L’UE restreint l’utilisation d’un pesticide nocif pour les abeilles
La Commission européenne a décidé de limiter l’utilisation du pesticide Sulfoxaflor aux espaces intérieurs en raison de son impact sur les abeilles, mais cette décision n’a pas été bien accueillie par les États-Unis.
La Commission européenne a décidé de limiter l’utilisation du pesticide Sulfoxaflor aux espaces intérieurs en raison de son impact sur les abeilles, mais cette décision n’a pas été bien accueillie par les États-Unis.
Ce pesticide, produit par le géant de l’agrochimie Corteva, a été développé à l’origine comme une alternative à une classe controversée de pesticides : les néonicotinoïdes, qui ont été associés à la diminution de la population d’abeilles.
Le Sulfoxaflor a été approuvé dans l’Union européenne en 2015. Cependant, après seulement sept ans sur le marché, cette substance chimique sera désormais limitée à un usage en intérieur après que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a jugé les informations concernant son impact sur les abeilles insuffisantes pour garantir la sécurité du pollinisateur.
Commentant cette décision, la commissaire européenne à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Stella Kyriakides, a déclaré que la protection des pollinisateurs contre les pesticides nocifs est d’une « importance capitale pour l’avenir de notre planète et de nos enfants ».
« Nos engagements dans le cadre de la stratégie “de la ferme à la table” (Farm to Fork) et de la stratégie en faveur de la biodiversité sont clairs : les pesticides chimiques nocifs seront ou bien interdits, ou bien leur utilisation sera limitée », a-t-elle indiqué, ajoutant que cette décision est la preuve que l’exécutif européen « respecte cet engagement ».
« Les conclusions scientifiques de l’EFSA montrent que l’utilisation du Sulfoxaflor en extérieur peut être nocive pour les bourdons et les abeilles solitaires. Des mesures doivent être prises dès maintenant pour limiter son utilisation en intérieur uniquement », a-t-elle affirmé.
Le règlement devra à présent être adopté par l’exécutif européen au printemps.
Cependant, la décision n’a pas été bien accueillie aux États-Unis.
EURACTIV a été informé que les États-Unis ont envoyé une lettre de plainte à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui doit approuver la restriction, soutenant qu’en raison de sa large utilisation aux États-Unis, ils seraient dès lors incapables d’exporter des biens sur lesquels ce pesticide a été utilisé.
Interrogé sur l’impact de la restriction sur le commerce avec les États-Unis et d’autres pays tiers, un fonctionnaire de la Commission a confié à EURACTIV que la proposition ne modifie pas les limites maximales de résidus applicables.
Les traces laissées par les pesticides dans les produits traités sont formellement appelées résidus. La limite maximale de résidus (LMR) est le niveau le plus élevé de résidus de pesticides qui est légalement toléré dans ou sur les denrées alimentaires ou les aliments pour animaux lorsque les pesticides sont correctement utilisés.
« Ainsi, elle n’affectera pas immédiatement le commerce des produits agricoles », ont-ils déclaré.
Le fonctionnaire a ajouté que la proposition prévoit la possibilité pour les États membres d’accorder des délais de grâce pour la mise sur le marché et l’utilisation des stocks existants de produits phytopharmaceutiques contenant du Sulfoxaflor pour des utilisations en extérieur après la modification des autorisations par les États membres.
Ce n’est que lorsque ces délais de grâce auront expiré qu’une révision des LMR en vigueur sera envisagée, a expliqué le fonctionnaire.
EURACTIV a contacté la Mission américaine auprès de l’UE pour obtenir un commentaire sur la question, mais n’a pas reçu de réponse.
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Cette restriction de l’utilisation du Sufoxaflor a été saluée par le groupe de campagne, Pesticide Action Network Europe (PAN Europe), qui avait fait pression contre son approbation au départ.
« En 2015, il était clair […] que cette substance présentait un risque énorme pour les pollinisateurs de l’UE », a déclaré Martin Dermine, responsable des politiques de l’environnement et de la santé à PAN Europe, ajoutant que la Commission aurait dû appliquer le principe de précaution et ne jamais l’approuver en premier lieu.
Il a souligné qu’il était clair que ce pesticide, qui a été classé dans une nouvelle catégorie, les « sulfoximines », utilisait le même mode d’action que les pesticides néonicotinoïdes.
M. Dermine a confié à EURACITV qu’il espère que cette décision créera un précédent pour un autre pesticide de la même catégorie, le flupyradifurone, pour lequel l’EFSA a déjà signalé qu’il pourrait s’avérer dangereux pour les abeilles sauvages.
Tout en déplorant que l’utilisation de ce pesticide soit toujours autorisée en intérieur, M. Dermine s’est félicité de la décision d’aller de l’avant avec l’interdiction de l’utilisation en extérieur, affirmant qu’il s’agit d’un « signal fort » envoyé à l’industrie des pesticides pour qu’elle cesse de demander la vente de pesticides toxiques pour les abeilles dans l’Union.
Cette décision ne fait pas l’unanimité. En effet, un représentant du fabricant Corteva a confié à EURACTIV que la société agrochimique était « profondément déçue » de voir la Commission européenne prendre une « décision politique » pour interdire l’utilisation en plein champ du Sulfoxaflor.
Le représentant a souligné que le Sulfoxaflor a été spécifiquement conçu pour répondre à l’exigence fixée par les dirigeants politiques et les régulateurs européens de développer des produits phytosanitaires hautement sélectifs et à très courte persistance pour protéger les pollinisateurs.
Le représentant s’est demandé si l’exécutif européen prévoit de répondre à l’ambition de la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table », de réduire de 50 % l’utilisation des pesticides en revenant sur des autorisations « sans tenir compte de leur sécurité démontrée et sans considérer les mesures d’atténuation des risques et les conséquences pour les agriculteurs européens et la sécurité alimentaire ».
« Cette dernière décision suggère que même les produits qui répondent aux exigences de la législation européenne sont susceptibles d’être retirés pour des raisons politiques discutables », ont-ils conclu, soulignant que cette décision « éliminerait inutilement un outil important pour la production alimentaire ».