L’OTAN envoie un signal politique en lançant l’opération Arctic Sentry

Les pays membres de l’OTAN s’apprêtent à lancer cette semaine une nouvelle opération dans l’Arctique, en réponse aux déclarations américaines selon lesquelles le Groenland faisait face à des menaces sérieuses de la part de la Chine et de la Russie.

/ EURACTIV.com
[Getty Images/Muath Hamed_Anadolu]

Selon trois sources proches du dossier, l’alliance militaire occidentale devrait déployer l’opération Arctic Sentry, dont l’objectif est de dissuader d’éventuels adversaires dans le Grand Nord.

Toutefois, cette initiative est largement perçue comme une démarche politique plutôt que comme une réponse à un risque sécuritaire immédiat. Le président américain Donald Trump a récemment affirmé que le Groenland, territoire semi-autonome du Danemark, était « encerclé » par des navires chinois et russes. La Maison-Blanche s’est appuyée sur cette affirmation pour justifier une éventuelle prise de contrôle de l’île au nom de la sécurité nationale.

Plusieurs diplomates de l’OTAN ont néanmoins indiqué à Euractiv qu’aucune menace de cette nature n’avait été identifiée.

Le commissaire européen aux Transports Apostolos Tzitzikostas, chargé de faciliter le déplacement des équipements militaires et des troupes à travers le bloc, a également expliqué à Euractiv qu’il n’existait aucune information prouvant que le Groenland était menacé d’invasion ou avait besoin d’investissements d’urgence pour renforcer ses infrastructures.

Le lancement d’Arctic Sentry est une initiative « politique », selon un diplomate de l’OTAN. Un autre diplomate de l’organisation a déclaré que l’opération était davantage un signal d’alerte précoce à l’intention de la Russie et de la Chine. Les propos de Donald Trump sur le Groenland ont servi de signal d’alarme pour l’Alliance, qui n’a pas accordé suffisamment d’attention à l’Arctique, a poursuivi ce dernier diplomate.

En réalité, la mission Arctic Sentry reprendra les activités déjà en cours dans la partie orientale de la région, ont déclaré les deux sources, plutôt que d’ajouter des navires supplémentaires au large des côtes du Groenland. Cela pourrait inclure les navires ou les avions déjà déployés, ainsi que les moyens de surveillance que les pays utilisent déjà. L’alliance pourrait également demander aux pays de déployer davantage de moyens si nécessaire.

Il ne s’agit pas d’envoyer des troupes au Groenland, ont précisé deux sources de l’OTAN.

L’une des trois sources a toutefois déclaré qu’il y avait des inquiétudes quant à l’avenir du Groenland s’il devenait indépendant et exposé à des influences extérieures.

Le mois dernier, le Danemark a officiellement demandé à l’OTAN de renforcer la défense du territoire groenlandais

Certains pays de l’alliance militaire, comme la Norvège, ont maintenu une présence dans les mers arctiques entre le nord de leur pays et la péninsule de Kola, sans le soutien de l’OTAN. Plus à l’est, entre la Norvège et l’Islande, l’OTAN a maintenu des navires pour dissuader les attaques russes et recueillir des renseignements.

En revanche, l’OTAN ne dispose toujours pas d’une présence permanente entre l’Islande et la côte du Groenland, et aucun déploiement supplémentaire n’est envisagé à ce stade.