L’UE cherche à renforcer ses liens diplomatiques avec quatre partenaires clés pour contrer l’influence russe et chinoise

Selon une note interne consultée par EURACTIV, le Brésil, le Chili, le Nigéria et le Kazakhstan sont des « pays prioritaires » avec lesquels l’UE cherche à renforcer ses liens diplomatiques dans le cadre de ses efforts pour traiter avec la Russie et endiguer l’influence de la Chine.

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Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine (à gauche), et le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping (à droite). [SHUTTERSTOCK/Salma Bashir Motiwala]

Selon une note interne consultée par EURACTIV, le Brésil, le Chili, le Nigéria et le Kazakhstan sont les quatre principaux « pays prioritaires » avec lesquels l’UE cherche à renforcer ses liens diplomatiques dans le cadre de ses efforts pour traiter avec la Russie et endiguer l’influence grandissante de la Chine.

« Nous nous trouvons dans un environnement géopolitique compétitif : non seulement une bataille de récits mais aussi une bataille d’offres », peut-on lire dans le document, diffusé en début de semaine par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE). « Nous devons améliorer notre offre et renforcer notre relation avec [les quatre pays mentionnés]. »

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont discuté du document stratégique baptisé « Plan d’action de l’UE sur les conséquences géopolitiques sur les pays tiers de l’invasion de l’Ukraine par la Russie » lors de leur réunion à Luxembourg lundi (24 avril). Ces discussions interviennent dans le cadre de la réponse de l’Union à la guerre russe en Ukraine.

Le choix des pays prioritaires semble évident, car chacun des quatre États désignés représente une puissance dans sa région respective.

Le Brésil et le Chili sont de plus en plus considérés comme des options souhaitables pour la diversification des importations de matières premières de l’Europe, l’Amérique latine étant riche en matières premières et étant généralement considérée comme la région « la plus en phase avec nos valeurs et nos objectifs », explique un haut diplomate de l’UE.

Le Nigéria, quant à lui, est une puissance économique d’Afrique de l’Ouest et le pays le plus peuplé d’Afrique.

Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le Kazakhstan est redevenu un acteur influent dans sa région, adoptant une position plus affirmée dans ses relations avec Moscou et plus confiante dans ses relations avec l’Occident. Le Kazakhstan détient également de vastes réserves de pétrole et de gaz en Asie centrale qui peuvent contribuer à diversifier les sources d’énergie par rapport à celles de la Russie.

Cette note intervient à un moment où, quatorze mois après le début de la guerre en Ukraine, l’UE s’efforce de maintenir un soutien cohérent et continu à l’Ukraine, tout en essayant de plus en plus d’offrir une alternative aux récits prorusses et prochinois en Amérique latine, en Afrique et en Asie.

Le document se concentre principalement sur ce que l’UE peut proposer comme mesures d’incitation aux quatre pays désignés, plutôt que sur des mesures de sanction.

Outre les accords commerciaux potentiels, le document souligne principalement ce que l’UE peut offrir à ces quatre pays dans le domaine de l’énergie, de la migration, du développement économique ou de la coordination de la sécurité.

Brésil et Chili

En ce qui concerne le Brésil, le document voit une ouverture avec le récent changement de pouvoir dans le pays, qui est passé du nationaliste d’extrême droite Jair Bolsonaro au président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva.

« Le gouvernement actuel montre des signes de volonté d’intensifier la coopération », peut-on lire dans l’analyse concernant le Brésil.

Le Brésil souhaite « être reconnu et traité comme un acteur mondial » et cherche à « améliorer l’accès au marché de l’UE pour les produits agricoles », poursuit le document.

Toutefois, en ce qui concerne les obstacles, le document indique que l’UE « s’inquiète » de la volonté de M. Lula de renégocier l’accord du Mercosur, notamment vu l’importance qu’il accorde à la désindustrialisation, qui « pourrait virer au protectionnisme », ainsi que le « manque de résultats du pays en matière de climat, d’environnement et d’agrément sanitaire des produits de l’UE ».

