L’Europe se prépare à une potentielle sortie des États-Unis de l’OMS sous Donald Trump

Le probable retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sous la présidence de Donald Trump va laisser un important déficit de financement que l’Union européenne aurait du mal à combler.

EURACTIV.com
World Health Organization – WHO
Siège de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur un bâtiment à son siège, le 13 septembre 2021 à Genève. [Felix Zahn/Photothek]

Le probable retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sous la présidence de Donald Trump va laisser un important déficit de financement que l’Union européenne aurait du mal à combler.

À l’été 2020, Donald Trump avait informé l’Organisation des Nations Unies de son intention de retirer son pays de l’OMS, alors que la pandémie de Covid-19 faisait toujours rage et qu’il n’y avait pas de vaccins en vue. Il n’a toutefois pas joints les gestes à la parole.

À moins de deux semaines de sa deuxième investiture, l’Europe se prépare à la possibilité que le président élu ne se contente pas de réitérer cette menace, mais qu’il la mette en œuvre.

La première administration Trump avait accusé l’OMS d’échouer dans sa réponse aux pandémies et estimait qu’elle avait refusé d’adopter des réformes, notamment de « démontrer son indépendance vis-à-vis du Parti communiste chinois ».

Les chances que ce mandat-ci soit différent et que le nouveau président des États-Unis adopte un point de vue plus nuancé sur l’OMS sont infimes.

D’une part parce que parmi les personnes qu’il a nommées à des postes de haut niveau dans le domaine de la santé figurent des partisans de la lutte contre les vaccins, le cheval de bataille de l’OMS. D’autre part puisque, alors que la première administration Trump devait faire face à certaines contraintes de la part d’un Congrès à majorité démocrate, les républicains dirigent aujourd’hui à la fois le Sénat et la Chambre des représentants.

La Commission européenne se dit minutieusement préparée au retour de Donald Trump, « avec une équipe dédiée à tous les résultats potentiels » en matière de commerce et de droits de douane éventuels, mais la santé a jusqu’à présent été laissée à l’écart des discussions.

Selon la porte-parole de la Commission pour les questions de santé, Eva Hrnčířová, « il est dans notre intérêt à tous d’avoir une OMS forte. Nous soutenons évidemment une OMS efficace et responsable ».

Cependant, une sortie des États-Unis de l’OMS créerait quelques maux de tête importants pour l’UE, notamment en ce qui concerne le financement.

Combler le déficit de financement

Les États-Unis sont actuellement le principal contributeur de l’OMS, avec plus de 14 % de son budget. Derrière eux se placent la Fondation Bill et Melinda Gates (13,67 %), l’Alliance GAVI (10,49 %), la Commission européenne (7,82 %), la Banque mondiale (4,02 %) et l’Allemagne (3,29 %).

La contribution combinée de la Commission et des États membres de l’UE dépasse toutefois celle des États-Unis — la Commission souligne qu’en 2020 et 2021, elle représentait « plus de 20 % » du budget de l’OMS.

Si les États-Unis se retirent, la porte-parole de la Commission a déclaré que celle-ci « fera de son mieux pour assurer la poursuite du financement de l’OMS dans les limites de son budget ». Mais, étant donné que l’UE a déjà dû réduire son propre programme EU4Health d’un milliard d’euros, ces limites semblent plutôt étroites.

En outre, des voix critiques à l’égard de l’OMS s’élèvent également en Europe, notamment de la part du Premier ministre slovaque Robert Fico, ou du Parti de la liberté autrichien (FPÖ, Patriotes pour l’Europe), qui estime que l’organisation censure les opinions divergentes et menace la souveraineté nationale sur les mesures de santé publique.

Par ailleurs, seuls 17,5 % du financement de l’OMS proviennent de contributions obligatoires, tandis que 88 % reposent sur des contributions volontaires de diverses natures.

En mai 2023, les pays de l’OMS ont accepté d’augmenter les contributions obligatoires pour couvrir 50 % du budget d’ici 2030-2031, mais malgré cela, les contributions volontaires restent prédominantes.

Répartition du budget

Le budget est actuellement divisé en trois « piliers stratégiques » pour atteindre les objectifs dits du « triple milliard », à savoir qu’un milliard de personnes supplémentaires jouissent d’une meilleure santé et d’un plus grand bien-être, qu’un milliard de personnes bénéficient d’une couverture sanitaire universelle (CSU) et qu’un milliard de personnes soient mieux protégées contre les urgences sanitaires.

Un de ces piliers, le pilier de facilitation, vise à améliorer les capacités nationales et le financement des programmes spéciaux liés aux opérations d’urgence et à l’éradication de la poliomyélite.

Pas seulement une question d’argent

La perte pour l’OMS et les États-Unis ne serait toutefois pas uniquement financière.

Les États-Unis apportent une grande expertise et bénéficient également de la surveillance mondiale des maladies et de la réponse de l’OMS. Les centres américains de contrôle et de prévention des maladies et les Instituts nationaux américains de la santé travaillent en étroite collaboration avec les centres de l’OMS sur toute une série de questions.

La liste des projets dont bénéficient les États-Unis est longue. Notamment, le système mondial de surveillance de la grippe de l’OMS permet le suivi et la mise au point de vaccins en réponse à la grippe saisonnière, et c’est l’un des nombreux domaines où les efforts de surveillance mondiale portent leurs fruits.

[Édité par Anna Martino]