Levée des barrages à la frontière entre le Kosovo et la Serbie après plusieurs jours de tensions
Deux postes-frontières entre le Kosovo et la Serbie ont été réouverts lundi (1er août) après que des soldats de la paix de l’OTAN ont supervisé la levée des barrages que des manifestants serbes avaient mis en place durant le week-end.
Deux postes-frontières entre le Kosovo et la Serbie ont été réouverts lundi (1er août) après que des soldats de la paix de l’OTAN ont supervisé la levée des barrages que des manifestants serbes avaient mis en place durant le week-end dans une région où la paix demeure fragile depuis la fin de la guerre de 1998-1999.
Les tensions se sont exacerbées samedi et dimanche après que Pristina a pris des mesures de réciprocité impliquant que tous les véhicules serbes entrant au Kosovo sont contraints de posséder des plaques temporaires du Kosovo, et que les personnes qui entrent sur le territoire avec un passeport serbe doivent remplir des documents supplémentaires.
Ces décisions ont entraîné des protestations et la mise en place de barrages par les Serbes. En effet, tard dans la journée de dimanche, des manifestants avaient garé des camions remplis de gravier et d’autres engins lourds pour former un barrage sur les routes menant aux deux postes-frontières, Jarinje et Bernjak, dans un territoire à majorité serbe. La police du Kosovo a déclaré qu’elle avait alors dû fermer les postes-frontières. Des coups de feu ont également été entendus du côté kosovar de la frontière.
La police du Kosovo a déclaré que la levée des barrages dans le nord du pays a permis la réouverture des deux postes-frontières avec la Serbie.
« Les routes sont maintenant ouvertes à la circulation. Les deux postes-frontières sont désormais ouverts pour le passage des personnes et des marchandises », a indiqué la police dans un communiqué.
La levée des barrages est intervenue après que le gouvernement du Kosovo a reporté l’application de la décision qui obligerait les Serbes de souche, majoritaires dans le nord du pays, à demander des documents et des plaques d’immatriculation de voiture délivrés par les institutions du Kosovo.
La décision du gouvernement de reporter l’application de cette décision fait suite à des consultations avec les ambassadeurs des États-Unis et de l’Union européenne.
« La violence ne sera pas tolérée. Ceux qui ont recours à la violence seront sanctionnés [conformément aux règles] de l’État de droit et au moyen de la loi », avait confié le Premier ministre kosovar Albin Kurti aux journalistes lundi. Il avait également précisé que la décision de report n’entrerait en vigueur que lorsque les barrages seraient levés. Ses déclarations ont entraîné plusieurs heures de tension hier, car les barrages sont restés en place et Pristina n’a donc pas annoncé le report des mesures.
Lundi, un journaliste d’Euronews, Kosovë Gjoci, a été frappé avec une bouteille alors qu’il effectuait un reportage dans la ville de Mitrovica, une ville à majorité serbe.
Après la levée des barrages, la situation est restée quelque peu tendue tout au long de la soirée de lundi, mais ce mardi, aucun problème n’a été signalé et le calme semble être revenu dans la région.
Cependant, l’absence de solution définitive signifie que le 1er septembre, une situation similaire risque de se produire à nouveau.
60 jours pour se conformer
Quatorze ans après la déclaration d’indépendance du Kosovo vis-à-vis de la Serbie, quelque 50 000 Serbes vivant dans le nord du Kosovo refusent de reconnaître les institutions de Pristina et utilisent des plaques d’immatriculation et des documents émis par les autorités serbes.
Le gouvernement du Premier ministre Albin Kurti a déclaré qu’il accorderait aux Serbes une période de 60 jours pour obtenir des plaques d’immatriculation du Kosovo, un an après avoir renoncé à essayer de les imposer à cause de protestations similaires.
Cette mesure devait initialement entrer en vigueur à partir de lundi, mais les dirigeants kosovars ont finalement déclaré qu’ils allaient la reporter au 1er septembre après avoir « pris contact et tenu des réunions avec des acteurs internationaux américains et européens ».
Le gouvernement a également décidé qu’à partir du 1er août, tous les citoyens de Serbie se rendant au Kosovo devront obtenir un document supplémentaire à la frontière pour pouvoir entrer sur le territoire.
Les autorités de Belgrade appliquent une règle similaire aux Albanais du Kosovo qui se rendent sur le territoire serbe.
Septembre 2021
En septembre 2021, le gouvernement de M. Kurti avait exigé que les voitures portant des plaques d’immatriculation serbes acquièrent des plaques délivrées par le Kosovo lorsqu’elles franchissent la frontière.
La Serbie avait alors réagi en envoyant des troupes à sa frontière avec le Kosovo et en galvanisant la population serbe du Kosovo, ce qui avait débouché sur des protestations.
Si les deux parties ont signé un accord temporaire — les véhicules circulant entre les deux pays devant être munis d’autocollants sur leurs plaques d’immatriculation pour masquer les noms et les drapeaux des pays —, elles n’ont toutefois pas réussi à trouver une solution définitive au problème.
En juin, M. Kurti a annoncé qu’à partir du 1er août, il y aurait une période de transition de 60 jours au terme de laquelle les plaques d’immatriculation devraient avoir été remplacées, à défaut d’avoir trouvé une autre solution.
Soutien albanais
Le Premier ministre albanais Edi Rama a soutenu la décision du Kosovo de mettre en œuvre des mesures de réciprocité vis-à-vis de la Serbie lors d’une conférence de presse lundi.
« Les événements d’hier reflètent les relations difficiles [entre la Serbie et le Kosovo], mais la mise en œuvre de l’accord conclu à Bruxelles est le droit et le devoir du Kosovo, et je soutiens le gouvernement du Kosovo à 100 %, tout comme je félicite le Premier ministre Kurti pour sa retenue et pour avoir écouté les alliés qui ont suggéré un report », a déclaré M. Rama.
« Le gouvernement du Kosovo a le droit et le devoir de mettre en œuvre les accords et d’exercer sa souveraineté et son indépendance territoriales », a-t-il poursuivi, tout en appelant le président serbe, Aleksandar Vučić, à ne pas entretenir les dissensions observées chez les Serbes de souche dans la région.