L’Europe encore loin d’être en mesure d’assurer la défense du Groenland
Le soulagement suscité par les déclarations de Donald Trump excluant un recours à la force au Groenland a été de courte durée. Une question plus dérangeante s’impose désormais : l’UE serait-elle réellement capable de défendre l’île arctique si nécessaire ? Les débats récents ont mis en lumière des années de sous-investissement et de négligence stratégique européenne dans la région.
Lorsque le président américain a affirmé qu’il n’avait aucune intention de s’emparer du Groenland par la force, les capitales européennes ont poussé un soupir de soulagement. Une crise potentiellement explosive semblait écartée.
Mais Donald Trump continue de marteler que les États-Unis ont un intérêt stratégique direct dans l’île, au nom de la sécurité américaine et de l’OTAN. Il a notamment affirmé que le Groenland serait « encerclé » par des navires russes et chinois — une affirmation démentie par des sources proches des services de renseignement et non confirmée par le commandement maritime de l’OTAN.
Même en l’absence de danger militaire immédiat, ces propos ont révélé une faiblesse plus profonde : l’incapacité de l’Europe à assumer pleinement la défense d’un territoire pourtant central pour la sécurité de l’Atlantique Nord.
« Le problème de l’Europe n’est pas que Washington considère le Groenland comme un atout stratégique. C’est que l’Europe a largement échoué à le faire elle-même », a écrit Justina Budginaite-Froehly, chercheuse senior non résidente à l’Atlantic Council, basé à Washington, D.C. « Cette complaisance est désormais dangereuse. »
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Armés pour les menaces environnementales
Historiquement, le Danemark a organisé la défense de l’île pour lutter contre les menaces environnementales telles que les marées noires ou la pêche illégale. Au contraire, les impératifs militaires ne figurant pas en tête de liste des priorités.
Les programmes d’investissement dans la défense annoncés par le Danemark ces dernières années montrent que Copenhague a commencé à prendre au sérieux la défense de l’île, ont confié plusieurs diplomates et officiers militaires de l’OTAN à Euractiv ces derniers mois.
Dans le sillage des tensions récentes, le Danemark et les autorités groenlandaises ont plaidé pour l’ouverture d’une mission dirigée par l’OTAN sur l’île. Une première étape a été franchie avec le déploiement de quelques dizaines de soldats chargés d’évaluer les infrastructures nécessaires à une présence militaire plus durable.
Toute présence internationale crédible au Groenland supposerait des troupes capables d’opérer dans des conditions climatiques parmi les plus hostiles au monde. Le froid extrême, la glace et l’isolement rendent inutilisables de nombreux équipements terrestres classiques.
Peu de pays ont formé des troupes pour un environnement aussi hostile, et les chars et autres systèmes terrestres sont inutiles sur la glace groenlandaise. Compte tenu de la complexité du terrain, les Danois ont longtemps préféré les traîneaux à chiens aux chars de combat.
Seule une poignée d’alliés de l’OTAN sont formés pour opérer dans des environnements extrêmement froids. La Norvège, la Suède et la Finlande ont une certaine expérience des terrains similaires à celui du Groenland. La France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni disposent également de troupes de montagne expérimentées.
« Il faudrait quelques centaines de soldats », affirme Siemon Wezeman, de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Mais ces troupes proviendraient très probablement des pays occidentaux, car les pays nordiques ont des frontières avec la Russie à défendre.
La mer, talon d’Achille de la défense arctique
La présence maritime autour du Groenland devrait également être renforcée s’il y avait une menace provenant de navires autour de l’île.
L’OTAN dispose déjà de plusieurs groupes navals qui patrouillent dans le Grand Nord et l’Arctique, ainsi que dans la Baltique et la Méditerranée. Ceux-ci s’appuient sur les ressources de plusieurs pays européens, tels que la Norvège, l’Allemagne et le Danemark.
Mais tous les navires ne se valent pas, en particulier face à la glace. Il n’est pas facile de choisir un navire à envoyer dans les eaux arctiques. La coque du navire doit être suffisamment solide pour résister à la glace flottante et éviter toute rupture. Au sein de l’OTAN, seuls le Danemark et le Canada possèdent un tel équipement.