L’intégration du marché unique des services, la clé pour contrer les droits de douane de Donald Trump, selon un rapport
Une étude alerte l'UE sur la nécessité de redoubler d’efforts pour intégrer le marché unique des services et ainsi atténuer — voire empêcher — l'imposition de droits de douane généralisés que la future administration de Donald Trump pourrait instaurer.
L’un des principaux centres de recherche d’Allemagne alerte les décideurs politiques européens sur la nécessité de redoubler d’efforts pour intégrer le marché unique des services et ainsi atténuer — voire empêcher — l’imposition de droits de douane généralisés que la future administration de Donald Trump pourrait instaurer.
Un rapport publié en novembre par l’Institut pour la recherche économique, Ifo, basé à Munich, révèle qu’une diminution de 25 % des barrières non tarifaires au commerce des services dans l’Union européenne (UE) augmenterait la valeur ajoutée brute (VAB) de l’Union de 2,3 %, soit 353 milliards d’euros. La valeur ajoutée brute est une mesure économique qui soustrait du PIB les taxes payées sur les produits et y ajoute la valeur des subventions versées sur ces derniers.
Lisandra Flach, directrice du Centre d’économie internationale de l’Ifo, a expliqué à Bruxelles que l’intégration du secteur des services de l’UE permettrait non seulement de revitaliser l’économie chancelante du bloc, mais pourrait également dissuader Donald Trump de donner suite à sa promesse d’imposer des droits de douane de 20 % sur toutes les importations américaines, et de 60 % sur les produits chinois.
« L’amélioration du marché des services rendrait le marché européen beaucoup plus attrayant pour les entreprises américaines, ce qui amoindrirait la volonté de Donald Trump d’imposer des droits de douane », a-t-elle argumenté.
Selon la directrice du Centre, l’intégration du secteur des services de l’UE contribuerait à limiter l’impact des potentiels futurs droits de douane américains sur les 27 — en particulier sur l’Allemagne, plus grande économie d’Europe, dont les industries orientées vers l’exportation sont particulièrement exposées aux changements qui impactent le commerce mondial.
L’analyste avertit également sur le fait que les droits de douane suggérés par Donald Trump réduiraient les exportations allemandes vers les États-Unis de 15 %, mais auraient également un effet domino sur le commerce avec la Chine, entraînant ainsi une baisse de 10 % des exportations allemandes vers la deuxième plus grande économie du monde.
« La Chine devient beaucoup moins compétitive, et l’Allemagne est un important fournisseur de biens intermédiaires pour l’économie chinoise », a précisé Lisandra Flach. « L’Allemagne y perdrait donc directement, mais aussi indirectement. »
L’étude de l’Ifo intervient alors que de nombreuses capitales européennes s’inquiètent des potentielles conséquences économiques et commerciales du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Mercredi 13 novembre, l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, et Emmanuel Macron, ont exhorté l’UE à procéder à des réformes clés du marché — même à plus petite échelle, entre États membres volontaires — sous peine de succomber à la concurrence des États-Unis et de la Chine.
Lisandra Flach a également souligné « l’énorme excédent » de Washington dans le commerce des services avec l’UE, qui, selon les données du gouvernement américain, a atteint 71,2 milliards de dollars en 2022.
« Si vous avez un marché plus attractif pour les entreprises américaines, cela augmente également le pouvoir de marché de l’UE », a-t-elle expliqué.
Malgré l’important excédent des États-Unis en matière de services avec l’UE, Washington accuse actuellement un lourd déficit commercial global (qui comprend à la fois les biens et les services) avec l’UE — un point sur lequel Donald Trump est revenu à maintes reprises pendant sa campagne électorale.
Lors d’un discours prononcé en Pennsylvanie le mois dernier, il a notamment affirmé que l’Europe « paierait le prix fort » si elle n’achetait pas un nombre suffisant de produits américains.
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Un marché (unique) simple
L’étude de l’Ifo s’inscrit également dans le cadre d’efforts croissants déployés par les responsables politiques de Bruxelles pour approfondir le marché unique de l’UE. Dans son rapport sur le marché unique publié en avril, l’ancien Premier ministre italien Enrico Letta a en ce sens appelé les dirigeants de l’UE à le « compléter » en intégrant les secteurs de l’énergie, des télécommunications et des services financiers.
Le rapport d’Enrico Letta devrait fortement influencer la politique de l’UE au cours du prochain quinquennat — et a par ailleurs été cité dans toutes les lettres de mission de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, adressées aux commissaires désignés.
Dans un discours prononcé à Bruxelles mercredi 13 novembre, Kerstin Jorna, responsable de la Direction générale du Marché intérieur, de l’Industrie, de l’Entrepreneuriat et des PME (DG GROW) de la Commission européenne, a encouragé les décideurs politiques de l’UE à poursuivre leurs efforts pour rendre le marché unique plus « simple ». Elle a réitéré l’engagement de l’exécutif européen à réduire de 25 % les obligations en matière d’information des entreprises.
« L’adage, qui est toujours valable, est qu’une loi européenne remplace 27 lois nationales », a rappelé Kerstin Jorna. « Mais d’une manière ou d’une autre, nous avons réussi à laisser tellement de place aux lois européennes qu’un grand nombre de réglementations nationales d’application se développent très spontanément, ce qui annule l’effet d’une loi qui en supprime 27. »
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Des avantages multiples
Selon Lisandra Flach, l’intégration du secteur des services de l’UE apporterait des avantages substantiels à d’autres parties de l’économie européenne, y compris dans le secteur manufacturier.
Sa réflexion fait écho aux recommandations politiques formulées par Mario Draghi dans son rapport publié en septembre sur l’avenir de la compétitivité de l’UE, qui invite à « des actions concrètes à court et moyen terme pour faciliter le commerce transfrontalier » dans des domaines tels que les services, « où il existe encore une fragmentation et une divergence significatives entre les règles nationales ».
« Disons que vous êtes un constructeur automobile : vous avez également besoin de services de distribution, de logiciels, d’ingénierie, de conception, d’une multitude de services », a illustré Lisandra Flach.
« Si vous avez un meilleur accès à tous ces marchés, vous êtes également plus compétitif en tant qu’industrie. »
L’étude de l’Ifo relève qu’une intégration plus poussée du secteur des services de l’UE — qui comprendrait l’élimination des obligations de déclaration divergentes, des écarts dans la reconnaissance des qualifications et des exigences supplémentaires en matière d’assurance — profiterait particulièrement aux petits États membres qui dépendent des services, tels que le Luxembourg, Malte et l’Irlande.
Les plus grands États membres de l’UE en tireraient également des avantages considérables, puisque la valeur ajoutée brute de l’Allemagne augmenterait de 1,8 % et celle de la France de 1,5 %.
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[Édité par Sarah N’tsia et Anna Martino]