L’UE joue sa réputation alors que la Hongrie continue de bloquer les sanctions contre Moscou
L’UE n’a pas trouvé de consensus sur le nouveau paquet de sanctions contre la Russie mais un accord pourrait être conclu dans une semaine ou deux, a déclaré Josep Borrell alors que la Hongrie a indiqué qu’elle ne lèverait pas son veto.
L’Union européenne n’a pas trouvé de consensus sur le nouveau paquet de sanctions contre la Russie mais un accord pourrait être conclu dans une semaine ou deux, a déclaré lundi (16 mai) le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, alors que la Hongrie a indiqué qu’elle ne lèverait pas son veto.
« Malheureusement, il n’a pas été possible de parvenir à un accord aujourd’hui », a indiqué M. Borrell aux journalistes après une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Bruxelles.
L’UE a offert à la Hongrie, à la République tchèque et à la Slovaquie de longs délais de grâce pour cesser progressivement leurs importations de pétrole russe, mais cela n’a pas encore convaincu Budapest de lever son veto.
La philosophie des sanctions de l’UE est qu’elles doivent frapper le pays visé, en l’occurrence la Russie, plutôt que de causer du tort aux États membres. Or, les sanctions dans le domaine de l’énergie causent inévitablement des dommages aux États membres, certains étant plus touchés que d’autres.
Les importations énergétiques russes de l’UE représentaient 99 milliards d’euros en 2021, le pétrole russe représentant environ 27 % des importations pétrolières de l’UE.
Sur le plan technique, les importations de pétrole en provenance de Russie sont plus faciles à remplacer que les importations de gaz, mais la hausse des prix du pétrole aggrave déjà l’inflation dans le bloc.
« J’espère que cela ne va pas durer plus longtemps, mais je ne peux pas vous dire si cela va prendre une semaine ou deux », a déclaré M. Borrell, ajoutant qu’il avait initialement prévu que les ministres discutent du paquet de sanctions lundi.
M. Borrell a expliqué que le principal obstacle à un accord était de nature économique : « La Hongrie n’a pas expliqué sa position en termes politiques, mais en termes économiques », a-t-il expliqué.
Les États membres de l’UE cherchent de plus en plus désespérément à éviter de paraître divisés face à l’assaut du Kremlin en Ukraine, et les responsables se démènent en coulisses pour trouver un compromis avec la Hongrie après avoir fait la proposition initiale il y a près de deux semaines, à savoir le 4 mai.
Depuis lors, les responsables de l’UE ont fait une série de concessions aux États membres, notamment en abandonnant un projet visant à interdire aux navires de l’UE de transporter du pétrole russe, après l’opposition de la Grèce et de Chypre quant à l’impact économique potentiel sur leurs industries.
Certains États membres ont également émis l’idée d’envisager de repousser l’interdiction du pétrole afin de pouvoir appliquer le reste du paquet de sanctions, mais cette idée a été rejetée jusqu’à présent, car on estime que les mesures manqueraient de poids sans le volet énergétique.
Les ambassadeurs de l’UE doivent se réunir mercredi pour leur réunion habituelle. Au cours de celle-ci, une discussion plus approfondie sur le paquet de sanctions est attendue.
Cependant, les diplomates européens et certains ministres des Affaires étrangères ont déclaré lundi qu’ils préféraient envisager la possibilité que la discussion se prolonge jusqu’à un sommet européen informel prévu pour la fin mai.
La Hongrie avait également déjà fait savoir que tout ce qui s’approcherait d’une interdiction du pétrole serait plutôt du ressort des chefs d’État et de gouvernement, indiquant que les discussions devraient avoir lieu entre les dirigeants de l’UE plutôt qu’au niveau politique inférieur.
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« Le risque est que nous ayons des discussions sur tous les sujets entre les dirigeants de l’UE, des sanctions à l’énergie, de l’élargissement à la modification des traités, qui peuvent dégénérer en fonction de l’agacement des États membres à ce moment-là », a ironisé un diplomate européen.
