L’Italie veut réformer ses pratiques en matière d’écoutes téléphoniques

Le gouvernement italien cherche à réformer l’utilisation des écoutes téléphoniques, car cette pratique coûte très cher et est souvent utilisée comme moyen de pression sur les opposants politiques, notamment via la presse.

EURACTIV Italie
New Italian Cabinet holds first meeting in Rome
Le ministre italien de la Justice, Carlo Nordio, a présenté au Sénat des mesures visant à réformer les pratiques en matière d'écoutes téléphoniques. [EPA-EFE/ETTORE FERRARI]

Le gouvernement italien cherche à réformer l’utilisation des écoutes téléphoniques, car cette pratique coûte très cher et est souvent utilisée comme moyen de pression sur les opposants politiques, notamment par la presse.

Le ministre italien de la Justice, Carlo Nordio, a présenté au Sénat des mesures visant à réformer les pratiques d’écoutes téléphoniques. Celles-ci comprennent une révision profonde de ces pratiques car, selon lui, elles sont souvent utilisées à la discrétion des juges sans motif valable et comme une arme politique.

« Nous proposerons une révision profonde » de la discipline des écoutes dans les enquêtes et les procès et « nous contrôlerons strictement toute diffusion arbitraire et abusive », a déclaré le ministre.

M. Nordio a expliqué que l’utilisation des écoutes en Italie est « bien supérieure à la moyenne européenne » et à celle des pays anglo-saxons. Les écoutes comprennent aussi bien les écoutes téléphoniques traditionnelles que les micros cachés ou encore les virus.

Selon le ministre, par leur « diffusion choisie et pilotée », les écoutes sont devenues un « instrument mortel de délégitimation personnelle et souvent politique ».

« La plupart d’entre elles sont réalisées sur la base de simples soupçons et ne concluent rien », a-t-il ajouté, expliquant que les personnes interceptées ne font souvent pas l’objet d’une enquête et que leur « confidentialité et leur honneur » sont ainsi atteints sans raison valable.

Les informations confidentielles issues des écoutes sont souvent transmises à la presse, notamment lors des campagnes politiques.

Les écoutes sont utilisées comme un « outil de preuve » de la culpabilité, a-t-il déclaré, ajoutant qu’elles coûtent « des centaines de millions d’euros », un coût qui n’est pas justifié par l’issue des procès.

« Nous n’avons jamais vu une condamnation prononcée sur la base des seules écoutes téléphoniques », a-t-il dit, ajoutant que les juges peuvent enquêter sur qui ils veulent sans avoir à répondre si l’enquête s’avère inutile ou excessive.

Pendant ce temps, la Première ministre Giorgia Meloni a qualifié la réforme de la justice de « prioritaire ».

« Il y a des distorsions sur les écoutes, avec certains types d’écoutes qui se retrouvent dans les journaux (…) Ce sont des questions qui doivent être raisonnées de manière sérieuse, non idéologique, et ouverte aux contributions des autres. C’est certainement l’une des grandes réformes que l’Italie attend », a déclaré Mme Meloni à l’issue du sommet UE-Balkans occidentaux qui s’est tenu mardi (6 décembre) à Tirana.

Du côté de l’opposition, le leader d’Italia Viva, Matteo Renzi, s’est dit « très convaincu » des déclarations passées de M. Nordio, et espère qu’ils passeront des paroles aux actes.