L’UE presse le Kosovo et la Serbie à appliquer l’accord de normalisation des relations

Le Kosovo et la Serbie « risquent de manquer des occasions de progresser sur leur trajectoire européenne » s’ils ne mettent pas en œuvre les accords négociés par l’UE, a averti le Haut représentant de l’Union pour la politique étrangère et de sécurité commune, Josep Borrell, mardi.

/ Euractiv.com
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Le Haut représentant de l’Union pour la politique étrangère et de sécurité commune, Josep Borrell (à gauche). [[X/@JosepBorrellF]]

Le Kosovo et la Serbie « risquent de manquer des occasions de progresser sur leur trajectoire européenne » s’ils ne mettent pas en œuvre les accords négociés par l’UE, a averti le Haut représentant de l’Union pour la politique étrangère et de sécurité commune, Josep Borrell, mardi (19 septembre).

Les deux pays doivent « entamer un dialogue constructif et de bonne foi » afin de mettre en œuvre les accords qu’ils ont conclus, faute de quoi ils risquent de perdre « des occasions de progresser sur leur trajectoire européenne », a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE au nom des États membres dans un communiqué mardi.

M. Borrell fait également part de l’inquiétude que suscite « le défaut de mise en œuvre » des engagements pris par les deux pays dans le cadre de leur accord sur la voie de la normalisation des relations à partir du mois de mars, « [que les deux parties ont accepté] dans les premiers mois de l’année ».

Dans sa déclaration, M. Borrell a indiqué que la création de l’Association des municipalités à majorité serbe au Kosovo — une entité représentant les intérêts des Serbes qui a été préconisée par Belgrade mais qui a suscité des inquiétudes à Pristina — devait être mise en place sans délai supplémentaire ou condition préalable.

Il a également rappelé que de nouvelles élections locales devaient avoir lieu dans les quatre municipalités à majorité serbe du nord du Kosovo, où les tensions sont vives depuis que les derniers scrutins ont été boycottés par les Serbes.

L’Union encourage « les Serbes du Kosovo à participer pleinement au processus électoral et à déclarer publiquement leur participation inconditionnelle », a déclaré M. Borrell.

« Malgré les appels réitérés de l’UE et d’autres partenaires internationaux, les mesures prises jusqu’à présent restent insuffisantes et la situation en matière de sécurité reste tendue dans le nord », a-t-il ajouté.

Il a également déclaré que « certaines mesures prises par le Kosovo — y compris en matière d’expropriation de terres dans le nord du Kosovo, d’ordres d’expulsion, de télécommunications et d’utilisation des forces de police spéciales pour des missions de police de proximité — ne respectent pas l’État de droit et risquent de contribuer à exacerber encore les tensions ».

Obstacles à la mise en œuvre de l’accord

Plus tôt, Josep Borrell a informé les ministres des Affaires étrangères de l’UE des résultats des discussions de la semaine dernière dans le cadre du dialogue Belgrade-Pristina négocié par l’UE.

Les deux pays doivent donc « commencer sans plus tarder la mise en œuvre sur la base de la proposition de l’UE, qui prévoit également l’obligation pour les deux parties de mettre pleinement en œuvre tous les accords de dialogue conclus par le passé », a déclaré M. Borrell aux journalistes à New York lundi (18 septembre).

L’UE avait proposé que la mise en œuvre de divers aspects des accords conclus entre les deux pays se fasse « en parallèle », une option que Pristina avait rejetée.

« Au cours des six derniers mois, nous avons présenté sept projets sur le séquençage, nous avons pris en compte les commentaires et nous avons proposé le seul compromis possible », a déclaré un fonctionnaire de l’UE au fait des négociations.

Cependant, le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, a déclaré lundi qu’il considérait que la création immédiate de l’Association des municipalités à majorité serbe était en faveur de la Serbie, et qu’elle ne devait pas être prioritaire par rapport au reste des accords.

« Soit nous mettons en œuvre l’accord de base dans son intégralité, soit nous ne pouvons pas mettre en œuvre ce que veut la Serbie », a-t-il déclaré.

Les derniers pourparlers entre le Kosovo et la Serbie n’ont à nouveau fait aucun progrès, M. Kurti accusant l’envoyé spécial de l’UE pour le dialogue Belgrade-Pristina, Miroslav Lajčák, d’être partial en prenant le parti de la Serbie et en donnant de fausses informations sur les pourparlers.

« Après la fin des réunions [du 14 septembre] et après mon apparition dans les médias, le médiateur [M. Lajčák] a publié un document de séquençage qui, selon lui, a été accepté par Aleksandar Vučić [président de Serbie] et rejeté par M. Kurti. Une telle information est fausse », a déclaré M. Kurti lors d’une conférence de presse.

« Un tel document de Miroslav Lajčák a été rejeté le 19 juillet par le vice-premier ministre [du Kosovo] Besnik Bislimi. Pourquoi ce non-sens d’information de la part du bureau de M. Lajčák ? […] [la semaine dernière], le médiateur s’est clairement positionné contre le Kosovo en général et contre l’accord en général », a-t-il ajouté.

Interrogé sur ces accusations, Peter Stano, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères, a déclaré, en référence à la déclaration de mardi que les 27 États membres de l’UE « ont indiqué à plusieurs reprises très clairement qu’ils soutenaient pleinement […] Josep Borrell et le représentant spécial de l’UE Miroslav Lajčák dans leurs efforts pour aider le Kosovo et la Serbie à normaliser leurs relations. »

« L’UE et nos partenaires internationaux engagés dans le soutien du dialogue facilité par l’UE ont indiqué à plusieurs reprises très clairement où ils voient le principal problème pour le manque de progrès dans le dialogue, et ce n’est certainement pas le Haut représentant […] ou […] Miroslav Lajčák », a-t-il ajouté.

Certains États membres de l’UE auraient exprimé leur irritation quant au fait que les discussions ont commencé à s’enliser dans une série de propositions plutôt que de commencer à travailler sur les étapes.

Juste après les discussions de la semaine dernière, M. Lajčák est allé informer les ambassadeurs de l’UE au sein du Comité de sécurité politique (COPS), où beaucoup d’entre eux ont demandé quel levier l’UE avait sur les parties s’il n’y avait pas de progrès rapidement.

« Le message des États membres était que l’échec n’était pas une option », a déclaré un fonctionnaire de l’UE au fait des négociations.

Alice Taylor a contribué à la rédaction de cet article.

[Édité Anne-Sophie Gayet]