L’UE et la Chine cherchent à étendre leur influence sur la route commerciale du Corridor du milieu

Le Kazakhstan a entrepris d’étendre son réseau de terminaux le long de la route du Corridor du milieu, afin d’améliorer la connectivité commerciale et la logistique.

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This article is part of our special report "Les relations UE-Kazakhstan : une évolution stratégique et économique vers un rôle régional et mondial"
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Le Corridor du milieu est un axe clé qui relie l’Asie du Sud-Est et la Chine à l’Europe. Il traverse le Kazakhstan, la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie avant d’atteindre les États membres de l’Union européenne (UE). [Getty Images: Vithun Khamsong]

Le Kazakhstan a entrepris d’étendre son réseau de terminaux le long du Corridor du milieu, afin d’améliorer la connectivité commerciale et la logistique.

Le « Corridor du milieu », également connu sous le nom de route internationale de transport transcaspienne (TITR), est une route commerciale multimodale reliant la Chine et l’Europe via l’Asie centrale et le Caucase du Sud. À l’heure où le contexte géopolitique évolue, cette route commerciale revêt une importance capitale pour plusieurs acteurs mondiaux de premier plan.

Le ministre kazakh des Transports, Marat Karabayev, a fait cette déclaration lors d’une réunion gouvernementale fin novembre, annonçant le projet du pays de construire un terminal dans la partie européenne de l’itinéraire.

Des terminaux ont déjà été lancés à Xian, en Chine, et dans le port de Poti, en Géorgie, tandis que des plateformes de conteneurs sont en cours de construction à Aktau, en collaboration avec une entreprise chinoise, et au terminal multifonctionnel de Sarzha, dans le port de Kuryk.

En novembre, le Kazakhstan a lancé le premier train de conteneurs aller-retour sur le Corridor du milieu, marquant ainsi une étape importante pour la logistique de retour sur cet itinéraire. Un train transportant 62 conteneurs de pétrole a quitté Bakou pour Xian via cet itinéraire.

Les volumes de transport via le Corridor du milieu ont augmenté de 68 % au cours des 10 premiers mois de 2024, atteignant 3,8 millions de tonnes, tandis que le trafic de conteneurs a été multiplié par 2,7 — les expéditions en provenance de Chine ayant été multipliées par 25.

Volume des trains de conteneurs

Un accord antérieur avec la Chine vise à augmenter le nombre de trains de conteneurs de 400 à 3 000 par an d’ici 2029, tandis que le système douanier de la TEZ — qui a introduit un système électronique pour les déclarations de transit — a permis de réduire les délais de traitement aux frontières, avec pour objectif une capacité de 10 millions de tonnes par an.

Selon Marat Karabayev, le corridor gagne de plus en plus en importance dans un contexte de modification des routes commerciales mondiales, avec une capacité actuelle de 10 millions de tonnes par an et un potentiel d’extension à 20 millions de tonnes.

En juillet, le Kazakhstan a signé une feuille de route avec l’Iran, le Turkménistan et la Russie pour développer l’itinéraire oriental de ce corridor, avec des réductions tarifaires de 50 % pour attirer les marchandises.

Une route de plus en plus importante

Le Corridor du milieu est un axe clé qui relie l’Asie du Sud-Est et la Chine à l’Europe. Il traverse le Kazakhstan, la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie avant d’atteindre les États membres de l’Union européenne (UE).

Les temps de transport sur cet itinéraire sont réduits à 12-15 jours pour les marchandises circulant entre l’Asie du Sud-Est, la Chine et l’Europe, contre 40 jours ou plus pour les anciens itinéraires routiers et maritimes, ce qui améliore la fiabilité et la sécurité des expéditions.

Toujours en novembre, la société nationale des chemins de fer kazakhs a annoncé qu’elle étendrait son réseau de terminaux en Europe grâce à un terminal de fret intermodal à Budapest, convenu conjointement avec des entreprises hongroises et chinoises.

Améliorer la connectivité régionale

À Bruxelles, l’ambassadeur du Kazakhstan auprès de l’UE, Margulan Baimukhan, a réaffirmé la position de son pays en tant que partenaire stratégique du bloc en matière de renforcement de la connectivité régionale et mondiale.

Soulignant l’importance d’établir des corridors de transport durables et efficaces à la lumière des défis mondiaux et des perturbations des chaînes d’approvisionnement, Margulan Baimukhan a déclaré que le succès du corridor dépendait des actions coordonnées de tous les pays situés le long de l’itinéraire.

« Le Kazakhstan vise non seulement à être une plaque tournante du transport [de marchandises], mais aussi à participer activement aux efforts mondiaux visant à renforcer la résilience et la connectivité. Nous sommes prêts à un dialogue constructif et à une coopération plus approfondie avec l’UE », a affirmé l’ambassadeur.

Au début de l’année, l’UE s’est engagée à investir 10 milliards d’euros dans le Corridor du milieu, qui est devenu une priorité non seulement pour le Kazakhstan et la région d’Asie centrale, mais aussi pour l’Union européenne, qui souhaite diversifier ses routes commerciales à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Malgré l’intérêt et les ambitions croissantes pour l’avancement de cette route, l’UE a été invitée à intensifier ses efforts et à renforcer son engagement afin de garantir sa position dans une région où la Chine et la Russie règnent en maîtres.

Potentiel et concurrence

La Chine a mis fin à ses hésitations initiales concernant cette route commerciale. De 2013 à 2022, elle avait limité son engagement dans le Corridor du milieu à cause de considérations politiques, de facteurs économiques dissuasifs, de risques sécuritaires et de défis techniques.

Avant 2022, environ 90 % des échanges terrestres entre l’UE et la Chine passaient par la Russie, ce qui soulignait la domination de Moscou dans la région et la préférence de l’UE pour le Corridor Nord.

La situation a évolué après le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine et les sanctions imposées à Moscou, qui ont perturbé le Corridor Nord, réduisant ainsi sa viabilité pour le commerce entre l’Union européenne et la Chine. Les perturbations maritimes en mer Rouge ont encore souligné la nécessité de trouver d’autres itinéraires.

L’engagement renouvelé de la Chine dans le Corridor du milieu s’est traduit par la signature de plusieurs accords avec le Kazakhstan, ainsi qu’avec l’Azerbaïdjan et la Géorgie, afin d’améliorer les infrastructures, de réduire les droits de douane et d’augmenter les volumes d’échanges.

La route commerciale entre l’UE et la Chine

Le corridor constitue désormais une voie essentielle pour les échanges commerciaux entre la Chine et l’UE, réduisant ainsi la dépendance à l’égard de la Russie et des voies maritimes traditionnelles. Il renforce également l’influence économique de la Chine en Asie centrale et dans le Caucase, tout en favorisant la stabilité régionale.

Les changements géopolitiques ont positionné le Corridor du milieu comme une alternative stable et fiable, alignant la résilience économique de la Chine sur ses objectifs stratégiques en Eurasie. Il permet à Pékin d’accéder non seulement à l’Europe, mais aussi au Moyen-Orient.

Le développement de ce corridor pourrait transformer le paysage économique et géopolitique de l’Eurasie, avec des implications significatives pour les flux commerciaux mondiaux et les structures de pouvoir régionales.

Le changement d’approche de la Chine à l’égard du corridor et la redécouverte par l’Europe de l’importance de cette route et de l’Asie centrale constituent une compétition intéressante à observer. Il pourrait bien s’agir d’une situation gagnant-gagnant pour tous.