Loi « agents-étrangers » : le commissaire Varhélyi réfute les accusations de « menace » du Premier ministre géorgien

Le Premier ministre géorgien a accusé un commissaire européen sans le nommer de « menace » concernant l’adoption d’une loi sur l’ingérence étrangère, ce qui a poussé Olivér Varhélyi à répondre que ses propos avaient été « sortis de leur contexte ».

Euractiv.com
German Chancellor Olaf Scholz welcomes Prime Minister of Georgia Irakli Kobakhidze
Le Premier ministre géorgien Irakli Kobakhidze. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le Premier ministre géorgien Irakli Kobakhidze a accusé jeudi (23 mai) un commissaire européen, sans toutefois le nommer, de « chantage » et de « menace » concernant l’adoption d’une loi controversée sur l’ingérence étrangère, ce qui a poussé le commissaire à l’Élargissement Olivér Varhélyi à répondre que ses propos, prononcés lors d’un appel avec le dirigeant géorgien, avaient été « sortis de leur contexte ».

Les députés géorgiens ont adopté la semaine dernière cette loi controversée, calquée sur une loi russe, qui qualifierait des centaines d’ONG et de médias d’agents étrangers.

La présidente géorgienne pro-UE, Salomé Zourabichvili, a entre-temps opposé son veto au projet de loi, mais le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, dispose d’un nombre suffisant de députés pour passer outre ce veto lors du vote final sur le texte, qui aura lieu la semaine prochaine.

M. Kobakhidze a affirmé qu’un commissaire européen avait « énuméré un certain nombre de mesures que les responsables politiques occidentaux pourraient prendre » si le veto de la présidente sur ce qu’il qualifie de « loi sur la transparence » était contourné.

Le fonctionnaire européen aurait ensuite proféré une « menace horrible » lors qu’il a fait référence à la récente tentative d’assassinat du Premier ministre slovaque Robert Fico en demandant à M. Kobakhidze de se montrer « très prudent ».

« Le parallèle établi avec la tentative d’assassinat de Robert Fico nous rappelle que, sous la forme d’un parti mondial de la guerre, nous avons affaire à une force extrêmement dangereuse qui fera tout pour semer le chaos en Géorgie », a-t-il ajouté.

Selon le discours du Rêve géorgien, il existerait un « parti mondial de la guerre » qui ferait référence à des forces cherchant à impliquer la Géorgie dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie et à ouvrir un « second front » sur le territoire géorgien.

Au cours de l’année écoulée, le Rêve géorgien a utilisé ce discours principalement pour discréditer les responsables politiques occidentaux ou les acteurs de la société civile qui critiquent les actions du gouvernement, sans nommer aucun membre spécifique du supposé groupe.

Le commissaire Várhelyi se défend

Dans une déclaration publiée jeudi soir, le commissaire à l’Élargissement, M. Várhelyi, a affirmé que sa conversation téléphonique avec M. Kobakhidze avait été « non seulement complètement sortie de son contexte, mais aussi présentée au public d’une manière qui pourrait donner lieu à une interprétation totalement erronée de l’objectif initial de mon appel téléphonique ».

Il explique qu’il a tenté de prévenir M. Kobakhidze « de ne pas envenimer davantage une situation déjà fragile en adoptant cette loi qui pourrait conduire à une polarisation accrue et à d’éventuelles situations incontrôlées dans les rues de Tbilissi ».

Pour rappel, le 15 mai, M. Fico a été blessé par balle par un homme qui était en désaccord avec les politiques du gouvernement. Un incident qui reflète la polarisation profonde de la Slovaquie, selon des experts.

En Géorgie, l’adoption de la loi sur les agents étrangers fait débat et a conduit à des bagarres au parlement et à des manifestations massives.

Les détracteurs de cette loi affirment qu’elle est similaire à une législation russe utilisée pour faire taire les voix critiques à l’égard du gouvernement, tandis que l’UE souligne qu’elle est « incompatible » avec la candidature de la Géorgie à l’adhésion à l’UE, appelant Tbilissi à retirer le projet de texte.

De son côté, le Rêve géorgien la juge nécessaire pour garantir la transparence du financement étranger des ONG et protéger la souveraineté du pays.

Lors de son appel avec le dirigeant géorgien, le commissaire européen a également déclaré qu’il avait réitéré l’appel de l’UE en faveur du retrait du projet de loi controversé sur les « agents étrangers ».

« Je le demande également en tant qu’ami bien connu et respecté de la Géorgie », a déclaré le commissaire, qui a entretenu ces dernières années des liens amicaux avec le parti au pouvoir en Géorgie.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]