L’UE promet d’examiner « sérieusement » la demande d’adhésion de l’Ukraine
L’UE examinera sérieusement la demande de l’Ukraine de devenir un pays candidat à l’adhésion, reconnaissant le poids politique et les circonstances dramatiques de cette démarche ainsi que l’hésitation de nombreux États membres.
L’Union européenne a déclaré qu’elle examinerait sérieusement la demande de l’Ukraine de devenir un pays candidat à l’Union européenne, reconnaissant le poids politique et les circonstances dramatiques de cette démarche ainsi que l’hésitation de nombreux États membres.
La promesse d’examiner la demande d’adhésion du pays d’Europe de l’Est qui est actuellement en proie à la guerre a été faite lors d’une session extraordinaire du Parlement européen, mardi 1er mars, au cours de laquelle le président ukrainien, Volodymyr Zelenskiy, a lancé un appel émouvant à l’UE pour qu’elle « prouve » que l’UE est « avec » les ukrainiens.
Jeudi 24 février, le président russe Vladimir Poutine a lancé une offensive contre l’Ukraine impliquant l’aviation, les forces terrestres et l’artillerie lourde. Il s’agit de la guerre la plus grave en Europe depuis les guerres des Balkans dans les années 1990.
« Nous nous battons pour notre survie, et c’est la plus grande de toutes les motivations, mais nous nous battons aussi pour être des membres égaux de l’Europe. Je crois qu’aujourd’hui, nous montrons à tout le monde que c’est exactement ce que nous sommes », a confié M. Zelenskiy à l’élite politique de l’UE par vidéoconférence depuis un lieu tenu secret en Ukraine.
Vêtu d’un simple T-shirt noir, M. Zelenskiy avait l’air fatigué mais déterminé. Il a déclaré que l’Ukraine avait « prouvé sa force… prouvé que nous sommes exactement les mêmes que vous ».
« Alors, prouvez que vous êtes avec nous, prouvez que vous ne nous laisserez pas tomber, prouvez que vous êtes bien des Européens, et alors la vie l’emportera sur la mort et la lumière sur les ténèbres », a-t-il poursuivi.
L’Ukraine demande l’adhésion à l’UE par procédure accélérée
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a présenté lundi (28 février) une demande officielle pour permettre…
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Lundi (28 février), l’Ukraine a présenté une demande officielle d’adhésion à l’UE. La Commission européenne devra d’abord émettre un avis sur cette demande et le présenter au Conseil européen représentant les 27 gouvernements du bloc. Ceux-ci devront alors donner leur aval, clôturant ainsi un processus qui prendrait normalement des années.
Le président du Conseil, Charles Michel, qui s’est exprimé après M. Zelenskiy, a indiqué que le Conseil européen « ne se soustraira pas à ses responsabilités » et qu’il analysera la demande de l’Ukraine.
« Il nous appartiendra, à nous, Union européenne, d’agir en fonction des circonstances. Cela va être difficile, nous savons qu’il y a des points de vue divergents en Europe », a indiqué M. Michel, avant de continuer :
« Le Conseil devra se pencher sérieusement sur la demande symbolique, politique et légitime qui a été faite, et nous devrons faire les choix appropriés avec détermination et lucidité. »
Il appartiendra à M. Michel de porter la question à l’ordre du jour des dirigeants européens.
Dans un discours d’ouverture passionné, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, s’est engagée à soutenir cet appel.
« Quoi qu’il en coûtera », c’est ce qu’a déclaré Mme Metsola en évoquant les évènements. Elle a également déclaré qu’elle chercherait à interdire à tout représentant du Kremlin d’entrer dans les bâtiments du Parlement.
« Les agresseurs et les bellicistes n’ont pas leur place dans la maison de la démocratie. »
L’idée d’accorder à l’Ukraine le statut de candidat fait son chemin. Aujourd’hui, onze États membres de l’UE — la Bulgarie, la Croatie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la République tchèque — soutiennent cette idée, contre huit initialement.
Toutefois, les lignes de fracture géographiques que l’on observe habituellement demeurent sur cette question, et les États d’Europe centrale et orientale, traditionnellement plus favorables à l’élargissement, sont confrontés au scepticisme de l’Ouest.
Plus tard dans la journée de mardi, le groupe politique Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) a annoncé que le parti Sluha Narodu, fondé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en était devenu membre.
« Les dirigeants de notre parti, ainsi que notre Bureau, sont unis dans la condamnation et le rejet de l’agression militaire gratuite et injustifiée du président Vladimir Poutine contre l’Ukraine, une attaque contre un État souverain, démocratique et pro-européen, et contre les valeurs libérales qui nous sont si chères », ont-ils indiqué dans un communiqué, ajoutant que suite à l’appel de M. Zelensky, ils avaient décidé d’agir rapidement.
Le groupe a également annoncé qu’il collectait des fonds pour le Comité international de la Croix-Rouge, qui vient en aide aux citoyens ukrainiens sur le terrain.
Une situation qui n’a pas été prévue par les traités
Un porte-parole du ministère autrichien des Affaires étrangères a déclaré que Vienne soutiendrait « un examen rapide des moyens d’approfondir de manière significative » les relations existantes entre l’UE et Kiev, par exemple « dans le domaine de l’énergie ou concernant un marché commun ».
Cepandant, ils ont déclaré qu’un processus d’adhésion « accéléré » ou « immédiat » ne figurait pas dans les traités de l’UE.
« Il existe des critères, des conditions et des procédures bien définies pour se voir attribuer le statut de candidat, entamer les négociations d’adhésion et devenir membre de l’UE. L’Autriche ne pense pas que tous ces principes doivent être balayés du revers de la main. »
« Nous devons également penser à tous les aspirants à l’adhésion qui ont travaillé très dur pendant de nombreuses années, nous devrions éviter de créer deux classes de candidats », ont-ils ajouté.
Ces sentiments trouvent un écho dans les capitales occidentales, qui craignent que les pays des Balkans occidentaux, enlisés dans le processus depuis des années, ne voient pas d’un bon œil une telle initiative.
D’autres appellent donc à trouver des solutions alternatives.
Un diplomate européen a indiqué que l’appel de l’Ukraine « a été pris en compte comme un véritable signe d’appréciation », mais que le processus devrait être le même que pour tout autre État membre.
« Ceci dit, étant donné les circonstances, nous serions ouverts à un partenariat très spécifique et spécial qui pourrait être concrétisé à plus court terme », a précisé le diplomate.
D’autres craignent que cette question ne vienne ébranler l’unité dont l’UE a fait preuve face à l’invasion de l’Ukraine par le Kremlin.
« La façon dont nous répondons aujourd’hui à ce que fait la Russie déterminera l’avenir du système international. Le destin de l’Ukraine est en jeu, mais notre propre destin est lui aussi dans la balance », a affirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en séance plénière.
Appelant à activer le mécanisme de protection temporaire pour les centaines de milliers d’Ukrainiens qui fuient vers l’Europe, elle a déclaré que l’UE devait « leur fournir un statut sûr et un accès aux écoles, aux soins médicaux et à un travail. Ils le méritent, nous devons agir dès à présent . Ils contribuent à la formation d’une conscience européenne et à l’expression de la volonté politique des citoyens de l’Union. »