L'impact climatique des nouveaux bâtiments reste trop élevé, selon le BPIE

Les nouvelles normes visant à réduire les émissions carbone dans le secteur du bâtiment ne suffiront pas à atteindre les objectifs climatiques de l'UE pour 2030 et 2050, selon un nouveau rapport du BPIE, un centre d'expertise indépendant.

Euractiv France
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Publié ce mardi 18 janvier, le rapport de BPIE intitulé “Prêt pour la neutralité carbone en 2050 ?” s’est penché sur 6 zones géographiques et pays : la Flandres, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la France [JJFarq / Shutterstock]

Les nouvelles normes visant à réduire les émissions carbone dans le secteur du bâtiment ne suffiront pas à atteindre les objectifs climatiques de l’UE pour 2030 et 2050, selon un nouveau rapport du BPIE, un centre d’expertise indépendant.

Alors que les pays européens font face à une flambée des prix de l’énergie, le Building Performance Institute Europe (BPIE) est catégorique : l’Europe ne met pas la barre assez haut pour réduire la consommation énergétique des bâtiments. 

« A moins que tous les États membres de l’UE ne deviennent plus ambitieux, les réductions d’énergie et d’émissions de carbone dans le secteur du bâtiment risquent d’être insuffisantes pour atteindre les objectifs de décarbonation de l’Europe en 2050 » a déclaré Oliver Rapf, le directeur exécutif du BPIE.

Publié ce mardi 18 janvier, le rapport, intitulé “Prêt pour la neutralité carbone en 2050 ?”, s’est penché sur 6 zones géographiques et pays – la Flandre, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la France.

Le résultat est sans appel : seules la France et la Flandre ont mis en place des mesures considérées comme suffisamment ambitieuses dans au moins un des quatre domaines jugés prioritaires – sortie des énergies fossiles, limitation des émissions de carbone, part minimum réservée aux renouvelables, et mise en place de normes contraignantes pour limiter la consommation énergétique.

« Les résultats contenus dans ce rapport suggèrent que la décarbonation des nouveaux bâtiments dans l’UE se fait trop lentement et de manière incohérente » indique le document. Il pointe particulièrement du doigt les divergences entre les pays concernant les normes de performance des nouveaux bâtiments. « Il existe des doutes réalistes quant à la capacité des cadres politiques actuels à faire évoluer les nouveaux bâtiments de manière cohérente vers la neutralité carbone d’ici 2050 », poursuit ainsi le rapport.

Dans l’attente de la révision de la directive

Les travaux de BPIE soulignent les efforts de la Flandre et de la France pour réduire les émissions du secteur du bâtiment. Le rapport mentionne notamment l’interdiction du chauffage au fioul, en France, dans les nouveaux bâtiments à partir de janvier 2022, ainsi que les exigences élevées en matière d’énergies renouvelables.

Toutefois, le plan français d’élimination progressive des combustibles fossiles est classé jaune – autrement dit insuffisant – car « il manque de détails », notamment sur l’élimination progressive des chaudières à gaz.

La révision de la directive sur la performance énergétique des bâtiments changera-t-elle la donne ? Rien n’est moins sûr. Le BPIE estime, en effet, que la proposition de révision de la directive, présentée par la Commission européenne en décembre dernier, n’est pas assez ambitieuse, notamment sur les niveaux de performance exigés.

« Les décideurs politiques de l’UE ont maintenant l’occasion de redynamiser l’agenda européen des bâtiments à faible émission de carbone » souligne toutefois le rapport. La révision de la directive « offre l’occasion d’actualiser les définitions, les critères de performance énergétique et les critères de référence en matière d’énergies renouvelables, les niveaux d’ambition des normes, et d’autres éléments importants. »

Parmi ses recommandations, le BPIE insiste sur le fait que la révision de la directive « devrait se concentrer davantage sur la réduction de la demande d’énergie et sur la mise en œuvre du principe de l’efficacité énergétique. Des paramètres permettant de mesurer les émissions de carbone opérationnelles et intégrées devraient également être inclus dans la révision de la directive » plaide le rapport. 

Pour rappel, le secteur du bâtiment représente 36 % des émissions de carbone de l’UE et 40 % des émissions de CO2.

[Edité par Frédéric Simon]