L’UE a besoin d’un cadre commun pour prendre le chemin de la durabilité, plaide un représentant de l'industrie alimentaire

L’UE devrait fournir aux acteurs de la chaîne alimentaire un cadre commun pour les systèmes alimentaires qui mettrait tous les acteurs de l’industrie sur le chemin de la durabilité, a expliqué Dirk Jacobs, directeur général de FoodDrinkEurope, à Euractiv.

EURACTIV.com
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L’UE devrait fournir aux acteurs de la chaîne alimentaire un cadre commun pour les systèmes alimentaires qui mettrait tous les acteurs de l’industrie sur le chemin de la durabilité, a déclaré Dirk Jacobs, directeur général de FoodDrinkEurope, une confédération de l’industrie alimentaire, lors d’un entretien avec Euractiv.

FoodDrinkEurope, un lobby basé à Bruxelles, représente certaines des plus grandes multinationales du secteur de l’alimentation et des boissons, telles que Mondelēz, Nestlé, Coca-Cola et Unilever, ainsi que des fédérations nationales d’entreprises, y compris des petites entreprises.

Selon l’organisation, le secteur est la plus grande industrie manufacturière d’Europe en termes de chiffre d’affaires et d’emploi.

La Commission européenne a présenté sa stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork) en 2020 dans le cadre du Pacte vert (Green Deal), avec pour objectif de rendre les systèmes alimentaires de l’UE plus écologiques, durables et sains. Elle avait alors annoncé un cadre juridique européen pour la durabilité des systèmes alimentaires afin d’assurer la cohérence entre toutes les initiatives environnementales et climatiques.

Cependant, la Commission von der Leyen n’a finalement jamais dévoilé une telle proposition, car elle a dû faire face à la lassitude de nombreux secteurs économiques, en particulier le secteur agroalimentaire, en fin de mandat.

« Nous ne disposions pas du cadre législatif Farm to Fork sur les systèmes alimentaires durables », a souligné Dirk Jacobs. « Il n’est pas certain que ce processus se poursuive, mais nous avons besoin d’un cadre qui mette tout le monde d’accord sur ce que nous entendons par “durabilité”. »

Le directeur-général a critiqué l’« approche normative » (top-down) de la Commission en matière de politiques alimentaires durables au cours de la législature 2019-2024. « Il est clair qu’imposer le Green Deal et Farm to Fork aux opérateurs, aux agriculteurs ou aux fabricants ne fonctionne pas », a-t-il affirmé.

À la place, il a plaidé pour la cocréation d’un système qui récompense les agriculteurs et les producteurs qui décident d’investir dans la durabilité.

Un chemin vers la durabilité semé d’embûches

Les grands acteurs de l’industrie agroalimentaire ont manifesté leur soutien à certains efforts en faveur de la durabilité au cours de la législature précédente, tels que la loi controversée sur la restauration de la nature.

Toutefois, cette loi n’aurait que peu d’impact sur les activités des entreprises du secteur, car la réalisation de ses objectifs incomberait principalement aux administrations nationales, aux propriétaires terriens et aux agriculteurs.

En revanche, Dirk Jacobs a souligné les difficultés liées à la mise en œuvre d’autres législations environnementales qui affectent directement l’industrie alimentaire, telles que le règlement anti-déforestation de l’UE (EUDR).

Entrant en vigueur en 2025, ce règlement exige des importateurs européens qu’ils prouvent que leurs produits — notamment le cacao, le café, le bétail et l’huile de palme — ne sont pas issus de terres déforestées.

Le représentant de l’industrie a souligné que « sans orientation de la part de la Commission », la mise en œuvre du texte sera difficile.

Les opérateurs économiques « doivent savoir quel type de système informatique utiliser, et quelles sont les exigences qu’ils doivent demander à leurs fournisseurs, ainsi que les exigences en matière de déclaration », explique-t-il. « Il s’agit d’un investissement considérable pour les entreprises. »

En parallèle, des entreprises tels que Mondelēz, Nestlé et Mars — membres de FoodDrinkEurope — ont été critiqués par les ONG ces dernières années, par exemple pour avoir engrangé des milliards de bénéfices sur les ventes de chocolat en 2023, alors que les producteurs de cacao n’en retirent que peu d’avantages.

FoodDrinkEurope s’est également opposé à la révision des règles d’emballage de l’UE, souvent décrite comme l’un des dossiers ayant fait l’objet du lobbying le plus intensif sous la législature précédente. Il a qualifié la proposition d’« inapplicable » en novembre 2022.

« Pour beaucoup de ces dossiers, la mise en œuvre devrait se concentrer sur l’aide aux opérateurs », a déclaré M. Jacobs.

Nouvelle approche de la Commission

Toutefois, Dirk Jacobs a reconnu le changement opéré par la Commission par rapport à son ancienne approche unidirectionnelle en matière d’élaboration de politiques.

En janvier, l’exécutif de l’UE a lancé un dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture, une initiative annoncée par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans son discours annuel sur l’état de l’Union. L’objectif ? Répondre aux critiques du secteur agroalimentaire concernant le Green Deal et aux manifestations d’agriculteurs.

Une initiative bienvenue, précise Dirk Jacobs, qui inclut par ailleurs des organisations industrielles telles que FoodDrinkEurope, des associations de consommateurs, des ONG environnementales et des groupes agricoles.

Néanmoins, il a fait remarquer que ce dialogue aurait dû commencer plus tôt, au moment de l’élaboration de l’initiative Farm to Fork.

« Un dialogue dès le début aurait permis de dépolariser certaines discussions », a-t-il noté.

Une meilleure coordination

Le directeur-général de FoodDrinkEurope a également appelé à une meilleure coordination entre les différents départements de la Commission.

En effet, une grande partie de la législation relative au Green Deal affectant l’industrie agroalimentaire a été traitée par différents commissaires et directions.

Par exemple, la DG chargée de la santé et de la sécurité alimentaire a rédigé des mesures de réduction des pesticides, celle chargée de l’environnement a rédigé des réglementations sur les emballages, et la DG chargée de l’agriculture s’est occupée des indications géographiques pour les produits alimentaires.

« Je me suis entretenu avec des fonctionnaires de la Commission qui reconnaissent qu’il est nécessaire d’améliorer l’harmonisation entre les différents départements et les différents répertoires », a déclaré Dirk Jacobs.

Pour ce faire, il a proposé de centraliser les portefeuilles de l’agriculture et de l’alimentation au sein de la prochaine Commission. Le commissaire qui serait en charge de ce portefeuille, a-t-il ajouté, devrait aller « au-delà d’un poste de commissaire standard » et être occupé par un vice-président exécutif de l’exécutif de l’UE.

« L’alimentation est un secteur stratégique pour la compétitivité de l’Europe, sa durabilité et sa sécurité, mais aussi en termes de crise, de préparation et de résilience. »

« Il est absolument nécessaire d’inscrire l’alimentation à l’ordre du jour politique et d’avoir des politiques mieux coordonnées », a-t-il conclu.