L’été s’annonce « difficile » pour l’Ukraine, alors que l’aide occidentale diminue
Les avancées militaires de la Russie sur le champ de bataille renforcent l’urgence d’un soutien occidental à Kiev, mais Volodymyr Zelensky a de plus en plus de mal à obtenir de l’aide.
Les mois à venir s’annoncent « difficiles » pour l’Ukraine sur le champ de bataille, expliquent les analystes militaires. Alors que la pression militaire russe s’intensifie, l’aide de ses alliés occidentaux s’amenuise, laissant craindre un creux durable dans le soutien international à Kiev.
Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a trois ans et demi de cela, l’UE a versé près de 160 milliards d’euros à Kiev, selon les données de l’Institut de Kiel. Ce montant comprend une enveloppe de 50 milliards d’euros de subventions et de prêts qui seront versés jusqu’en 2027, ainsi qu’un paquet de prêts du G7 de 50 milliards de dollars garanti par les avoirs de la banque centrale russe gelés en Belgique.
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Pendant que Kiev cherche à renforcer ses défenses, Moscou poursuit ses offensives et intensifie ses frappes aériennes. Son complexe militaro-industriel continue de tourner à plein régime, alimenté par les recettes pétrolières et peu affecté, dans les faits, par les sanctions occidentales.
Face à cette situation, l’Ukraine espère décrocher de nouveaux engagements lors de la conférence sur la reconstruction, qui s’ouvre ce jeudi 10 juillet à Rome. Le président Volodymyr Zelensky cherche à nouer des accords énergétiques et à stimuler l’investissement étranger dans l’industrie de défense nationale, selon des sources proches du gouvernement ukrainien.
Cependant, côté occidental, les marges sont limitées. Le soutien américain devrait rester en deçà des niveaux observés sous la présidence Biden, et l’Europe peine pour sa part à débloquer de nouvelles enveloppes. La Commission européenne évoque un possible fonds de 100 milliards d’euros dans le prochain budget pluriannuel de l’UE, mais aucun accord ne se profile pour contourner le veto hongrois.
L’Europe « évalue et travaille sur différentes options » pour soutenir l’Ukraine après 2025, y compris une éventuelle enveloppe de 100 milliards d’euros dans le prochain budget de l’UE, a fait savoir cette semaine le commissaire à l’Économie, Valdis Dombrovskis. Cependant, sur ce point, il n’y a toujours pas de voie claire pour contourner le veto hongrois.
Une réunion de la coalition de 31 pays occidentaux œuvrant pour obtenir des garanties de sécurité pour l’Ukraine, qui sera présidée ce jeudi par Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer, a également peu de chances d’aboutir aux progrès significatifs dont Kiev a besoin pour tenter de mettre fin à la guerre.
« L’Ukraine continue de faire preuve d’un grand esprit d’innovation, mais nous nous apprêtons à vivre un été stressant et difficile », conclut un responsable de l’OTAN.
À Rome, les discussions se concentrent sur la reconstruction à long terme du pays. La Banque mondiale estime les besoins à 524 milliards de dollars sur dix ans, soit près de trois fois le PIB ukrainien attendu en 2024.
Parmi les pistes évoquées pour attirer des capitaux, Kiev propose l’accès à ses ressources minières stratégiques en échange d’investissements. Mais la poursuite des hostilités reste un obstacle majeur à tout engagement durable du secteur privé.
« Il semble toujours que la communauté chargée de la reconstruction et ceux qui travaillent dans le domaine de la défense et de la sécurité restent deux mondes largement séparés, avec peu d’interactions malgré leur interdépendance évidente », constate Lesia Ogryzko, chercheuse invitée au Conseil européen des relations étrangères (ECFR).
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Donald Trump l’imprévisible
Le rôle clé des États-Unis dans le financement de l’effort de guerre est mis à mal par l’imprévisibilité croissante de Donald Trump, revenu à la Maison-Blanche en janvier. Ces dernières semaines, il a successivement suspendu, puis rétabli, une livraison d’armes à l’Ukraine, envisageant apparemment d’envoyer des systèmes de missiles Patriot supplémentaires. Ces revirements alimentent l’incertitude sur la continuité du soutien américain.
Dans un accès rare de critique ouverte, le président américain a néanmoins taclé son homologue russe Vladimir Poutine cette semaine, estimant que ce dernier « raconte beaucoup de conneries », et que, même s’il pouvait se montrer « gentil », ses promesses étaient souvent sans fondement.
Mais malgré les revirements des États-Unis, l’opinion publique reste résolument du côté de l’Ukraine en Europe.
En dépit des revirements de Washington, l’Europe reste globalement unie sur la question du soutien à Kiev. Selon un récent sondage ECFR, une majorité ou une pluralité dans onze des douze pays européens interrogés s’oppose à la fin du soutien militaire, à la cession des territoires occupés par l’Ukraine ou à la levée des sanctions contre Moscou – et ce même si les États-Unis devaient le faire.
Le soutien à la poursuite de l’aide militaire reste le plus fort au Danemark (78 %), au Portugal (74 %), au Royaume-Uni (73 %) et en Estonie (68 %).
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]