L'immigration irrégulière explose en Espagne, les îles Canaries et l'enclave de Ceuta appellent au secours
Les arrivées d’exilés en situation irrégulière en provenance d’Afrique ont atteint des niveaux record en Espagne au cours des deux premières semaines d’août, avec des augmentations de 126 % dans les îles Canaries et de 143 % dans l’enclave espagnole de Ceuta.
Les arrivées d’exilés en situation irrégulière en provenance d’Afrique ont atteint des niveaux record en Espagne au cours des deux premières semaines d’août. Face à une augmentation de 126 % dans les îles Canaries et de 143 % dans l’enclave espagnole de Ceuta, les régions appellent au secours.
Un grand nombre de personnes en situation irrégulière qui parviennent à atteindre le territoire espagnol sont originaires de Mauritanie et du Sahel. L’escalade actuelle de la violence dans ces régions d’Afrique provoque le déplacement de milliers de personnes.
Entre le 1er et le 15 août, 1 033 personnes sont arrivées sur les côtes de la péninsule ibérique à bord de 72 embarcations, tandis qu’en juillet, 1 698 personnes ont posé le pied sur le territoire espagnol. Une tendance bien supérieure aux mois précédents (de janvier à août), selon un nouveau rapport du ministère espagnol de l’Intérieur.
Entre janvier et août, 31 155 migrants en situation irrégulière sont arrivés en Espagne, soit 66,2 % de plus qu’au cours de la même période l’année précédente, où 18 745 exilés avaient réussi à entrer dans le pays ibérique, selon la même étude.
La plupart sont arrivés par la mer : 29 512 personnes à bord de 908 petites embarcations.
L’Espagne est un point névralgique pour l’entrée des exilés, surtout par la dangereuse route de l’Atlantique qui relie les pays d’Afrique de l’Ouest aux îles Canaries. Sans oublier les deux frontières physiques avec le Maroc, autour des villes autonomes espagnoles de Ceuta et Melilla qui se trouvent sur le continent africain. Madrid a récemment eu plusieurs différends diplomatiques avec le Maroc au sujet de l’immigration.
En effet, la frontière entre l’Espagne et le Maroc a été décrite par de nombreux experts comme « la plus inégale du monde », avec des PIB par habitant aux extrémités opposées de l’échelle : l’Espagne avec près de 32 677 dollars et le Maroc avec 3 672 dollars, selon les données de la Banque mondiale.
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L’immigration, bouc émissaire politique de l’extrême droite
La question de l’immigration est l’un des sujets les plus controversés de la scène politique espagnole. Le parti d’extrême droite Vox (Patriotes pour l’Europe) l’utilise pour attaquer le gouvernement progressiste du Premier ministre Pedro Sánchez (PSOE/S&D), faisant écho à la rhétorique d’autres partis d’extrême droite de l’UE tels que l’AfD (Europe des nations souveraines/ESN) en Allemagne ou la Lega (Patriotes) en Italie.
D’autres partis d’extrême droite espagnols, comme la nouvelle formation SALF (Se Acabo la Fiesta, littéralement « la fête est finie ») dirigée par le controversé Alvise Pérez, tiennent également un discours hostile à l’égard de l’immigration, qu’ils « accusent », sans réels arguments, d’être à l’origine de nombreux problèmes de société.
Pourtant, les chiffres officiels montrent que l’Espagne est un pays de plus en plus diversifié : sur une population de 48,8 millions d’habitants, 8,7 millions (17,8 %) sont des étrangers, et les immigrés en situation régulière représentent désormais 13,6 % de la main-d’œuvre totale, selon les données de l’Institut national de la statistique (INE).
En juillet, Fernando Clavijo, chef de l’exécutif régional des îles Canaries — une coalition de trois partis de centre droit, dont le Partido Popular (PP/PPE) — a exhorté Pedro Sánchez et l’UE à répondre aux besoins urgents de la région en la matière.
Rien qu’entre janvier et le 15 août, un total de 22 304 personnes sont arrivées aux îles Canaries, soit 126,1 % de plus qu’au cours de la même période l’année précédente, lorsque 9 864 exilés en situation irrégulière avaient posé le pied dans cette communauté autonome espagnole.
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Urgence migratoire
La Coalition canarienne a appelé Pedro Sánchez à prendre « deux heures sur ses vacances pour faire face à l’urgence migratoire », a récemment écrit le parti sur X.
Dans une tentative de renforcer le message de solidarité économique de Madrid — y compris l’investissement de millions d’euros — avec les principaux pays africains d’où arrivent les exilés, Pedro Sánchez prévoit une visite officielle en Mauritanie d’ici la fin du mois d’août — sa deuxième visite dans le pays en moins d’un an, ont indiqué des sources officielles au partenaire d’Euractiv, EFE.
L’un des problèmes les plus importants auxquels sont actuellement confrontées les autorités des îles Canaries est le goulet d’étranglement en matière d’accueil des mineurs non accompagnés. En effet, près de 6 000 enfants sont actuellement hébergés, soit près de trois fois la capacité d’accueil des centres publics.
Ceuta a également tiré la sonnette d’alarme cet été, demandant au gouvernement une aide urgente pour faire face à une situation qu’elle qualifie d’« insoutenable » après l’arrivée de 416 mineurs non accompagnés au cours des derniers jours, alors que la capacité maximale de ses centres publics est de 130.
La situation est devenue si grave que le chef de l’opposition de centre droit, du Parti populaire espagnol (PP/PPE), Alberto Núñez Feijóo, a récemment demandé au gouvernement de déclarer une « urgence migratoire » dans le pays.
En juillet dernier, l’un des hommes politiques les plus en vue du PP, le porte-parole parlementaire du parti, Miguel Tellado, a suggéré que le gouvernement espagnol prenne des mesures drastiques pour freiner les flux migratoires irréguliers, y compris en recourant au déploiement de l’armée.
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[Édité par Sarah N’tsia et Anna Martino]