L’industrie automobile allemande exhorte l’UE à renoncer aux droits de douane sur les véhicules chinois

À un jour de l’application de droits de douane provisoires sur les voitures électriques en provenance de Chine, l’Union de l’industrie automobile (VDA) a appelé l’UE à faire machine arrière sur cette décision, soutenant que de telles mesures seraient plus préjudiciables que bénéfiques.

Euractiv.com
IAA Mobility 2023 – International Motor Show in Munich
Le président du conseil d'administration de Volkswagen et de Porsche AG, Oliver Blume, accompagné du chancelier allemand Olaf Scholz au Salon international de l'automobile (IAA) à Munich, en Allemagne, le 5 septembre 2023. [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

À un jour de l’application de droits de douane provisoires sur les voitures électriques en provenance de Chine, le principal lobby des constructeurs automobiles allemands, l’Union de l’industrie automobile (VDA), a appelé l’UE à faire marche arrière sur cette décision, soutenant que de telles mesures seraient plus préjudiciables que bénéfiques.

Jeudi (4 juillet), des droits de douane supplémentaires allant de 17,4 % à 38,1 % devraient entrer en vigueur pour les voitures électriques fabriquées en Chine et importées dans l’UE, y compris celles produites par des entreprises européennes implantées en Chine.

Ces droits compensatoires, qui, selon la Commission européenne, sont nécessaires pour contrebalancer les subventions publiques « injustes » accordées par Pékin à ses constructeurs, « ne sont pas dans l’intérêt de l’Union européenne », a écrit la VDA dans une prise de position publiée mercredi (3 juillet).

« Les droits de douane prévus rendront plus difficile le développement de la mobilité électrique et donc la décarbonation », a prévenu l’association, ajoutant qu’« ils nuisent également aux consommateurs et aux entreprises européennes ».

À la place, la VDA appelle à « une solution négociée avec la Chine », ajoutant que « l’UE peut protéger ses intérêts légitimes et relever les défis à venir lors des négociations ».

Outre les entreprises chinoises, plusieurs constructeurs automobiles européens qui produisent des pièces de véhicules électriques en Chine sont également touchés par les nouveaux droits de douane. C’est notamment le cas du constructeur roumain Dacia (qui fait partie du groupe français Renault) et de l’allemand BMW.

Ces derniers devront s’acquitter d’un droit d’importation supplémentaire de 21 %, tandis que BYD, leader du marché chinois des véhicules électriques, ne se verra imposer qu’un droit de 17,4 %, car il a été en mesure de prouver, au cours de l’enquête de la Commission européenne, qu’il recevait un niveau de subvention moins élevé que prévu.

L’entreprise publique chinoise SAIC — partenaire du groupe allemand Volkswagen — devra s’acquitter du droit additionnel le plus élevé, soit 38,1 %. Toutefois, les fonctionnaires de la Commission ont déclaré après l’annonce initiale des mesures, le 12 juin, que la coentreprise SAIC-Volkswagen ne serait pour l’instant pas directement affectée, car elle ne produit pas pour le marché de l’Union européenne.

Pas d’« inondation » de véhicules électriques chinois

La VDA, qui représente des marques telles que Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz, ainsi que des fournisseurs de pièces automobiles comme Bosch, Continental et ZF Group, a également affirmé que les exportations allemandes pourraient être touchées.

« La Chine est actuellement le premier pays destinataire des exportations des fournisseurs allemands », souligne-t-elle, et c’est également la troisième destination des exportations de voitures allemandes, après les États-Unis et le Royaume-Uni.

L’adoption par Pékin de contre-mesures pourrait donc « gravement affecter l’économie européenne, en particulier les secteurs orientés vers l’exportation », a averti la VDA.

En réponse directe à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui avait déclaré que les voitures électriques chinoises allaient « inonder » les marchés mondiaux en septembre 2023, la VDA a affirmé qu’il ne fallait pas s’attendre à un tel scénario avec les véhicules électriques chinois à batterie.

Au contraire, « en 2023, les constructeurs allemands ont vendu environ 10 fois plus de voitures électriques en Chine que les marques chinoises en Allemagne, et environ 100 fois plus de voitures au total ».

Sur le long terme, la part de marché des constructeurs chinois « s’établira entre 5 et 10 % », précise la VDA, en se référant aux projections pour 2030 de l’analyste S&P Autoinsight.

Des droits de douane justifiés

Contrairement à l’industrie, les experts du Centre de réflexion Jacques Delors, basé à Berlin, considèrent que les droits de douane sont « justifiés du point de vue de la politique industrielle et de la stratégie commerciale européennes ». Ils notent toutefois qu’ils ne rendent « clairement pas service au climat ».

« Contrairement aux mesures commerciales récemment introduites par des pays comme les États-Unis et l’Inde, [les mesures de l’UE] sont manifestement conçues pour compenser des subventions avérées et il est peu probable qu’elles soient prohibitives », ont écrit Arthur Leichthammer et Nils Redeker dans une note d’orientation du Centre Jacques Delors publiée lundi (1er juillet).

« Dans de nombreux cas, les entreprises chinoises pourraient simplement absorber les nouveaux droits de douane dans leurs marges et continuer à exporter vers l’UE en réalisant des bénéfices », ont-ils poursuivi.

Alors que les droits de douane provisoires devraient s’appliquer à partir de jeudi, la décision finale sur les droits compensateurs ne sera prise qu’en novembre, et les négociations entre l’UE et la Chine devraient se poursuivre dans l’intervalle.

[Édité par Anna Martino]