Luc Guyau : «Nous avons besoin de stocks régulateurs»
Dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, le tout nouveau président de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que l’UE doit mettre en place des mécanismes de régulation différents de ceux utilisés dans les années 1980.
Dans un entretien accordé à EURACTIV.fr, le tout nouveau président de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que l’UE doit mettre en place des mécanismes de régulation différents de ceux utilisés dans les années 1980.
Quel rôle peut jouer l’Europe dans la lutte contre la faim dans le monde?
L’Europe a un rôle important, puisqu’elle représente vingt-sept pays parmi les plus riches sur la planète. Il faut qu’elle apporte à la fois un soutien financier mais aussi logistique. Dans le cadre des discussions qui se sont tenues aussi bien à l’Aquila qu’au sommet de Pittsburh, l’Europe a joué son rôle. Elle doit être leader dans ce domaine.
Qu’attendez-vous du nouveau commissaire à l’agriculture?
J’attends d’abord qu’il soit nommé… Mais j’attends surtout qu’il comprenne que partout dans le monde, où que l’on soit, il ne peut pas y avoir d’agriculture et de pêche durable sans un minimum de régulation et d’organisation. Ce n’est pas une question spécifique à l’Europe.
Les paysans ne peuvent pas supporter un libéralisme débridé. Ils ont besoin de régulation, notamment à cause du changement climatique et de l’incertitude des marchés.
J’espère que le nouveau commissaire comprendra qu’il ne faut pas détruire la politique agricole commune, non seulement pour les Européens, mais pas uniquement. La PAC compte aussi pour assurer l’équilibre alimentaire mondial.
Vous êtes très critique sur ce que la Commission a accompli depuis cinq ans..
Mme Fischer Boel [la commissaire à l’Agriculture, NDLR] a été l’acteur, avec le reste de la Commission, d’une certaine dérégulation au niveau européen. Je pense que l’on est allé trop loin en la matière, et qu’il est temps de pouvoir revenir en arrière.
Mais il faut agir de façon différente. Les mécanismes de régulation de 2010 ne sont pas les mêmes que ceux de 1980. Ils n’en sont pas moins nécessaires.
A quoi pensez-vous en particulier?
Au niveau mondial, nous avons besoin de stocks régulateurs en matière alimentaire. Que ce soit en production animale, avec le lait, ou même avec des productions qui sont moins exposés comme le céréale. On ne peut pas vivre de façon durable et sereine sans avoir un minimum de stocks régulateurs. Il est important que chacun en prenne bien conscience.
Vous venez d’être élu à la tête de la FAO. En quoi consiste le rôle du président de cette institution ?
Entre les conférences qui ont lieu tous les deux ans, le président de la FAO doit diriger les équipes des différents pays pour poursuivre les orientations qui ont été mises en place, mais aussi pour faire des propositions en matière de soutien et de développement alimentaire.
C’est une fonction à la fois de réflexion, de proposition et de maintien de l’animation. A ses côtés, le directeur général est chargé de l’exécution et du fonctionnement habituel.
Quels sont vos projets?
Le but ultime, c’est d’éradiquer la faim dans le monde. Cela suppose à la fois de mobiliser l’opinion publique, mais aussi de faire en sorte que la solidarité entre les pays du Nord et ceux du Sud soient assurée. Il faut également arriver à convaincre l’ensemble des pays qu’il n’y aura pas de politique durable sans un investissement à long terme pour l’agriculture, la pêche et toutes les infrastructures nécessaires.