L’UE ne parvient pas à lutter contre les effets de la pollution atmosphérique sur la santé, selon une étude

L’Ue et certains États membres ne tiennent pas compte de la qualité de l’air dans leurs plans de lutte contre le changement climatique et ne reconnaissent pas l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé, selon une étude publiée par l’Alliance mondiale pour le climat et la santé.

Euractiv.com
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Dans un rapport publié mercredi (18 octobre) portant sur 169 pays et l’UE, la GCHA a constaté que les membres du G20, dont l’UE fait partie, ne parviennent toujours pas à faire figurer la santé et la qualité de l’air dans leur politique climatique. [<a href="https://www.shutterstock.com/g/NadyGinzburg" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/NadyGinzburg</a>]

L’Union européenne et certains États membres ne tiennent pas compte de la qualité de l’air dans leurs plans de lutte contre le changement climatique et ne reconnaissent pas l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé, selon une étude publiée par l’Alliance mondiale pour le climat et la santé (Global Climate and Health Alliance, GCHA).

Dans un rapport publié mercredi (18 octobre) portant sur 169 pays et l’UE, la GCHA a constaté que les membres du G20, dont l’UE fait partie, ne parviennent toujours pas à faire figurer la santé et la qualité de l’air dans leur politique climatique.

Le rapport a examiné les contributions déterminées au niveau national (CDN), c’est-à-dire les plans climatiques nationaux établis par les gouvernements dans le cadre de l’Accord de Paris qui illustrent les priorités des États en matière de lutte contre le changement climatique.

Des points ont été attribués aux pays en fonction de la prise en compte par les pays dans leurs plans climatiques de cinq facteurs. Il s’agit des impacts sur la santé, de la pollution de l’air, des secteurs sources, de l’économie et des finances, ainsi que des points bonus. « Trois points étaient disponibles pour chaque catégorie, avec un “score total possible pour l’air pur” de 15 points », explique le rapport.

L’Union européenne a obtenu un score moyen de 2 points sur 15 selon les critères de la GCHA, tout comme la France, qui a soumis une évaluation individuelle. Au niveau mondial, le score moyen est de 3,5.

Les pays les plus performants sont les pays à revenu faible ou intermédiaire, qui sont les plus exposés à la pollution atmosphérique, tels que la Colombie et le Mali, qui sont les deux leaders mondiaux en la matière avec 12/15.

« En tant que principaux pollueurs mondiaux, il est essentiel que les pays du G20 intègrent des considérations relatives à la qualité de l’air dans leur CDN. Pourtant, aucun gouvernement du G20 n’obtient la moyenne, ce qui témoigne d’un manque de prise en compte des liens entre le climat et la qualité de l’air, ou d’un manque d’ambition pour prendre des mesures », a déclaré Jess Beagley, responsable politique à l’Alliance mondiale pour le climat et la santé.

« Ce qui est également révélateur, c’est que les pays qui cherchent à prendre les mesures les plus efficaces contre la pollution de l’air sont souvent ceux qui en subissent le plus les conséquences », a ajouté Mme Beagley dans le communiqué de presse.

Si la quasi-totalité des CDN (164 sur 170) mentionne la qualité de l’air, moins d’un tiers d’entre elles font référence à l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé, et seules 32 fixent des objectifs concrets ou font référence à la mise en place d’un système de contrôle.

Dans la catégorie de l’impact sur la santé, l’évaluation a porté sur les mentions de l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé, sur la quantification de la charge ou le suivi de l’impact, et sur les mesures prises par le secteur de la santé pour lutter contre les maladies qui y sont liées. Dans cette catégorie, l’UE a obtenu 0 point sur 3.

La Colombie a obtenu 3 points dans la catégorie santé, car elle reconnaît l’importance de la protection de la santé, en particulier de la santé respiratoire, grâce à des mesures en faveur de la qualité de l’air. Elle précise également que l’intégration des politiques facilitant cette surveillance sera formulée dans le secteur de la santé.

Des points supplémentaires ont été attribués aux CDN qui mentionnent les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relatives à la qualité de l’air, le nombre de vies sauvées grâce à l’amélioration de la qualité de l’air et les inégalités en matière d’exposition à la pollution atmosphérique, entre autres.

L’impact de la pollution de l’air sur la santé des citoyens de l’UE

Selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), 307 000 décès prématurés en Europe sont dus à l’exposition à des particules microscopiques d’un diamètre inférieur ou égal à 2,5 microns (PM 2,5), ce qui fait de la pollution atmosphérique la première cause environnementale de décès prématuré dans l’UE.

Cette pollution peut résulter de diverses activités, notamment le trafic routier, les centrales électriques au charbon ou l’industrie, et elle augmente le risque de problèmes de santé tels que les maladies cardiaques, l’asthme et l’insuffisance pondérale à la naissance.

Le dioxyde d’azote (NO2) est un autre polluant atmosphérique qui, selon l’AEE, serait responsable de 49 000 décès prématurés dans l’UE.

En 2021, l’Agence estime que 97 % de la population urbaine était exposée à un air qui ne répondait pas aux recommandations de l’OMS.

Les efforts de l’UE pour améliorer la qualité de l’air

L’Union européenne a mis en place de nombreuses initiatives visant à améliorer la qualité de l’air.

Le 13 septembre dernier par exemple, le Parlement européen a adopté sa position sur une loi révisée visant à améliorer la qualité de l’air dans l’UE, qui prévoit des limites plus strictes pour plusieurs polluants.

Les nouvelles règles visent à garantir que la qualité de l’air dans l’UE ne nuise ni à la santé humaine, ni aux écosystèmes naturels, ni à la biodiversité. Elles seront accompagnées d’informations sur les symptômes associés aux pics de pollution de l’air et sur les risques sanitaires associés à chaque polluant, y compris des informations adaptées aux groupes vulnérables.

Le Parlement souhaite également que les citoyens dont la santé est affectée par ce problème disposent d’un droit de compensation plus important en cas d’infraction aux nouvelles règles.

Cependant, les législateurs ont également voté pour retarder jusqu’en 2035 l’alignement de l’UE sur les lignes directrices de l’OMS en matière de qualité de l’air, ce qui a suscité l’inquiétude des ONG de défense de l’environnement.

Ce vote met l’Europe sur la bonne voie pour atteindre son objectif de pollution zéro d’ici à 2050, conformément au Plan d’action de l’UE : « Vers une pollution zéro dans l’air, l’eau et les sols » présenté par la Commission européenne en octobre de l’année dernière.

La prochaine étape sera le trilogue, c’est-à-dire les négociations au cours desquelles les États membres de l’UE, la Commission européenne et le Parlement européen tenteront de trouver une position commune.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]