M. Borrell a indiqué que les ministres des Affaires étrangères avaient toutefois décidé de débloquer 500 millions d’euros supplémentaires pour l’achat d’armes en soutien à Kiev, ce qui porte à 2 milliards d’euros la somme totale que l’UE a prévue à cet effet.
Prendre l’UE en otage
La Hongrie a été accusée de « prendre l’Union européenne en otage » en raison de son refus d’imposer un embargo pétrolier à la Russie, alors que l’Union peine à trouver un consensus sur ses dernières sanctions visant à limiter la capacité du Kremlin à mener sa guerre.
« L’intégralité de l’Union est prise en otage par un État membre qui ne peut pas nous aider à trouver le consensus », a confié aux journalistes le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis.
« Tout le monde s’attendait à ce que cela suffise », a-t-il ajouté, reflétant la conviction répandue parmi ses homologues que la Hongrie rentrerait dans le rang si elle disposait de plus de temps pour convertir son système énergétique afin de pouvoir recevoir du pétrole non russe.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a comparé l’impact économique de l’interdiction du pétrole russe sur son pays à une « bombe nucléaire ».
Budapest affirme qu’elle a besoin de temps pour adapter ses systèmes énergétiques et d’un soutien financier pour financer la modernisation des infrastructures et les alternatives plus coûteuses au pétrole russe.
La Hongrie, qui fait souvent figure d’exception dans le processus décisionnel de l’UE, a demandé à être dispensée de respecter l’embargo pendant au moins quatre ans et réclame 800 millions d’euros de fonds européens pour rééquiper une raffinerie et augmenter la capacité d’un oléoduc vers la Croatie.
Lundi, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a semblé revoir à la hausse le prix de l’abandon du pétrole russe en déclarant que la préparation de l’économie hongroise à ce changement coûterait 15 à 18 milliards d’euros.
« Il est légitime que les Hongrois attendent une proposition » de la Commission européenne pour amortir ce choc, a indiqué M. Szijjártó dans des commentaires publiés sur sa page Facebook.
« Une modernisation complète de l’infrastructure énergétique hongroise est nécessaire à hauteur de 15 à 18 milliards d’euros. »
Le différend concernant l’embargo pétrolier a conduit certains diplomates européens à penser qu’une interdiction du gaz naturel russe était impossible à atteindre.
L’UE prévoit de réduire de deux tiers sa dépendance à l’égard du gaz russe cette année. L’exécutif européen doit présenter une proposition en ce sens mercredi (18 mai), mais elle hésite à mettre un terme aux importations car l’Allemagne s’y oppose.
Une réputation en jeu
Lundi, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a exhorté l’UE à surmonter la résistance de la Hongrie à un embargo sur le pétrole russe, puis à chercher à « éliminer » toutes les exportations de Moscou pour priver sa machine de guerre de financements.
« Nous sommes mécontents du fait que l’embargo sur le pétrole ne soit pas en vigueur », a déclaré M. Kuleba après avoir rencontré les ministres des Affaires étrangères du bloc à Bruxelles.
« On voit bien qui fait traîner les choses en longueur. Mais le temps presse, car chaque jour, la Russie continue de gagner de l’argent et de l’investir dans la guerre. »
M. Kuleba s’est dit convaincu que l’embargo pétrolier arrivera et « la seule interrogation est de savoir quand et quel sera le prix que l’Union européenne devra payer pour que cela se produise ».
« Il est clair pour les États membres de l’UE que c’est la réputation de l’Union européenne qui est en jeu », a affirmé M. Kuleba.
Il a ensuite appelé les Vingt-Sept à passer à un septième ensemble de sanctions qui « tuerait les exportations russes » et porterait un coup fatal aux finances du président russe Vladimir Poutine.
Viktor Orbán est considéré comme le meilleur ami de M. Poutine dans l’Union européenne. Selon des informations non confirmées, le président russe aurait préalablement averti M. Orbán de l’invasion de l’Ukraine, et ce dernier lui aurait fait savoir que son pays souhaitait s’emparer d’une partie du territoire ukrainien après la guerre.
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