L’UE tance le Kosovo après la fermeture de la dernière banque serbe

L’UE a dénoncé mardi (21 mai) « l’escalade » que représente selon elle la fermeture des six agences de la dernière banque serbe au Kosovo, rendant tout retrait de dinar impossible, et reproché à Pristina des « actions unilatérales et non coordonnées ».

EURACTIV France avec AFP
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« L’opération de lundi prouve encore une fois que les autorités kosovares privilégient des actions unilatérales et non coordonnées plutôt que la coopération avec leurs amis et alliés », fustige Bruxelles. [EPA-EFE/GEORGI LICOVSKI]

L’Union européenne a dénoncé mardi (21 mai) « l’escalade » que représente selon elle la fermeture des six agences de la dernière banque serbe au Kosovo, rendant tout retrait de dinar impossible, et reproché à Pristina des « actions unilatérales et non coordonnées ».

« La fermeture de ces agences sans préavis ni coordination, seulement quelques jours après la dernière réunion du Dialogue [de normalisation des relations Serbie-Kosovo sous l’égide de l’UE, NDLR] […] sont une escalade et vont à l’encontre de l’esprit de normalisation », écrit le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) dans un communiqué.

« L’opération de lundi prouve encore une fois que les autorités kosovares privilégient des actions unilatérales et non coordonnées plutôt que la coopération avec leurs amis et alliés », fustige Bruxelles.

Lundi (20 mai) après-midi, la police kosovare est arrivée dans les six dernières agences de la banque postale serbe du nord du Kosovo et les a fermées, car elles opéraient « illégalement ». En effet, le 1er février, la Banque centrale du Kosovo, une entité indépendante du gouvernement, a mis en application un règlement selon lequel l’euro, monnaie officielle depuis 2002, est la seule monnaie pour les transactions dans le pays. Depuis 2008, la Constitution prévoit également qu’il n’y a qu’une seule monnaie légale dans le pays.

Dans un communiqué publié après l’opération de lundi, la police a indiqué avoir saisi 1,6 million d’euros, 74 700 000 dinars serbes (637 800 euros), 19 500 francs suisses (19 740 euros), 13 800 dollars américains (12 700 euros) et 40 dollars australiens (24 euros).

La Serbie, qui octroie chaque année des dizaines de millions de dollars au financement de la minorité serbe du Kosovo, a immédiatement dénoncé l’opération et accusé Pristina de « terroriser » les Serbes du Kosovo.

Le ministre serbe de l’Intérieur, Ivica Dačić, a déclaré que le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, « continuait à faire régner la terreur contre le peuple serbe au Kosovo ».

« Si la communauté internationale ne revient pas à la raison, tout cela conduit à de nouveaux conflits dans les Balkans avec des conséquences imprévisibles », a-t-il averti dans un communiqué.

Albin Kurti s’est voulu rassurant et a précisé que le dinar n’était pas interdit, et il a encouragé les Serbes à rejoindre le système bancaire du pays.

Il a indiqué que la Banque centrale kosovare avait offert à la Banque populaire de Serbie des facilités pour convertir les dinars en euros et qu’elle avait garanti des comptes bancaires en euros gratuits à tous les Serbes du Kosovo. Les dinars peuvent être versés sur ces comptes, puis retirés en euros, a fait savoir le gouvernement.

Pas de terrain d’entente

Les réunions sur la question de la devise du pays se sont multipliées pour tenter de trouver un terrain d’entente entre Pristina et Belgrade, qui n’a jamais accepté l’indépendance du Kosovo et continue d’y financer un système d’institutions dites « parallèles », comme des hôpitaux et des écoles.

Mais ni la Serbie ni le Kosovo ne sont prêts à trouver un accord, ont regretté les Européens à l’issue de la septième réunion infructueuse entre négociateurs mi-mai.

« Le statut de toutes les structures et services soutenus par la Serbie est prévu pour être résolu dans le cadre du Dialogue facilité par l’UE, en lien avec l’établissement de l’Association/Communauté des municipalités à majorité serbe », poursuit le texte.

Pristina s’est dernièrement heurté au refus du Conseil de l’Europe de laisser entrer le Kosovo tant que ne sera pas créée une Association des municipalités serbes (Republika Srpska) — une demande de longue date de Belgrade.

Le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, une décision que Belgrade ne reconnaît pas. La Grèce, l’Espagne, Chypre, la Slovaquie et la Roumanie, membres de l’UE, ne reconnaissent pas non plus le Kosovo en tant qu’État indépendant.

Les Albanais de souche représentent environ 90 % de la population du Kosovo, qui compte 1,8 million d’habitants, mais les Serbes de souche sont majoritaires dans plusieurs municipalités du nord.


Alice Taylor a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]