Llama 3.1, le nouveau (et peut-être dernier) modèle d’IA commercialisé par Meta dans l’UE

Mardi 23 juillet, Meta a présenté Llama 3.1, le modèle d’intelligence artificielle (IA) en open source le plus performant à ce jour, et peut-être la dernière solution de ce genre disponible par l'entreprise pour les utilisateurs de l’UE.

Euractiv.com
Meta_Headquarters_Sign
Panneau d'entrée du siège social de Meta à Menlo Park, Californie

Mardi 23 juillet, Meta a présenté Llama 3.1, le modèle d’intelligence artificielle (IA) en open source le plus performant à ce jour, et peut-être la dernière solution de ce genre par l’entreprise pour les utilisateurs de l’UE.

Ces derniers mois, Meta, la société mère de Facebook et d’Instagram, a subi la pression des autorités de régulation de l’UE concernant ses politiques de confidentialité en matière d’IA, et son modèle « paiement ou consentement ». En vertu de celui-ci, l’utilisateur doit choisir entre payer un abonnement ou consentir au traitement de ses données personnelles.

En réponse à ces oppositions, Meta a annoncé la semaine dernière qu’elle ne commercialiserait pas ses nouveaux modèles d’IA multimodale — des solutions capables de traiter différents types de contenu tels que les vidéos, les images, les sons et le texte — dans l’UE. Un porte-parole de la société a justifié cette décision par « la nature imprévisible de l’environnement règlementaire européen ».

Le géant technologique avait déjà annulé son projet de lancement sur le territoire européen de Meta AI, un assistant d’intelligence artificielle. En cause ? Le tollé provoqué par l’annonce d’entraîner l’une de ses technologies d’IA à partir des contenus publiés par les utilisateurs.

À ce stade, nul ne sait si l’entreprise appliquera la même stratégie aux solutions basées sur du texte, a indiqué à Euractiv une source de Meta proche du dossier.

Fossé technologique entre l’UE et le reste du monde

Le géant américain soutient que toutes ces restrictions pénalisent in fine les entreprises et les consommateurs européens.

Cela crée un « fossé entre les technologies disponibles en Europe et le reste du monde », a expliqué Rob Sherman, responsable adjoint de la protection de la vie privée et vice-président de la Politique de Meta, au Financial Times. Rob Sherman a également laissé entendre que plus aucun modèle multimodal ou textuel ne serait disponible au sein de l’Union européenne.

Les développeurs peuvent télécharger les modèles en open source, souvent gratuitement, et les utiliser pour leurs propres applications, ce qui leur donne également la possibilité de modifier et de contrôler le modèle.

Les modèles à source fermée (closed-source), comme ChatGPT d’OpenAI, nécéssitent en revanche de souscrire à des abonnements ou des alternatives similaires.

De nombreuses entreprises utilisent les modèles en open source pour réduire les coûts et mieux contrôler leurs propres logiciels et données. Ceux-ci sont publiés sous licence libre, ce qui rend possible le téléchargement et l’utilisation, moyennant certaines restrictions.

En pratique, pour empêcher les utilisateurs de l’Union européenne d’utiliser le modèle multimodal de Meta, la société pourrait imposer des restrictions géographiques à la licence ou bloquer l’accès aux adresses IP européennes.

Manque de transparence

Le degré de transparence sur le développement de l’IA chez Meta fait débat dans le secteur. Même si l’entreprise a divulgué plus de détails techniques sur Llama 3.1 que ne le font les développeurs de logiciels à source fermée, l’entreprise est restée discrète quant aux données à partir desquelles le modèle est entraîné.

« Ne pas diffuser les données relatives à l’entraînement n’est pas vraiment dans l’esprit du développement des logiciels libres », avait déclaré Zuzanna Warso, directrice de la recherche de l’organisation à but non lucratif Open Future, à la MIT Technology Review en mars dernier.

L’objectif des logiciels en open source est de mettre la technologie à la disposition d’une multitude de développeurs extérieurs et pas seulement d’adresser ceux qui ont créé le logiciel. Les motivations des entreprises qui ouvrent leurs modèles aux développeurs ne sont donc pas uniquement altruistes, puisque les développeurs extérieurs peuvent ainsi contribuer à améliorer le produit.

Sur ce point, Mark Zuckerberg, fondateur et PDG de Meta, avait indiqué en avril aux investisseurs qu’il s’attendait « à ce que nos modèles s’améliorent encore ».

À mesure que les modèles d’IA de Meta se perfectionnent, l’entreprise pourrait éventuellement « faire payer les gens pour utiliser des modèles d’IA plus puissants et accéder à plus de calculs », avait-il ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet et Sarah N’tsia]