L’UE mise sur la diplomatie face à l’escalade entre Israël et l’Iran

Alors que les tensions entre Israël et l’Iran menacent de déstabiliser davantage le Proche-Orient, l’UE prône une réponse diplomatique. Une position contrastée avec sa fermeté face à la Russie et sa guerre en Ukraine.

EURACTIV.com
EU Commission unveils new Russia sanctions
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (à gauche), et la Haute représentante de l’Union pour les Affaitres étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Israël a lancé vendredi 13 juin une attaque sans précédent contre l’Iran, ciblant notamment des installations liées à son programme nucléaire. En réponse, Téhéran a riposté par des salves de missiles et de drones, affirmant qu’Israël pourrait bientôt devenir « inhabitable ».

Et alors que les tensions entre Israël et l’Iran menacent de déstabiliser davantage le Proche-Orient, l’Union européenne prône une réponse diplomatique. Une position qui contraste avec sa fermeté face à la Russie et sa guerre en Ukraine.

La cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas a convoqué mardi 17 juin une réunion spéciale en visioconférence des ministres des Affaires étrangères européens consacrée à la situation entre Israël et l’Iran.

« La réunion sera l’occasion d’échanger des points de vue, de coordonner les efforts diplomatiques auprès de Tel-Aviv et de Téhéran, et d’envisager les prochaines étapes », a confié un responsable du cabinet de Kaja Kallas à Euractiv.

Ce positionnement tranche avec la fermeté affichée par Bruxelles sur la guerre en Ukraine. À ce sujet, le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius affirmait plus tôt ce mois-ci : « La diplomatie ne servira à rien [avec la Russie], seule la force sera efficace ».

Face à la guerre entre Israël et l’Iran, le ton est tout autre. « Une sécurité durable passe par la diplomatie, pas par l’action militaire », a déclaré ce week-end Kaja Kallas, qui s’est également entretenue avec le ministre iranien des Affaires étrangères.

De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui parle de faire de l’Ukraine un « porc-épic en acier » avant de négocier avec la Russie, a exhorté Benyamin Netanyahou à désamorcer la situation lors d’un entretien téléphonique dimanche 15 juin. Elle n’a pas appelé à un cessez-le-feu immédiat.

La position officielle de l’UE reste de maintenir les négociations visant à limiter les ambitions nucléaires de l’Iran, malgré l’impasse actuelle. Israël considère pour sa part que ces discussions sont vouées à l’échec.

« Pendant des années, il y a eu un encadrement, mais cela n’a pas fonctionné », a expliqué l’ambassadeur d’Israël auprès de l’UE, Haim Regev, à Euractiv. « Tout le monde s’accorde à dire que l’Iran est un problème, la question est de savoir ce qu’il faut faire », a-t-il continué.

Il a toutefois ajouté que la phase finale de l’opération israélienne « devra s’accompagner de moyens diplomatiques ». « C’est la seule façon d’assurer la stabilité dans la région. »

Selon l’ambassadeur israélien, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie sont les plus fermes soutiens d’Israël sur la question iranienne. Il a également alerté sur la menace croissante que représenterait l’acquisition « très proche » de l’arme nucléaire par l’Iran, non seulement pour Israël, mais aussi pour l’Europe.

Interrogée lors d’une conférence de presse au sommet du G7 lundi 16 juin, Ursula von der Leyen a déclaré qu’elle et Benyamin Netanyahou étaient « d’accord sur le fait que l’Iran ne devrait pas posséder d’armes nucléaires ». « Bien sûr, je pense qu’une solution négociée est, à long terme, la meilleure solution », a-t-elle conclu.

Selon une source gouvernementale de l’AFP, les dirigeants du G7 travailleraient à une déclaration commune sur ce conflit dans laquelle ils appellent à la désescalade.

Avant son départ pour le Canada, où se tient le sommet du G7, Ursula von der Leyen avait souligné que « des drones et missiles balistiques de même type, conçus et fabriqués en Iran, frappent sans discernement des villes en Ukraine et en Israël. Ces menaces doivent donc être traitées conjointement ».

Gaza, l’autre front de crise

Ursula von der Leyen a également évoqué la guerre qui dure depuis 19 mois à Gaza, déclarant que lors de son entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien, elle avait « insisté et demandé que l’aide humanitaire qui n’atteint pas Gaza soit acheminée » vers l’enclave palestinienne.

Benyamin Netanyahou « a promis que ce serait le cas et que cela serait fait », a indiqué Ursula von der Leyen. Elle s’est engagée à « examiner de près les faits » à son retour du Canada, en vérifiant « où se trouve notre aide humanitaire, comment elle parvient à Gaza, si elle y arrive bien, et ce que nous pouvons faire pour nous assurer qu’elle atteigne effectivement la population ».

Faisant écho aux préoccupations du Programme alimentaire mondial, Tom Fletcher, responsable de l’aide humanitaire des Nations unies, a mis en garde la semaine dernière contre le risque de famine à Gaza. « Sans un accès immédiat et massivement renforcé aux moyens de survie de base, Gaza risque de sombrer dans la famine, le chaos et la perte de nombreuses vies humaines », a-t-il alerté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]