L'UE essaie de prouver que le Conseil du commerce et des technologies survivra à Donald Trump
La Commission européenne a minimisé les craintes que le Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis (CCT) puisse succomber à un éventuel retour de Donald Trump, alors que les hauts responsables des deux parties se réunissent jeudi (4 avril).
La Commission européenne a minimisé les craintes que le Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis (CCT) puisse succomber à un éventuel retour au pouvoir de Donald Trump, alors que les hauts responsables des deux parties se réunissent à Louvain, en Belgique, ce jeudi (4 avril).
Les représentants de la Commission ont tenté d’endiguer les inquiétudes croissantes selon lesquelles le prochain changement de direction aux États-Unis, après les élections présidentielles de novembre, pourrait menacer la survie du CCT. Ils ont souligné mercredi que « la dynamique se poursuivra quoi qu’il arrive en termes de leadership politique ».
« Nous pensons que la relation transatlantique entre l’UE et les États-Unis est là pour durer et qu’elle présente une grande valeur ajoutée pour les deux parties », a déclaré un responsable de l’UE. « Indépendamment de la personne qui occupera la Maison-Blanche ou le Berlaymont [siège de la Commission] l’année prochaine, cette force doit continuer à être entretenue et développée. »
La Commission met en place « un processus interne structuré pour se préparer à tous les résultats possibles des élections présidentielles américaines », a ajouté le responsable.
Le CCT, imaginé par les administrations de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du président américain Joe Biden, a été créé en 2021 pour améliorer les liens transatlantiques après la présidence de Donald Trump.
Toutefois, les sondages américains montrent que l’ancien président républicain est en tête dans six des sept États clés pour les élections de novembre. Les parties prenantes européennes ont exprimé leur inquiétude quant au fait que le forum de cette semaine – le sixième depuis sa création – pourrait être le dernier. Ces craintes s’ajoutent au scepticisme qui entoure déjà la question de l’efficacité du Conseil du commerce et des technologies.
« Les attentes à l’égard du CCT se sont considérablement réduites depuis que la série de négociations a été mise en place », a confié à Euractiv Rebecca Christie, chargée de mission non résidente au think tank Bruegel pour les questions de politique européenne.
« Cette nouvelle session sera probablement la dernière avant les élections européennes et américaines, et les discussions devront justifier leur existence. »
L’intérêt pour le Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis s’essouffle
La prochaine réunion du Conseil du commerce et des technologies UE-États-Unis a été officiellement reportée,…
5 minutes
Une occasion unique d’assurer l’avenir du CCT
Amélie Coulet, directrice des affaires publiques et réglementaires chez IBM Europe, a observé qu’il y avait « un sentiment que le CCT n’a pas été à la hauteur de ses ambitions, enlisé par des différends commerciaux, un nombre ingérable de groupes de travail et un manque d’engagement structuré de la part des parties intéressées ».
Selon Susan Danger, dirigeante de la Chambre de commerce américaine auprès de l’Union européenne (AmCham EU), cette réunion sera cruciale pour l’institutionnalisation du forum, en particulier à la veille des élections européennes et américaines.
« Nous ne savons pas ce qui se passera après les élections, mais ce que nous savons, c’est qu’il faut absolument que le CCT continue », a-t-elle affirmé.
Mme Coulet a précisé à Euractiv que, quelle que soit l’issue des élections, l’UE et les États-Unis devaient redoubler d’efforts pour renforcer la relation transatlantique, notamment en tirant pleinement parti du CCT.
L’Atlantic Council, think tank américain spécialisé dans les relations internationales, a également annoncé la semaine dernière que les discussions de jeudi à Louvain, près de Bruxelles, « seront cruciales pour convaincre quiconque sera au pouvoir l’année prochaine que le CCT est une expérience qui vaut la peine d’être poursuivie ».
Selon Mme Coulet, l’ensemble des activités commerciales entre les États-Unis et l’UE représente une « économie transatlantique » d’une valeur de 8 700 milliards de dollars, qui « dépend du fait que Bruxelles et Washington soient des partenaires avant d’être des concurrents ».
