L’UE suspend l’accord sur les visas avec la Russie
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE sont parvenus, mercredi 31 août, à un compromis politique visant à suspendre totalement l’accord d’assouplissement du régime des visas conclu avec Moscou.
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE sont parvenus, mercredi 31 août, à un compromis politique visant à suspendre totalement l’accord d’assouplissement du régime des visas conclu avec Moscou. Cet accord rendra l’entrée dans l’UE plus difficile et plus coûteuse pour les citoyens russes, tout en renforçant le soutien d’une approche régionale commune pour les pays frontaliers.
« Nous nous sommes mis d’accord sur […] la suspension totale de l’accord visant à faciliter la délivrance des visas entre l’UE et la Russie », a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, aux journalistes après une réunion informelle de deux jours à Prague.
« Cela va réduire considérablement le nombre de nouveaux visas émis par les États membres de l’UE. Ce sera plus difficile, cela prendra plus de temps ».
La suspension totale de l’accord de 2007 visant à faciliter la délivrance des visas, lequel a été partiellement suspendu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février, se traduira par des temps d’attente plus longs et des coûts plus élevés (de 35 € à environ 80 €) pour les touristes russes.
Les nouveaux visas seront accordés sur la base d’une évaluation individuelle, au cas par cas, tandis que la remise des visas existants nécessitera une « approche commune », a déclaré M. Borrell, ajoutant que les États membres de l’UE chargeront la Commission européenne « d’examiner cette situation complexe et de fournir des indications ».
« Nous ne voulons pas nous séparer des Russes qui s’opposent à la guerre en Ukraine, nous ne voulons pas nous isoler de la société civile russe », a déclaré M. Borrell.
Par ailleurs, selon l’accord politique, « les passeports remis par les autorités russes dans les territoires occupés en Ukraine ne seront pas reconnus », a-t-il ajouté.
« Risque de sécurité »
Selon les diplomates, les ministres n’ont pas pu se mettre d’accord immédiatement sur une interdiction globale des visas de voyage pour les Russes, les États membres étant partagés sur cette question.
M. Borrell a déclaré que l’augmentation substantielle du nombre de passages de frontières de la Russie vers l’UE depuis mi-juillet « est devenue un risque sécuritaire pour ces États voisins ».
De nombreux Russes se sont déplacés vers l’UE pour faire des achats « comme si la guerre ne faisait pas rage en Ukraine », a-t-il précisé, ajoutant que les États membres étaient d’accord que « les affaires ne peuvent pas continuer comme si de rien n’était ».
Environ un million de citoyens russes sont entrés légalement dans l’Union européenne depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, dont les deux tiers environ sont entrés par l’Estonie et la Finlande, selon l’agence européenne de garde-frontières Frontex.
Ces deux pays font partie de l’espace Schengen, lequel comporte pas de frontières, de sorte que dès que les Russes entrent dans l’UE avec un visa Schengen, ils sont libres de voyager dans la plupart des pays européens.
Victoire de l’Est
Avant les réunions, les pays baltes et la Pologne, soutenus par les pays nordiques, avaient menacé de prendre des mesures unilatérales si l’UE ne parvenait pas à se mettre d’accord sur l’interdiction des touristes russes, mais d’autres pays, dont l’Allemagne et la France, ont fait pression pour que l’approche du bloc soit plus modérée.
Au cours des discussions de mercredi, plusieurs ministres se sont réunis pour des entretiens séparés afin d’élaborer la formulation d’un accord de compromis et d’éviter une fracture Est-Ouest dans les mesures, ont indiqué des responsables de l’UE.
En fin de compte, l’accord politique présenté par M. Borrell a été essentiellement saccagé par les ministres allemands, néerlandais et lituaniens.
L’Estonie, la Finlande, la Lituanie, la Lettonie et la Pologne avaient rédigé une déclaration commune invitant la Commission européenne à proposer des mesures pour « diminuer de manière décisive le flux de citoyens russes dans l’Union européenne et l’espace Schengen ».
Ils ont également averti qu’ils envisageraient d’introduire des « mesures temporaires au niveau national » pour limiter le nombre de citoyens russes entrant dans le bloc en traversant leurs frontières.
S’exprimant à la suite de la réunion, M. Borrell a souligné que les États membres disposeraient d’un large éventail de mesures qu’ils pourront adopter concernant la délivrance des visas russes et les contrôles aux frontières, à condition qu’ils se conforment au code frontalier Schengen de l’UE qui établit les règles frontalières.
La position jointe des ministres se lit comme suit : « Compte tenu des implications difficiles pour les pays limitrophes, nous reconnaissons que des mesures peuvent être adoptées au niveau national, afin de restreindre l’entrée dans l’UE, conformément au code frontalier Schengen de l’UE. »
Cela donne essentiellement l’aval de l’UE aux pays limitrophes de la Russie pour trouver une « solution régionale » à la problématique des citoyens russes traversant leurs frontières.
Les visas ont toujours été la prérogative de chaque État membre de l’UE, mais la dernière formulation, qui le précise parfaitement, a renforcé la position des pays qui ont déjà décidé de mettre en œuvre des mesures unilatérales au cours des dernières semaines.
Conformément au code frontalier Schengen de l’UE, ils sont dans tous les cas autorisés à refuser l’entrée aux Russes munis d’un visa pour des raisons sécuritaires, s’ils représentent une « menace pour l’ordre public, la sécurité intérieure, la santé publique ou les relations internationales » dudit pays.
Une victoire pour les pays limitrophes de la Russie, cette mesure devrait être suivie par une réunion des ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur de l’Estonie, de la Finlande, de la Lituanie, de la Lettonie et de la Pologne, probablement dès la fin de cette semaine, afin de trouver un accord sur une approche commune.
Les diplomates de la région ont déclaré qu’ils attendaient un examen minutieux des visas des Russes aux points de contrôle frontaliers.