Liberté de la presse en Europe : les journalistes tirent le signal d’alarme [FR]
Selon une enquête menée par l’Association des journalistes européens (AJE), les journalistes de toute l’Europe, de l’Est comme de l’Ouest, sont confrontés à une censure et à une pression de plus en plus importantes, notamment la violence physique et l’intimidation. L’AJE ajoute que l’UE ne parvient pas à faire face à cette situation.
Selon une enquête menée par l’Association des journalistes européens (AJE), les journalistes de toute l’Europe, de l’Est comme de l’Ouest, sont confrontés à une censure et à une pression de plus en plus importantes, notamment la violence physique et l’intimidation. L’AJE ajoute que l’UE ne parvient pas à faire face à cette situation.
L’enquête, présentée à Bruxelles le 28 février, montre que la liberté des médias est en baisse dans la majeure partie de l’Europe et dénonce un certain nombre d’abus de la part des gouvernements, notamment l’interférence dans les politiques éditoriales, voire les menaces et l’intimidation.
L’enquête de l’AEJ, qui concerne 20 pays, a dressé la liste d’un certain nombre d’abus, notamment :
- violence et intimidation (Russie, Arménie) ;
- attaque contre l’indépendance des médias par les gouvernements (Slovénie) ;
- abus politiques, en particulier dans les services publics de radiodiffusion (Croatie, Slovaquie, Pologne), et ;
- pression commerciale et surconcentration dans les médias grand public (France, Italie).
William Horsley, le rédacteur de l’enquête, a déclaré que les gouvernements européens ont une tendance forte à utiliser des méthodes plus dures, notamment le « spin » (interprétations officielles tendancieuses) et le renforcement des contrôles sur l’accès des journalistes à l’information afin d’empêcher l’exercice de l’esprit critique.
De plus, selon lui, la tendance n’est pas propre aux jeunes démocraties d’Europe centrale et orientale. L’affrontement ouvert entre le gouvernement et les médias en Slovénie existe sous diverses autres formes au Royaume-Uni, en Irlande, en Slovaquie et en République tchèque, entre autres.
Lors d’un récent débat à Dublin, l’AJE a entendu le témoignage de deux journalistes du The Irish Times qui sont menacés de peines de prison pour avoir refusé de révéler leurs sources. En Slovaquie, le journaliste Martin Klein a été condamné pour avoir critiqué un archevêque dans un article.
Cette décision avait ensuite été confirmée par la Cour suprême de Slovaquie, en dépit d’une décision de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg qui s’était prononcé en faveur de la liberté d’expression du journaliste.
Les réactions de l’UE et des médias eux-mêmes se font attendre
En outre, M. Horsley affirme que les médias eux-mêmes partagent une part de responsabilité. « Les médias européens ont été lents à comprendre et à rapporter la censure, la pression et parfois la violence physique auxquelles sont confrontés les journalistes aux quatre coins de l’Europe », a-t-il déclaré à EURACTIV.
En ce qui concerne les institutions européennes – le Conseil, la Commission et le Parlement – M. Horsley estime qu’elles n’ont pas défendu la liberté des médias jusqu’à présent.
« Les dirigeants européens ont trop souvent échoué dans leurs promesses de sauvegarder les valeurs européennes comme la liberté des médias », a-t-il déclaré à EURACTIV. « Les principales institutions européennes ne se sont pas opposées à la Russie quand le pays a censuré son média indépendant ».
« Si l’UE néglige ses propres antécédents – même douteux – en matière de protection de la liberté de la presse, il est évident que les gouvernements d’autres pays ne prendront pas au sérieux ses appels à la liberté et à l’indépendance des médias ».
Forum de l’OSCE sur la liberté des médias
Parallèlement, lors d’un forum organisé à Vienne le 29 février, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a appelé ses Etats membres à respecter leurs engagements envers les médias.
Le forum marquait le dixième anniversaire de la fonction du représentant de l’OSCE pour la liberté des médias (RFOM), désormais occupée par Miklos Haraszti. Ce bureau émet des alertes rapides sur les violations de la liberté d’expression et aide les Etats participants à remplir leurs engagements.
Selon M. Haraszti, « les 56 nations de l’OSCE se sont engagées à respecter les droits de l’homme les plus fondamentaux, dont la liberté d’expression. Aujourd’hui, il faut parfois défendre non seulement les normes relatives à la liberté de la presse, mais aussi la notion même de coopération internationale en matière de droits de l’homme ».