L'UE maintient le financement de la Tunisie malgré sa dérive autocratique
L'UE a annoncé qu'elle allait continuer à fournir une aide budgétaire à la Tunisie, alors même que le président Kais Saied a décidé de dissoudre le Parlement après que celui-ci a voté l’abrogation de sa décision de geler les institutions démocratiques et de gouverner par décret.
La Commission européenne a annoncé que l’UE allait continuer à fournir une aide budgétaire à la Tunisie, alors même que le président controversé du pays, Kais Saied, a décidé de dissoudre immédiatement le Parlement après que celui-ci a voté l’abrogation de sa décision de geler les institutions démocratiques et de gouverner par décret.
M. Saied a suspendu le Parlement et limogé le gouvernement du Premier ministre Hichem Mechichi en juillet dernier, lors d’une prise de pouvoir qualifiée de « coup d’État constitutionnel » par ses opposants.
Mercredi (30 mars), le Parlement a tenu sa première session, bien que virtuelle, depuis qu’il fait partie des institutions politiques suspendues par M. Saied en juillet. Lors de cette session, les législateurs ont voté l’abrogation des « mesures exceptionnelles » et des décrets subséquents émis par M. Saied, bien que le vote ne soit pas juridiquement contraignant.
M. Saied a déclaré à la télévision d’État que le Parlement avait été dissous « pour préserver l’État et ses institutions ». Il a dévoilé son intention de rédiger une nouvelle constitution et de conserver le monopole du pouvoir, en vue d’organiser potentiellement de nouvelles élections parlementaires avant la fin de l’année.
Les responsables de l’opposition ont qualifié la situation de « particulièrement tendue » après que la ministre de la Justice, Leila Jeffal, a demandé au procureur général d’engager une procédure d’arrestation contre les législateurs qui ont participé à la session de mercredi.
Elle a déclaré que leur crime était de « former une association criminelle » pour « mettre en danger l’État et provoquer le chaos sur le territoire tunisien », un délit potentiellement passible de la peine de mort.
Il semble toutefois peu probable que l’UE suspende son soutien financier au président, malgré le glissement de la Tunisie – seul pays du Printemps arabe de la région à disposer encore d’une démocratie multipartite – vers l’autocratie.
À la suite d’une rencontre entre le président Kais Saied et le commissaire européen à l’Élargissement, Oliver Varhelyi, mardi et mercredi à Tunis, la Commission européenne a annoncé qu’elle prêterait à la Tunisie 450 millions d’euros d’aide budgétaire.
Après une première vague de soutien public au président, qui a promis de s’attaquer à la corruption politique et de donner la priorité à la croissance de l’économie tunisienne après une décennie de performances médiocres, de pauvreté et de chômage croissants, la crise financière à laquelle le pays est confronté s’aggrave.
Au début du mois, l’agence de notation Fitch a rétrogradé la dette souveraine de la Tunisie dans la catégorie des dettes de pacotille.
Les forces d’opposition en Tunisie estiment que le soutien de l’opinion publique à M. Saied a considérablement diminué par rapport à son point culminant de septembre dernier, et une vague de protestations publiques a récemment eu lieu contre le président et ses projets de réforme constitutionnelle, faisant craindre un éventuel conflit violent.
M. Saied a jusqu’à présent exclu de se tourner vers le Fonds monétaire international pour obtenir un plan de redressement financier.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie va également intensifier les difficultés sociales et économiques de la Tunisie. En raison de sa forte dépendance à l’égard des importations de blé, la Tunisie pourra bénéficier d’un fonds européen de 200 millions d’euros, tout comme le Maroc, l’Égypte et l’Algérie, destiné à atténuer les conséquences des pénuries de céréales résultant de l’interruption de l’approvisionnement en provenance d’Ukraine et de Russie.