Luc Michel, le stanilien belge tsar de la propagande russe en Afrique

Luc Michel, un « stalinien » autoproclamé de 65 ans qui a notamment fondé la version belge du Front national, a été identifié comme la source improbable d’un réseau de faux sites Web d’information destinés à diffuser de la propagande prorusse en Afrique.

Euractiv.com
Sahel region
Le réseau de Luc Michel comprenait des dizaines de noms de domaine prétendant être les sites Web de médias d’information, et sa « Russosphere » avait rassemblé environ 80 000 adeptes sur les réseaux sociaux depuis la création des comptes en juin 2021. [AFP]

Luc Michel, un « stalinien » autoproclamé de 65 ans qui a notamment fondé la version belge du Front national, a été identifié comme la source improbable d’un réseau de faux sites Web d’information destinés à diffuser de la propagande prorusse en Afrique.

Logically, une entreprise informatique spécialisée dans l’analyse et la lutte contre la désinformation, a remonté le réseau de M. Michel, qui comprenait des dizaines de noms de domaine prétendant être les sites Web de médias d’information, et a découvert que sa « Russosphère » avait rassemblé environ 80 000 adeptes sur les réseaux sociaux depuis la création des comptes en juin 2021.

En outre, le rapport de Logically précise que le réseau est principalement axé sur les utilisateurs francophones.

L’entreprise informatique, qui a utilisé les données de sa plateforme interne, alimentée à l’intelligence artificielle, ainsi que des renseignements provenant de sources ouvertes (OSINT), a également identifié un groupe Telegram de 800 membres appelé « Merci Wagner », en soutien aux mercenaires du Kremlin du groupe Wagner. Parmi les administrateurs de ces comptes figurent M. Michel, Fabrice Beaur et André Dembele, un étudiant de Guinée équatoriale.

Le premier lot d’invitations du groupe a été envoyé à des présentateurs de télévision sur différents médias africains, dont quatre membres d’Afrique Media, une chaîne déjà liée au groupe Wagner.

Ces révélations interviennent alors que le sentiment anti-français et anti-occidental se renforce fortement dans la région africaine du Sahel, où les troupes françaises et européennes sont désormais exhortées à partir après avoir été au cœur des missions de défense et de sécurité pour combattre les groupes terroristes djihadistes.

Par ailleurs, ces événements soulignent l’ampleur de la tâche à laquelle est confrontée l’UE, qui a récemment lancé une série de programmes visant à lutter contre ce que la Commission européenne décrit comme la « désinformation » russe sur les réseaux sociaux au Sahel.

Le mois dernier, la junte militaire du Burkina Faso a expulsé l’ambassadeur de France, Luc Hallade, quelques mois après la même décision de la part de son voisin, le Mali. Elle a également donné à la France un mois pour retirer ses troupes du pays. Quelques jours auparavant, la coordinatrice humanitaire des Nations unies au Burkina Faso, Barbara Manzi, avait été déclarée persona non grata.

L’année dernière, le gouvernement allemand a déclaré qu’il commencerait à retirer ses troupes du Sahel à la mi-2023 jusqu’au retrait complet de ses soldats en mai 2024.

Entre-temps, les régimes militaires du Mali et du Burkina Faso ont intensifié leurs contacts diplomatiques avec la Russie et le groupe Wagner, de plus en plus influent, dont la présence et l’influence augmentent de manière significative dans la région du Sahel.

Le Tchad, le Niger et d’autres pays du Sahel et des régions voisines sont également ciblés par le gouvernement russe, qui cherche à renforcer ses liens diplomatiques en Afrique dans le contexte de la poursuite de sa guerre en Ukraine.

Luc Michel a déclaré aux médias que ses réseaux et son travail étaient financés par des fonds privés et n’avaient aucun lien avec l’État russe. Il considère que les pays africains ont tout intérêt à se détacher de leurs anciens colonisateurs européens et à développer des liens plus étroits avec la Russie.

Le Belge a déjà participé à des campagnes similaires en Libye, en République centrafricaine, au Tchad, en Guinée équatoriale et au Burundi, où il a brièvement travaillé comme conseiller de l’ancien président Pierre Nkurunziza.

Il a également pris part à des campagnes en ligne visant à légitimer les référendums non officiels dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]