Il exprime également son inquiétude quant à « l’empreinte de la Chine » dans la tentative du Brésil d’adhérer à un accord international de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le document identifie le commerce comme une opportunité pour l’engagement de l’UE, soulignant que l’avancement de l’accord UE-Mercosur avec les États membres d’Amérique du Sud, longtemps bloqué, « sera d’une importance capitale ».

« Une structure pour renforcer l’engagement est déjà en place puisque l’UE a un partenariat stratégique existant qui peut être ravivé », affirment les auteurs du document, dans ce qui pourrait être une référence à la nouvelle stratégie UE-Amérique latine de l’Union, qui devrait être présentée la semaine prochaine.

Le Chili, qui a récemment élu un dirigeant de gauche en la personne de Gabriel Boric, est considéré comme un allié pour les politiques écologiques et une « voix de soutien fort sur l’Ukraine », bien que l’extrême gauche du pays remette en question les accords commerciaux.

La note du SEAE reconnaît que l’UE devrait essayer de « réduire l’influence croissante de la Chine au Chili », car le pays voudrait voir l’UE « comme une alternative au dilemme États-Unis–Chine ».

La finalisation d’un accord économique entre l’UE et le Chili visant à réduire les droits de douane, qui est en gestation depuis décembre mais n’a pas encore été ratifié, pourrait permettre de rapprocher le pays, indique la note. Toutefois, il y est également souligné que le Chili a exprimé son « agacement face aux procédures internes longues et complexes de l’UE » qui retardent l’accord.

Kazakhstan

L’année dernière, l’UE et les cinq États d’Asie centrale ont réitéré leur intention de renforcer la coopération globale, à mesure que le malaise grandissait quant à l’impact de la guerre de la Russie en Ukraine sur la région.

En ce qui concerne le Kazakhstan, la note du SEAE qualifie ces changements de « capitaux », soulignant que le pays souhaite activement plus de coopération avec l’UE, plus de visites de haut niveau de responsables du bloc et « un soutien public de l’UE à son programme de réformes ».

L’une des principales priorités de l’Union serait de « veiller à ce que les sanctions internationales » imposées à la Russie ne soient pas contournées par l’intermédiaire du Kazakhstan. Le document mentionne les « conséquences économiques négatives de la politique du Kazakhstan visant à empêcher le contournement [des sanctions] » comme un enjeu auquel l’UE doit s’attaquer dans le cadre de sa coopération avec Astana.

L’UE pourrait également soutenir le pays, qui souhaite éviter de faire transiter son pétrole brut par la Russie, et l’encourager à « exporter davantage de pétrole vers l’UE », suggère la note.

Les auteurs de la note soulignent que « beaucoup de choses se font actuellement » avec le Kazakhstan, par exemple par le biais de la stratégie « Global Gateway », « où la connectivité des transports sera essentielle, et sur les matières premières critiques, pour lesquelles un protocole d’accord a été signé ».

La stratégie « Global Gateway » a pour objectif de développer des liens dans les domaines du numérique, de l’énergie et des transports et de renforcer les systèmes de santé, d’éducation et de recherche dans le monde entier.

En guise de motivation, le document indique que le Kazakhstan cherche à exempter ses citoyens de visa et suggère que l’UE pourrait conclure un accord sur les services aériens à l’échelle de l’Union avec le pays.

Nigéria

En ce qui concerne le Nigéria, la note du service diplomatique de l’Union souligne la nécessité d’un « engagement politique à plus haut niveau, d’un soutien de l’UE à certaines des ambitions du Nigéria sur la scène internationale et d’une approche élargie de l’UE en matière d’immigration afin de couvrir également la mobilité ».

Le Nigéria souhaite « davantage d’opportunités de migration légale » et des règles de visa moins strictes, ce qui ferait de l’assouplissement de l’entrée légale dans l’UE un point central pour le pays. Du côté de l’UE, cependant, l’accent serait moins mis sur la migration légale, mais « surtout sur les retours et la réadmission » à la place.

La note cite comme problème « le refus de l’UE de soutenir financièrement de nouveaux projets gaziers, le gaz n’étant pas considéré comme un “carburant de transition” ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]