Libye-CPI : Giorgia Meloni et des ministres visés par une enquête judiciaire en Italie

La libération controversée d’un général libyen recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité place la Première ministre Giorgia Meloni et plusieurs membres de son gouvernement dans la tourmente.

EURACTIV Italie
Meloni en una foto de archivo
Meloni en una foto de archivo [EPA/GIUSEPPE LAMI]

Selon les informations publiées par le Corriere della Sera et La Repubblica, le Tribunal des ministres, un organe judiciaire spécial chargé d’enquêter et de poursuivre les crimes commis par des ministres en exercice, a clos son enquête sur le manquement de l’Italie à transférer le général libyen Osama Najeem al-Masri à la CPI.

Pour rappel, Ossama al-Masri, ancien chef de la police judiciaire libyenne, a été arrêté à Turin le 19 janvier en vertu d’un mandat d’arrêt de la CPI pour meurtre, torture et viol liés à des exactions commises au centre de détention de Mitiga à Tripoli.

À peine deux jours plus tard, il a été libéré et renvoyé en Libye à bord d’un avion de l’armée de l’air italienne.

Outre Giorgia Meloni, le tribunal vise également le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi, le ministre de la Justice Carlo Nordio et le sous-secrétaire Alfredo Mantovano, qui pourraient être inculpés pour manquement à leurs obligations.

Les documents du tribunal montrent que la cheffe de cabinet de Carlo Nordio, Giusi Bartolozzi, a été informée de l’arrestation d’Ossama al-Masri dans l’après-midi du 19 janvier, ce qui contredit les déclarations répétées du gouvernement selon lesquelles le ministère n’avait été informé de l’affaire que plus tard, ne lui laissant « pas le temps d’agir ».

Ces révélations ont déclenché une vive réaction politique. Les députés de l’opposition exigent la démission de carlo Nordio et demandent à Giorgia a Meloni de s’adresser au parlement pour s’expliquer sur ce qu’ils qualifient d’« opération orchestrée politiquement ».

« C’est désormais prouvé : Nordio a menti au Parlement », a déclaré Roberto Giachetti, du parti libéral Italia Viva. « Il doit démissionner immédiatement. »

La députée du Partito Democratico Debora Serracchiani a ajouté que la décision de libérer Almasri et de le rapatrier à bord d’un avion gouvernemental était un « acte politique délibéré » dont Giorgia Meloni devait répondre.

Dans le même temps, la CPI a ouvert une procédure contre l’Italie pour obstruction à la justice. Rome a déjà présenté une défense officielle devant la Cour de La Haye, dans le cadre d’une procédure permettant aux États de justifier leurs actions avant que la Cour ne se prononce sur leur non-coopération. Cependant, le procureur de la Cour internationale a rejeté plusieurs arguments de l’Italie, les jugeant non fondés.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]