L’UE poursuit sa politique de sanctions contre la Russie malgré le changement de ton des États-Unis

Les envoyés de l’UE se sont mis d’accord mercredi sur une nouvelle série de sanctions contre la Russie, alors que les États-Unis envoient des signaux contradictoires sur l’avenir de leur propre régime de mesures restrictives à l’encontre de Moscou.

EURACTIV.com
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Vue aérienne du centre de Moscou. [Contributor/Getty Images]

Les envoyés de l’Union européenne (UE) se sont mis d’accord mercredi sur une nouvelle série de sanctions contre la Russie, alors que les États-Unis envoient des signaux contradictoires sur l’avenir de leur propre régime de mesures restrictives à l’encontre de Moscou.

Le nouveau paquet de sanctions contre la Russie — le seizième de l’UE depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022 — comprend des interdictions d’importation d’aluminium, des restrictions à l’exportation de chrome et d’autres articles utilisés pour produire des équipements d’usine, ainsi que le retrait de plusieurs banques russes du système de paiement international SWIFT.

Le paquet comprend également des mesures supplémentaires visant à réprimer le contournement par la Russie du plafond des prix du pétrole du G7, qui limite la vente de pétrole russe transporté par voie maritime à 60 dollars le baril.

Cette décision, qui intervient au lendemain de la rencontre en Arabie saoudite de responsables américains et russes pour discuter de la fin de la guerre en Ukraine, fait suite à une réunion des ministres des Finances de l’UE mardi à Bruxelles, au cours de laquelle les capitales ont réaffirmé leur soutien à la politique de sanctions actuelle du bloc.

Un responsable européen au fait des discussions estime qu’il est « très probable » que la politique de sanctions de l’UE « évolue indépendamment » de celle des États-Unis au cours des prochains mois, car on ne sait toujours pas quelle direction le président américain Donald Trump pourrait prendre après ses premières mesures visant à rétablir les relations avec le président russe Vladimir Poutine.

« Je n’ai pas constaté de réduction de l’engagement à mettre en œuvre notre ensemble de sanctions », a expliqué le fonctionnaire. « Et par conséquent, je ne pense pas que, si les États-Unis devaient prendre une direction différente, nous les suivrions. »

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait initialement suggéré, après sa rencontre avec des responsables russes mardi, que Washington pourrait assouplir les sanctions contre Moscou dans le cadre d’un éventuel accord de cessez-le-feu — et laissé entendre que Bruxelles pourrait être contrainte de faire de même.

« Les sanctions sont le résultat de ce conflit », a affirmé Marco Rubio, notant que « pour mettre fin à tout conflit, il faut que toutes les parties fassent des concessions ».

« Mais il y a d’autres parties qui ont des sanctions », avait-il ajouté. « L’Union européenne va devoir s’asseoir à la table des négociations à un moment donné, car elle a également imposé des sanctions. »

Cependant, Bloomberg a par la suite rapporté que le responsable américain avait informé en privé plusieurs de ses homologues européens que Washington maintiendrait ses sanctions contre Moscou jusqu’à la fin de la guerre.

Un porte-parole du département d’État a également confirmé mardi que le secrétaire d’État américain avait informé les ministres français, allemand, italien et britannique, ainsi que la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, « immédiatement » après la réunion de Riyad.

« Le groupe a convenu de rester en contact étroit alors que nous tentons de mettre un terme durable au conflit en Ukraine », a confié le porte-parole.

Les sanctions de l’UE nécessitent le soutien unanime des 27 États membres et doivent être renouvelées tous les six mois.

Un diplomate de l’UE a fait remarquer que la relation étroite de Donald Trump avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán — qui a dénoncé à plusieurs reprises les sanctions de l’UE — pourrait entraîner des « problèmes » si Washington faisait pression sur Bruxelles pour qu’elle lève ses sanctions.

« Si ce scénario se produisait [où Donald] Trump demandait à l’UE d’assouplir les sanctions, je suis presque sûr qu’il y aura au moins un chef d’État qui serait prêt à le faire », a déclaré le diplomate.

Une confiscation controversée

Le ministre polonais des Finances, Andrzej Domański, dont le pays assure actuellement la présidence tournante de l’UE, a également déclaré mardi que Varsovie maintenait l’initiative controversée visant à confisquer les 210 milliards d’euros d’actifs russes gelés actuellement détenus dans l’UE.

Une telle initiative s’est heurtée à une vive résistance de la Belgique, dans laquelle se trouve la grande majorité des actifs. Les responsables politiques belges estiment que la saisie des actifs est juridiquement douteuse et pourrait menacer la stabilité financière de la zone euro.

La confiscation est cependant fermement soutenue par de nombreux États membres d’Europe de l’Est et a également été fortement approuvée par l’administration américaine précédente dirigée par Joe Biden.

Les bénéfices générés par ces actifs sont actuellement utilisés pour financer un prêt de 50 milliards de dollars à Kiev, suite à un accord conclu l’année dernière par les pays du G7.

« Nous pensons que ces actifs devraient être utilisés au profit de l’Ukraine et pas seulement les bénéfices, mais aussi les actifs [eux-mêmes] », a déclaré le ministre polonais. « Cela dit, des pays expriment une position différente », a-t-il ajouté. « Nous sommes donc en discussion permanente — il serait prématuré de dire quelle pourrait être la conclusion. »

Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, qui a refusé à plusieurs reprises d’exclure la saisie des actifs, a également suggéré hier que la politique de sanctions de l’UE pourrait évoluer indépendamment des États-Unis.

« Je pense qu’il est très clair, avec les actions de l’actuelle administration Trump, que l’UE devra prendre davantage en main les questions liées à sa sécurité », a-t-il confié, ajoutant que cela « concerne également la politique de sanctions ».

D’après la Commission européenne, l’UE a interdit des importations en provenance de Russie d’une valeur de 91,2 milliards d’euros depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, ainsi que des exportations d’une valeur de 48 milliards d’euros.

Le nouveau paquet de sanctions devrait être officiellement approuvé par les ministres des Affaires étrangères de l’UE lundi prochain à Bruxelles.

(AM)