L’extrême droite polonaise enverra des élus controversés au Parlement européen

Le parti conservateur Droit et Justice (PiS), arrivé en deuxième position aux Européennes en Pologne, devrait envoyer des eurodéputés au CV controversé au Parlement européen. C’est également le cas du troisième parti du scrutin, le parti d’extrême droite Confédération.

EURACTIV Pologne
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Le PiS pourra envoyer 20 eurodéputés au Parlement européen pour la prochaine législature (2024-2029). [EPA-EFE/RAFAL GUZ]

Un magnat du pétrole impliqué dans un scandale de vente de visas, d’anciens ministres condamnés pour abus de pouvoir… Le parti conservateur Droit et Justice (PiS), qui est arrivé juste derrière la Coalition civique (KO) du Premier ministre Donald Tusk aux Européennes en Pologne, devrait envoyer des eurodéputés controversés au Parlement européen pour la législature à venir. C’est également le cas du parti d’extrême droite Confédération, qui pourrait envoyer à Bruxelles et à Strasbourg un homme politique ouvertement antisémite, islamophobe et eurosceptique.

Le PiS (Conservateurs et Réformistes européens, CRE) se trouve dans l’opposition après avoir gouverné la Pologne entre 2015 et 2023. L’année dernière, l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk a pris la tête du gouvernement parce que le PiS, bien que vainqueur des élections nationales, n’avait pas réussi à former une majorité.

Lors des élections européennes de dimanche (9 juin), la KO (Parti populaire européen/PPE et Verts/ALE) a remporté le scrutin de justesse, avec 37,06 % des voix, contre 36,16 % pour le PiS. Des 53 sièges dont dispose la Pologne au sein l’hémicycle européen, la KO en occupera 21 et le PiS 20.

Les résultats des élections ont confirmé les sondages préélectoraux, qui prévoyaient un soutien pratiquement équivalent aux deux partis. La population polonaise est en effet fortement polarisée.

Cependant, la stratégie du PiS a été de ne pas miser sur des eurodéputés chevronnés, comme l’ancien président du Parlement européen Zdzisław Krasnodębski, mais de tenter sa chance avec des personnes inexpérimentées dans le milieu l’UE, mais populaires parmi les électeurs du parti.

Et cette popularité découle en grande partie du fait que le PiS les dépeint comme étant confrontés au harcèlement et à des critiques injustes de la part du gouvernement Tusk.

D’anciens ministres condamnés

Il s’agit notamment de Mariusz Kamiński et Maciej Wąsik, tous deux condamnés en décembre dernier à deux ans de prison pour abus de pouvoir dans les fonctions de ministres qu’ils ont précédemment exercées.

Arrêtés et incarcérés en janvier malgré les tentatives du président Andrzej Duda, ancien membre du PiS, de leur offrir refuge au palais présidentiel, ils ont été présentés par le PiS comme des prisonniers politiques et des victimes du « régime de [Donald] Tusk ». Des dizaines de partisans du PiS se sont rassemblés devant la prison pour exiger leur libération immédiate.

Les dirigeants du parti conservateur ont déclaré que Mariusz Kamiński avait été torturé en prison, les gardiens ayant tenté de le nourrir de force alors qu’il était en grève de la faim.

Les deux hommes ont finalement été libérés et graciés par le président polonais, mais comme ils avaient été légalement condamnés, ils ont été privés de leurs sièges parlementaires, ce que le PiS a qualifié d’illégal.

Un magnat du pétrole

Un autre favori du PiS pour entrer au Parlement européen est Daniel Obajtek, PDG du géant pétrolier public Orlen entre 2015 et 2023 sous le gouvernement PiS en Pologne.

Sous sa direction, Orlen a considérablement élargi ses activités pour inclure l’énergie propre et est devenu le plus grand sponsor du pays pour les évènements culturels et sportifs. L’entreprise a également pénétré de nouveaux marchés, comme celui de l’Autriche.

La réputation de ce magnat du pétrole lui a valu le surnom de « Don Orleone » à l’étranger. Toutefois, la controverse réside davantage dans sa loyauté envers le gouvernement du PiS.

En effet, le rachat du groupe de médias Polska Press par Orlen a entraîné un changement de la ligne éditoriale des journaux locaux du groupe et d’autres médias, qui est devenue plus favorable au PiS.

Plus récemment, Daniel Obajtek a été sous les feux de la rampe pour avoir refusé à deux reprises de témoigner devant la commission parlementaire chargée d’enquêter sur le scandale du « Visagate », qui concernait la vente de visas polonais sur des étals de marché dans des pays africains.

Il aurait demandé en vain le report de son audition après les élections européennes du 9 juin.

Son audition a été demandée en raison de la dépendance d’Orlen à l’égard des travailleurs migrants pour développer son usine pétrochimique en Pologne, bien que le groupe d’experts n’ait pas parlé d’actes répréhensibles, comme l’a rapporté Reuters la semaine dernière.

Certains pensent que Daniel Obajtek se présente au Parlement européen principalement pour obtenir l’immunité dont jouissent les eurodéputés, ce qui lui permettrait d’éviter les poursuites pour ses actions sous le gouvernement PiS.

Un pompier antisémite

Le député polonais Grzegorz Braun pourrait bien être l’un des six eurodéputés que le parti d’extrême droite Confédération enverra au Parlement européen. Ouvertement antisémite, islamophobe et eurosceptique, il a fait parler de lui en décembre dernier lorsqu’il a utilisé un extincteur pour souffler les bougies de la Hanoukka dans le parlement polonais.

Les bougies avaient été allumées dans le cadre des célébrations de la fête juive de Hanoukka au parlement polonais, auxquelles participaient des membres éminents de la communauté juive de Pologne.

Suite à cela, le salaire de Grzegorz Braun a été réduit et une plainte a été déposée contre lui auprès du bureau du procureur.

Grzegorz Braun aura attiré l’attention jusque dans les isoloirs, notamment en demandant à la commission électorale de retirer un drapeau de l’Union européenne qui avait été placé à côté de l’urne.

[Édité par Anna Martino]