Dans un document publié mercredi, BusinessEurope, l’un des plus importants lobbies bruxellois, a exhorté les décideurs politiques à « redoubler d’efforts pour renforcer […] les liens » cette semaine, et a souligné que les investissements entre les deux alliés dépassaient les 5 000 milliards de dollars, et que les échanges de biens et de services dépassaient les 1 200 milliards de dollars.
Le déclin industriel effraie autant les syndicats que les entreprises, selon le directeur général de BusinessEurope
Le déclin industriel de l’Europe inquiète autant les entreprises que les syndicats, qui réclament tous…
6 minutes
Les différends actuels auront-ils raison du CCT ?
Cependant, même les plus fervents partisans du CCT sont conscients des obstacles qui s’opposent à sa transformation en un projet plus solide de convergence politique et d’accords commerciaux concrets entre les États-Unis et l’Union européenne.
À l’heure où les efforts législatifs des deux juridictions ont été réorientés vers le renforcement de la sécurité économique et de l’autonomie des chaînes d’approvisionnement, certains points sensibles persistent et risquent de mettre à l’épreuve l’avenir du CCT.
L’AmCham, qui a dirigé des efforts pour sauvegarder le forum, a publié la semaine dernière un rapport de synthèse mettant en évidence les lacunes qui ont limité l’impact du CCT jusqu’à présent. Le rapport souligne par exemple que le forum n’a pas réussi à résoudre les « différends commerciaux de longue date, tels que les droits de douane sur l’acier et l’aluminium ».
« Les disputes et les différends devraient être abordés en dehors du CCT pour éviter d’entraver d’autres projets dans le cadre », a prévenu l’AmCham, appelant les décideurs politiques à supprimer ces obstacles comme condition préalable à la définition d’une approche commune sur d’autres questions urgentes telles que la sécurité économique et les plans respectifs pour un « programme d’autonomie stratégique ouvert ».
Cependant, dans l’ensemble, ce ne sont pas seulement les droits de douane de l’ère Trump sur l’acier et l’aluminium européens qui continuent de peser sur les relations commerciales entre les États-Unis et l’UE. La politique économique emblématique de l’ère Biden – la loi de 2022 sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA) – exerce également une pression considérable sur plusieurs secteurs européens en créant des avantages « coordonnés par l’État » pour leurs homologues américains.
Un porte-parole de l’AmCham a indiqué à Euractiv que le lancement de la task force dédiée à l’IRA entre les États-Unis et l’UE constituait une étape positive dans la lutte contre les conséquences économiques involontaires de l’historique loi américaine.
Toutefois, un document daté de 2023 du Conseil européen pour les relations internationales a interprété ces mêmes développements de l’IRA comme « un nouveau manuel pour les relations économiques américano-européennes établi par l’administration Biden », qu’il a appelé « coordination ex post ».
Mme Coulet a également affirmé que même dans le cadre du CCT, les États-Unis et l’UE ont maintenu des « objectifs divergents », aggravant ces déséquilibres.
« Les deux parties ont trop souvent examiné les questions d’un point de vue purement intérieur sans toujours tenir compte de l’impact de leurs politiques industrielles l’une sur l’autre », a-t-elle ajouté.
Mme Christie a également souligné que « Washington et Bruxelles doivent trouver un moyen d’aligner leurs intérêts en matière de sécurité », étant donné l’impact négatif que les facilités accordées par l’IRA à la production nationale américaine ont eu sur des secteurs européens tels que, par exemple, les constructeurs automobiles.
« L’état actuel de la politique risque d’entraîner de nombreuses querelles à l’avenir », a-t-elle conclu.
Matières premières critiques : l’UE et les États-Unis cherchent à attirer les pays en développement
L’UE et les Etats-Unis cherchent à attirer les pays en développement dans un partenariat qui…
4 minutes
[Édité par Anna Martino]