L’UE prête à imposer la mention de tous les pays d’origine sur les pots de miel

Les miels commercialisés en UE devront tous mentionner leurs origines sur les pots, comme le prévoit la révision de la directive miel votée ce mardi (12 décembre) au Parlement européen et approuvée la veille en Conseil des ministres de l’Agriculture.

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Dans la révision législative, tous les pays d’origine devront ainsi apparaître sur l’étiquette « dans l’ordre décroissant ». Le pourcentage exact de chaque miel mélangé sera également indiqué, avec une marge de tolérance de 5 % [Mr Aesthetics / Shutterstock]

Les miels commercialisés en UE devront tous mentionner leurs origines sur les pots, comme le prévoit la révision de la directive miel votée ce mardi (12 décembre) au Parlement européen et approuvée la veille en Conseil des ministres de l’Agriculture.

Les mentions « mélange de miels UE et non UE » est sur le point de disparaître des pots de miel européens. Après une approbation en Conseil « Agriculture et pêche » la veille à Bruxelles, les eurodéputés ont voté en plénière mardi (12 décembre) à Strasbourg une révision des directives dites petit-déjeuner, incluant la directive sur le miel.

« Je me réjouis du résultat du vote, qui va permettre de fournir une information précise au consommateur sur la composition du miel », a fait savoir dans un communiqué l’eurodéputée française Irène Tolleret membre de la commission de l’agriculture et du développement rural au Parlement européen.

Pour elle, cette nouvelle directive « marque un tournant dans la politique d’information au consommateur », l’étiquetage étant ici utilisé, « pour la première fois […] comme arme pour orienter les consommateurs vers des produits qui respectent les normes de production européennes ».

Lutte contre la fraude et la concurrence déloyale

Alors que près de la moitié des miels consommés en UE sont importés (40 %), nombre d’entre eux font l’objet de fraude massive, 46 % selon une récente étude de la Commission européenne.

En réponse à cette dérive, l’exécutif européen a proposé une révision de la directive miel en avril dernier afin de renforcer les normes d’étiquetage et améliorer la transparence dans la chaîne de production et de distribution.

Aujourd’hui, un mélange de miels conditionné en UE peut se contenter d’indiquer sur l’étiquette « mélange de miel UE », ou le cas échéant « mélanges de miels hors UE » ou encore « mélange de miel UE et hors UE ».

En France, les lois sont plus strictes : toutes les origines nationales doivent être inscrites sur le pot lorsqu’il est conditionné en France.

Pour Irène Tolleret, l’importation de miel des pays tiers — principalement de Chine ou de Turquie — « ne répondant pas aux normes de qualité européennes », entraîne une concurrence déloyale vis-à-vis des apiculteurs européens. Alors qu’un miel français est vendu à 4 ou 5 euros le kilo, un miel chinois rentre dans l’UE à moins de 2 euros.

Ces importations massives de miel à bas coût sont une des raisons de la colère des apiculteurs français qui ont manifesté dans les rues de Paris le 30 novembre dernier. Les professionnels déplorent que la moitié de la consommation nationale se fasse avec des produits importés d’Europe de l’Est ou de pays tiers, alors qu’ils n’arrivent pas à écouler leurs propres stocks.

Origine, pourcentage et méthodes d’analyse

Dans la révision législative, tous les pays d’origine devront ainsi apparaître sur l’étiquette « dans l’ordre décroissant ». Le pourcentage exact de chaque miel mélangé sera également indiqué, avec une marge de tolérance de 5 %.

Pour parvenir aux objectifs du texte, le Parlement a demandé à la Commission de mettre en place des méthodes d’analyses harmonisées pour lutter contre la fraude, « puisque les méthodes actuelles sont obsolètes face aux techniques de plus en plus sophistiquées des fraudeurs », ajoute l’élue.

Un constat partagé par la société Famille Michaud Apiculteurs, leader européen du miel, qui avait alerté dans un entretien accordé à Euractiv sur l’impossibilité, dans l’état actuel des techniques, de « détecter les fraudes aux pourcentages », appelant à rendre les contrôles et analyses obligatoires avant commercialisation.

Cette législation entend défendre les consommateurs, les producteurs, mais aussi la biodiversité. « Les abeilles domestiques représentent un tiers de tous les pollinisateurs, mais à cause de l’augmentation des importations provenant des pays tiers, la production européenne a chuté et aujourd’hui elle ne représente que 50 % de la consommation », insiste Irène Tolleret.

« Un vrai progrès pour les consommateurs »

Lundi, lors du dernier Conseil « Agriculture et pêche » de l’année, le ministre espagnol Luis Planas s’est félicité d’avoir, avec ses collègues, répondu à « une exigence classique du secteur », et « soutenu une position que l’Espagne a toujours défendue ».

« C’est une magnifique nouvelle pour le secteur de l’apiculture », s’est-il réjoui sur X.

Du côté des parlementaires, le français Pascal Canfin (Renew), a salué « un vrai progrès pour les consommateurs ». Son compatriote et homologue socialiste (S&D) Christophe Clergeau, y voit « une étape importante dans la convergence des normes au sein de l’Union européenne »

« On harmonise et on va plus loin que la loi française en imposant la mention du pourcentage », a-t-il précisé dans un communiqué.

Le syndicat européen des agriculteur Copa-Cogeca se réjouit quant à lui d’un « tournant » dans la protection du secteur, allant dans le sens de son « objectif de 0 % de falsification en 2030 ».

Le syndicat majoritaire insiste sur l’exclusion des agriculteurs possédant moins de 150 ruches, et salue « le soutien du Parlement européen à l’idée d’un laboratoire européen de référence ».

Celui-ci aiderait la Commission à « améliorer les contrôles et détecter la falsification du miel », en s’appuyant sur une mise à jour des « tests systématiques » et l’utilisation « des dernières méthodes analytiques ».

« Cependant, aucune référence spécifique à sa mise en œuvre et à sa création n’a été convenue à cette étape », déplore le Copa-Cogeca qui attend une décision « constructive » en trilogue début janvier.