L’origine complète du miel sur l'étiquette fait son chemin au Parlement européen

Dans le cadre de la révision de la directive européenne sur le miel, la Commission de l'agriculture et du développement rural au Parlement européen a voté pour l'obligation d'un étiquetage exhaustif de l’origine du miel, un produit très importé en Europe et sujet de fraudes.

Euractiv France
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« C'est la fin du faux miel ! Une information transparente est essentielle pour combattre les "faux miels" provenant de  Chine et de  Turquie », s’est exprimée l'eurodéputée Irène Tolleret sur X (ex-Twitter) après un vote unanime de la Commission de l'agriculture et du développement rural jeudi 16 novembre. [Kittyfly / Shutterstock]

Dans le cadre de la révision de la directive européenne sur le miel, la Commission de l’agriculture et du développement rural au Parlement européen a voté pour l’obligation d’un étiquetage exhaustif de l’origine du miel, un produit très importé en Europe et sujet de fraudes.

« C’est la fin du faux miel ! Une information transparente est essentielle pour combattre les « faux miels » provenant de  Chine et de  Turquie », s’est exprimée l’eurodéputée Irène Tolleret sur X (ex-Twitter) après un vote unanime de la Commission de l’agriculture et du développement rural jeudi 16 novembre.

La révision de la législation sur le miel, intégré à la directive dite « petit déjeuner », a été proposée l’année dernière par la Commission européenne pour mettre à jour le cadre législatif européen qui entoure ce produit qui fait l’objet de fraude massive et de concurrence déloyale au sein de l’UE.

Aujourd’hui 40% du miel est importé depuis les pays tiers, comme la Chine, la Turquie, l’Ukraine ou l’Argentine, en raison de la faible production des pays de l’UE, mais aussi de la compétitivité de ces miels à bas coût. Or, selon une étude de la Commission européenne parue en 2022, 46 % du miel importé est frauduleux, c’est à dire frelaté – ajout de sucre – ou présentant de fausses origines.

Mention obligatoire de tous les pays dans les mélanges

Pour l’instant, la loi européenne impose la mention des origines du miel, sauf pour les mélanges de miels conditionnés en Europe. Seules les mentions « miels originaires d’UE » ou « miel non originaire d’UE » sont obligatoires.

En France, les lois sont plus strictes : toutes les origines nationales doivent être inscrites sur le pot, même pour les mélanges de miel, raison pour laquelle la filière française déplore une concurrence déloyale et demande une harmonisation.

Comme le reconnaît la Commission européenne dans sa proposition, «  il convient d’harmoniser les règles en matière d’étiquetage de l’origine et de supprimer la possibilité de ne pas indiquer le ou les pays d’origine du miel dans plus d’un pays ».

Le texte qui a été voté par les eurodéputés, avec des amendements, impose donc que tous les pays d’origine apparaissent sur l’étiquette « dans l’ordre décroissant et avec leurs pourcentages respectifs ».

Cette proposition était déjà une demande faite par les États membres en 2020, qui publièrent une déclaration commune enjoignant l’exécutif européen à imposer l’origine de chaque pays avec les proportions de chacun.

«  L’indication de l’origine du miel est essentielle pour combattre les pratiques irrégulières, ainsi que l’introduction des dispositions strictes sur les procédés d’élaboration du miel », a réagi Irène Tolleret pour Euractiv.

Sur la transparence quant à l’élaboration du miel, plusieurs amendements ont été votés par les parlementaires, comme l’obligation de mentionner « miel brut » ou « miel non chauffé » lorsque le produit n’a pas subi de traitement thermique.

Une fausse bonne idée selon le leader européen du miel

Contacté par Euractiv, la société Famille Michaud Apiculteurs, leader européen du miel y voit une « une fausse bonne idée », qui ne supprimerait pas les fraudes, au contraire :

« Il n’existe pas aujourd’hui de techniques permettant de mesurer ces pourcentages dans un pot. Il n’y a donc aucun moyen de détecter les fraudes aux pourcentages. Ceux qui fraudent déjà continueront de le faire ».

Pour eux, « la seule arme efficace pour garantir la qualité du miel et lutter contre la fraude, ce sont les contrôles et analyses obligatoires avant commercialisation ».

Concernant la lutte contre la fraude, le texte voté au Parlement prévoit à terme un travail de traçabilité renforcé de la part de la Commission européenne, en particulier via la technologie de type blockchain, qui permet de suivre un produit tout au long de sa fabrication, avec des données accessibles aux consommateurs via QR code.

Avant son adoption, la directive devra d’abord être débattue en trilogue, puis la version finale du texte devra être votée par l’ensemble des eurodéputés en plénière, ainsi que par les pays de l’UE au Conseil.