L’offensive ukrainienne en Russie « ne changera rien », selon un expert en défense

La dernière incursion de l’Ukraine en Russie pourrait remonter le moral des troupes ukrainiennes, mais selon l’expert en défense danois Peter Viggo Jakobsen, il est peu probable que cette offensive dure longtemps ou qu’elle change le cours de la guerre.

Euractiv.com
Ukrainian soldiers continue military activities in Donetsk Oblast
DONETSK OBLAST, UKRAINE - 30 JUILLET : Les soldats ukrainiens tirent avec l'artillerie D-30 en direction de Toretsk, Ukraine, 30 juillet 2024. [ (Photo par Diego Herrera Carcedo/Anadolu via Getty Images)]

La dernière incursion de l’Ukraine en Russie pourrait remonter le moral des troupes ukrainiennes, mais selon l’expert en défense danois Peter Viggo Jakobsen, il est peu probable que cette offensive dure longtemps ou qu’elle change le cours de la guerre.

Mercredi 7 août, la Russie a annoncé que les forces ukrainiennes avaient pénétré sur son territoire. Selon le chef d’état-major général de Moscou, Valéri Guérassimov, jusqu’à 1 000 soldats ukrainiens combattraient dans la région frontalière de Koursk.

Les combats se dérouleraient autour de la ville de Soudja, le dernier point de transbordement de gaz naturel russe vers l’Europe, passant par l’Ukraine.

Kiev n’a pas officiellement évoqué l’attaque, mais toute action militaire dans les régions frontalières russes pourrait influencer la société russe et renforcer la position de Kiev dans les futures négociations de paix avec Moscou, a expliqué le chef du Bureau du président ukrainien, Mykhaïlo Podoliak, à la télévision nationale le 7 août, d’après le Kyiv Independent.

Une offensive qui fera peu de différence

Peter Viggo Jakobsen, professeur associé au Collège royal de Défense du Danemark, est sceptique quant à l’impact de l’offensive ukrainienne sur Koursk.

« Cela ne changera rien à la guerre. Ils seront à nouveau repoussés. J’ai du mal à comprendre comment les Ukrainiens ont les ressources nécessaires pour s’enfoncer et maintenir leur position », a-t-il affirmé.

Et d’ajouter que pour que l’offensive soit plus qu’un raid temporaire, les Ukrainiens « doivent également être en mesure de construire des lignes de défense assez lourdement fortifiées ».

Selon l’expert en défense, il est tout simplement absurde, d’un point de vue stratégique, que les Ukrainiens tentent de garder ce territoire.

« Le discours général autour de l’Ukraine est qu’elle manque de soldats, de munitions, bref de tout », a souligné Peter Viggo Jakobsen.

Réfutant plusieurs théories avancées par d’autres, il ne pense pas que les Ukrainiens tiennent la ligne de front afin d’améliorer leur position de négociation avec Moscou. Il n’est pas non plus convaincu par les affirmations selon lesquelles Kiev souhaite entraver ou couper l’approvisionnement en gaz des pays européens.

En effet, une telle décision risquerait de détériorer les relations avec les partenaires européens. « L’Ukraine sait que si elle interrompt l’approvisionnement en gaz de l’Europe, les Européens, qui en dépendent encore, seront mécontents », a signalé l’expert.

Pour Peter Viggo Jakobsen, l’offensive est avant tout une tentative de mettre la prise de décision militaro-stratégique de la Russie à l’épreuve. Il s’agit d’« une tentative de remporter une victoire en termes de propagande et de démontrer que l’Ukraine est capable d’occuper des terres en Russie ».

L’expert danois en défense a établi un parallèle avec le raid Doolittle de l’armée américaine sur Tokyo, en avril 1942, après l’attaque de Pearl Harbor par le Japon en 1941. Bien que les États-Unis n’aient qu’une capacité limitée d’attaquer le Japon, ils ont envoyé des porte-avions près de Tokyo et lancé 16 bombardiers B-25, sachant qu’ils n’avaient pas assez de carburant pour revenir.

« Le raid Doolittle reposait sur l’idée qu’il fallait montrer à la population civile américaine que l’on pouvait riposter. Si l’on applique cette logique à l’attaque [ukrainienne sur Koursk], elle est logique d’un point de vue [du] moral », estime Peter Viggo Jakobsen.

Les alliés de Kiev pas informés

Les responsables européens et américains ont déclaré qu’ils n’avaient pas été informés de l’offensive de Kiev et que cette dernière ne leur avait pas demandé l’autorisation de la mener.

Pour Peter Viggo Jakobsen, la raison est évidente : « Nous leur aurions dit non ».

« Les Américains peuvent penser que c’est une façon stupide d’utiliser les ressources, mais en définitive, il faut reconnaître que c’est à l’Ukraine de décider ce qu’elle veut faire », a-t-il noté.

L’offensive sur Koursk « permet de brouiller les pistes » du point de vue de la communication. « Le discours occidental repose sur l’idée que la Russie est l’agresseur et l’Ukraine la victime. Et lorsque l’Ukraine commence à prendre des terres russes, les choses ne sont plus aussi noires ou blanches. »

Peter Stano, porte-parole principal de la Commission européenne pour les Affaires étrangères, a quant à lui déclaré : « Nous n’avons pas vraiment à commenter les combats qui se déroulent sur le territoire russe. L’UE n’est pas impliquée et ne commente pas les développements opérationnels sur le terrain ».

Il a également réitéré le soutien de l’Union aux « efforts de l’Ukraine pour restaurer son intégrité territoriale et sa souveraineté ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]