L’UE a besoin de 406 milliards d’euros supplémentaires par an pour atteindre ses objectifs climatiques pour 2030

Même si les investissements durables ont augmenté ces dernières années, 406 milliards d’euros supplémentaires seraient nécessaires chaque année pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE à l’horizon 2030, d’après une étude publiée mercredi (21 février).

Euractiv.com
VDL Green Deal summit
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. [Union européenne, 2023]

Même si les investissements durables ont augmenté ces dernières années, 406 milliards d’euros supplémentaires seraient nécessaires chaque année pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE à l’horizon 2030, d’après une étude publiée mercredi (21 février).

Ces données figurent dans un rapport sur le déficit d’investissement climatique européen publié par l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), un groupe de réflexion indépendant présidé par l’économiste Jean Pisani-Ferry, un ancien conseiller du gouvernement français.

Il s’agit du premier rapport qui suit de manière exhaustive les investissements publics et privés dans des secteurs économiques considérés comme essentiels pour atteindre les objectifs de décarbonation de l’UE : l’énergie, le bâtiment et les transports.

Selon l’étude, au moins 813 milliards d’euros sont nécessaires chaque année dans 22 secteurs économiques différents pour atteindre l’objectif de décarbonation de l’UE, à savoir une réduction de 55 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport aux niveaux en 1990.

Cependant, même si les investissements durables ont augmenté au fil des ans, ils ne sont toujours pas suffisants pour atteindre l’objectif fixé pour 2030, ont conclu les chercheurs.

« Les investissements dans l’économie réelle ayant atteint 407 milliards d’euros en 2022, le déficit d’investissement européen dans le domaine du climat s’élève ainsi à 406 milliards d’euros par an, soit 2,6 % du PIB », peut-on lire dans le rapport. Les investissements doivent « doubler » pour que l’UE atteigne les objectifs climatiques pour 2030, est-il également indiqué.

Le rapport sera présenté à Bruxelles ce mercredi, alors que les institutions européennes se préparent pour les élections de juin et l’entrée en fonction de la prochaine législature (2024-2029).

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a officiellement présenté sa candidature pour un second mandat lundi (19 février), et la réalisation des objectifs climatiques pour 2030 a déjà été désignée comme l’un des principaux défis pour la prochaine législature.

De jeudi à samedi (22-24 février), les ministres des Finances de l’UE se réuniront à Gand pour discuter des perspectives économiques du bloc, notamment des futures stratégies de la Banque européenne d’investissement (BEI). Une séance de travail est également prévue avec l’ancien directeur de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, qui a été chargé en septembre de préparer un rapport sur l’avenir de la compétitivité économique de l’UE.

Et les prévisions sont assez moroses : l’Allemagne, la plus grande économie de la zone euro, devrait entrer en récession ce trimestre, et la France, deuxième grande économie du bloc, a revu à la baisse ses prévisions de croissance ce week-end. Les difficultés rencontrées par ces deux grandes économies ont plombé les perspectives de croissance de l’ensemble de l’UE, poussant la Commission européenne à revoir ses prévisions à la baisse.

Selon l’I4CE, combler le déficit d’investissements durables nécessitera « une approche globale » mélangeant règlementations existantes et futures, mesures de tarification du carbone et « un certain nombre de financements publics supplémentaires de la part de l’UE ».

Mais cela nécessitera d’aborder des « questions politiques » telles que les contraintes imposées par les règles budgétaires de l’UE pour les dépenses nationales, le rôle des fonds européens dans le soutien des politiques environnementales, ainsi que le débat sur les nouvelles sources potentielles de financement de l’UE, indique le rapport.

Les États  membres de l’UE se sont accordés sur une réforme des règles budgétaires régissant les dettes et les déficits nationaux au début du mois. Cependant, ils n’ont accordé qu’une marge de manœuvre supplémentaire limitée aux investissements en faveur de l’environnement en raison des pressions exercées par les pays « frugaux » comme l’Allemagne, qui souhaitent rétablir des règles strictes en matière de dépenses, qui avaient été suspendues lors de la pandémie de Covid et de la crise énergétique.

« La Commission européenne devrait mieux évaluer et traiter le déficit d’investissement climatique de l’UE, sous peine de voir le Pacte vert [Green Deal] ne pas tenir ses promesses économiques, sociales et environnementales », prévient l’I4CE.

De nouvelles sources potentielles de financement sont également envisagées, comme la poursuite du plan « Next Generation EU » doté de 800 milliards d’euros, lancé à la suite de la pandémie de Covid et qui a introduit pour la première fois une dette commune au niveau de l’UE.

Cependant, toutes ces solutions nécessitent un soutien politique de la part des 27 États membres de l’Union.

La Commission européenne elle-même reconnaît que des investissements considérables seront nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques fixés par l’UE, affirmant qu’un total de 1 500 milliards d’euros sera nécessaire chaque année entre 2030 et 2050 pour atteindre l’objectif de zéro émission nette dans les domaines de l’énergie et des transports.

Les chiffres de la Commission, présentés dans son plan recommandé d’objectifs climatiques à l’horizon 2040, soulignent également l’importance d’un « accord sur la décarbonation de l’industrie » pour atteindre les objectifs de l’UE, faisant écho aux appels lancés par la présidente de l’exécutif, Ursula von der Leyen, lors de son discours sur l’état de l’Union en septembre.

[Édité Anne-Sophie Gayet]