L’UE redouble d’efforts pour lutter contre la propagande russe sur la sécurité alimentaire

L’UE prépare une offensive pour contrer le discours russe sur les sanctions occidentales qui seraient responsables des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales en céréales et en engrais.

Euractiv.com
Emergency food rations amid food insecurity in Yemen
Des travailleurs humanitaires déchargent un camion de rations alimentaires d’urgence pour les personnes touchées par la guerre, à Sanaa, au Yémen, le 26 avril 2022. Le Yémen traverse une période d’insécurité alimentaire due au conflit prolongé et à la crise économique qui en résulte, ainsi qu’à l’impact de l’invasion russe en Ukraine. Ce pays ravagé par la guerre importe près de 90 % de son approvisionnement alimentaire total, dont plus de 30 % de blé d’Ukraine et au moins 8 % de Russie. [EPA-EFE/YAHYA ARHAB]

L’UE prépare une offensive pour contrer le discours russe sur les sanctions occidentales qui seraient responsables des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales en céréales et en engrais, rapporte EURACTIV.com.

L’Afrique et le Moyen-Orient risquent d’être durement touchés par l’incapacité de l’Ukraine à expédier ses énormes récoltes de céréales à partir de la mer Noire.

Le président russe Vladimir Poutine a accusé à plusieurs reprises l’Occident d’être responsable de ces perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.

« Nos sanctions n’affectent pas les exportations de denrées alimentaires et d’engrais en provenance de Russie », a souligné un haut fonctionnaire européen, faisant référence aux questions soulevées par Macky Sall, président du Sénégal et de l’Union africaine (UA), dans son discours aux dirigeants européens lors de leur sommet de ce mardi (31 mai).

Selon un haut fonctionnaire européen, les armateurs internationaux se montreraient quelque peu réticents à envoyer leurs navires dans les ports russes pour y charger des céréales et des engrais.

« Rien ne l’empêche, il ne devrait y avoir aucune préoccupation concernant la réputation, il n’y aura pas d’effets collatéraux — c’est possible et faisable, et nous ne sommes pas contre cette idée », a-t-il affirmé.

Les dirigeants européens avaient invité les pays africains à ne pas se laisser prendre au piège d’une campagne de propagande menée par la Russie, qui présentait l’insécurité alimentaire mondiale actuelle comme le résultat des sanctions occidentales imposées à Moscou.

L’UE et l’UA ont convenu d’un message commun sur la sécurité alimentaire, qui rejette la responsabilité des perturbations de l’approvisionnement alimentaire sur le président russe Vladimir Poutine.

« C’est une désinformation totale du côté de la Russie, la seule raison pour laquelle nous sommes aujourd’hui aux prises avec une crise alimentaire est cette guerre brutale et injustifiée contre l’Ukraine », a expliqué Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, devant les journalistes.

« Je veux être très claire, nous n’avons pas pris de sanctions sur les produits alimentaires et agricoles, aucune sanction là-dessus », a-t-elle ajouté, précisant que l’exportation d’engrais russes vers des pays non membres de l’UE n’est pas touchée par les sanctions de Bruxelles.

Mais outre la question des denrées alimentaires, M. Sall avait également soulevé le problème des paiements pour les approvisionnements alimentaires, qui sont entravés par l’exclusion de certaines banques russes du système de paiement international SWIFT.

Et il n’est pas le seul, loin s’en faut, puisque les responsables européens signalent que ce type de discours dépasse le voisinage immédiat de l’UE.

La Russie s’appuie sur la crise alimentaire qu’elle a provoquée pour renforcer ses relations en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Moscou fait notamment passer le message aux pays en développement qui ont besoin de céréales que « les amis de la Russie ne seront pas laissés pour compte ».

Les experts estiment que l’une des principales raisons pour lesquelles certains discours de désinformation pro-russes sur la guerre en Ukraine ont trouvé un écho, notamment en Asie du Sud-Est, est qu’ils ont réussi à exploiter des sentiments anti-américains et anti-occidentaux déjà existants.

Les responsables de l’UE ont appelé à adopter une approche plus proactive de la désinformation et de la propagande, mais jusqu’à présent, l’Union ne disposait que de trop peu de ressources pour s’attaquer à ce problème.

Particulièrement depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des critiques se sont élevées pour dire que la task force East StratCom, qui fait partie du service diplomatique de l’UE, a été sous-financée et insuffisamment soutenue et qu’elle devrait être plus ambitieuse à l’avenir.

« Nous ne nous battons pas assez dans ce combat, nous ne sommes pas assez belliqueux sur le terrain des idées », a estimé le haut diplomate de l’UE.

« Vous devez exposer vos vérités, et vous devez avoir un plan, et vous devez contre-attaquer, car les Russes, très égalés par les Chinois, font cela de manière très bien organisée, comme une vraie bataille », a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, doit se rendre au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est dans les dix prochains jours, et la question devrait figurer à l’ordre du jour de ses rencontres avec ses homologues.

En outre, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne devraient se pencher en juin sur l’impact géopolitique plus large de la guerre et réfléchir à une boîte à outils plus élaborée pour contrer l’ingérence étrangère et la manipulation de l’information.

La proposition, annoncée dans la nouvelle boussole stratégique de l’UE, devrait inclure un certain nombre de mesures, telles que la consolidation des délégations de l’UE dans le monde, le renforcement des capacités des groupes de travail Stratcom du SEAE, l’amélioration des capacités de détection, de collecte et d’analyse des informations malveillantes et l’examen par les États membres de la possibilité d’instaurer un régime de sanctions spécifique pour lutter contre la désinformation.