gouvernemental trouvé à Berlin, illustrant une nouvelle fois le rôle central de l’Allemagne dans l’élaboration des politiques européennes.
Voici les points clés à retenir concernant cette proposition législative :
Un objectif fondé sur les recommandations scientifiques
La Commission européenne suit les préconisations de son comité consultatif sur le climat, qui juge qu’un objectif de -90 % est le strict minimum pour que l’UE puisse atteindre la neutralité carbone en 2050.
Une flexibilité grâce aux crédits carbone internationaux
Jusqu’à 3 points de pourcentage de l’objectif (soit environ 150 millions de tonnes d’émissions) pourront être atteints à partir de 2036 grâce à l’achat de crédits carbone « de haute qualité ». Ces crédits devront provenir d’actions climatiques menées en dehors de l’UE et validées dans le cadre d’un mécanisme international soutenu par l’ONU.
Selon une estimation prudente, les États membres de l’UE pourraient dépenser jusqu’à 10 milliards d’euros par an pour revendiquer l’équivalent de 150 millions de tonnes de réductions d’émissions.
Sans cette marge de manœuvre, la Commission n’aurait peut-être pas été en mesure de maintenir l’objectif de 90 %. « Nous ne voyons pas de majorité au Parlement ni au Conseil en faveur d’un objectif pour 2040 sans flexibilité », ont déclaré les députés européens Peter Liese et Christian Ehler, du Parti populaire européen (PPE, centre-droit).
Captage et stockage du carbone
Les industries lourdes et les compagnies aériennes domestiques, soumises à un plafond d’émissions qui atteindra le zéro net d’ici la fin des années 2030, pourront poursuivre leurs activités en comptabilisant les suppressions permanentes de CO2 grâce au captage (directement dans l’air ou à partir de centrales électriques à biomasse) et au stockage (par exemple dans des gisements de gaz offshore épuisés).
« Une usine européenne de papier qui brûle de la bioénergie et capture le CO2 peut créer des certificats [ETS] », a expliqué Wopke Hoekstra, en référence aux quotas d’émission dans le cadre du système européen de plafonnement et d’échange de quotas d’émission de carbone (SEQE ou ETS selon l’acronyme anglais).
Des mécanismes de compensation entre secteurs
Face aux retards dans certains domaines comme le logement ou le transport routier, l’UE introduira une flexibilité intersectorielle. Les secteurs qui dépassent leurs objectifs climatiques pourront ainsi compenser ceux qui sont à la traîne.
Nouveau paquet « Fit for 90 »
Une série de propositions législatives complémentaires — le paquet « Fit for 90 » — est prévue pour le second semestre 2026, a indiqué un haut fonctionnaire de la Commission.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]