L’état de droit en Grèce ne constitue pas une question européenne, selon Manfred Weber

Le président PPE, Manfred Weber, a déclaré mercredi (29 mars) que l’état de droit en Grèce constituait une question nationale et non un sujet européen à débattre au Parlement européen, déclenchant une vive réaction de la part d’autres groupes politiques.

Euractiv.com
EU Parliament plenary session
La perquisition de ce mardi (4 avril) au siège du PPE à Bruxelles a renforcé la frustration déjà présente concernant Manfred Weber et ses choix à la tête du groupe parlementaire de centre droit. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

Le président du Parti populaire européen (PPE), Manfred Weber, a déclaré mercredi (29 mars) que l’état de droit en Grèce constituait une question nationale et non un sujet européen à débattre au Parlement européen, déclenchant une vive réaction de la part d’autres groupes politiques.

La primauté du droit en Grèce est revenue à l’ordre du jour du Parlement européen après que les Verts ont proposé d’en discuter pour la deuxième fois lors de la session plénière, dans le but de voter une résolution en avril.

Les Verts, soutenus par la Gauche européenne, les Socialistes et Démocrates (S&D) et le parti centriste Renew Europe, ont fait passer leur proposition par 237 voix contre 172.

Le PPE, auquel appartient le parti de la Nouvelle Démocratie, au pouvoir en Grèce, a tenté de bloquer le débat lors de la séance plénière jeudi (30 mars), affirmant qu’il s’agissait d’une question nationale et non européenne.

« Le Parlement européen devient une plateforme pour les débats nationaux […] Nous ne pouvons pas continuer de la sorte », a déclaré le président du PPE, M. Weber.

M. Weber a souligné que le Parlement européen devrait plutôt se concentrer sur des questions purement européennes et a appelé les législateurs de l’UE à « garder à l’esprit » que la Grèce organisera des élections dans six semaines.

Un débat animé a déjà eu lieu le mois dernier après qu’une mission du Parlement européen en Grèce (menée par la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures — LIBE) avait conclu que l’état de droit en Grèce était confronté à de « très sérieuses menaces ».

« Bien que la Grèce dispose d’un cadre institutionnel et juridique solide, d’une société civile dynamique et de médias indépendants, la délégation note qu’il existe de très sérieuses menaces pour l’état de droit et les droits fondamentaux », a indiqué le 8 mars Sophie in ’t Veld, cheffe de la mission et eurodéputée centriste (Renew Europe).

Le Parlement européen s’est particulièrement inquiété de l’indépendance de la justice, de la liberté de la presse et du scandale des écoutes téléphoniques impliquant les services secrets grecs.

Les services secrets grecs ont mis sur écoute les téléphones de deux eurodéputés grecs dans le cadre du scandale dit du « Watergate grec ».

L’un d’entre eux est l’eurodéputé socialiste et président du parti socialiste grec (Pasok) Níkos Androulákis ; l’autre s’appelle Yórgos Kýrtsos, ancien député du PPE, actuellement membre de Renew Europe.

L’eurodéputé de Syriza, principal parti d’opposition, Stelios Kouloglou, a critiqué M. Weber pour ses déclarations.

« Deux de nos collègues ici présents ont été victimes de surveillance, et nous avons tous discuté avec eux. M. Kýrtsos était l’un d’entre eux et il a été membre de votre parti dans le passé. Vous lui parliez. Les services secrets grecs vous écoutaient donc aussi. Vous ne vous en inquiétez pas ? » a déclaré M. Kouloglou.

Quand l’état de droit en Hongrie était une question européenne

Le débat sur l’état de droit en Grèce cause des maux de tête au PPE, qui tente de balayer la question sous le tapis depuis des mois.

Il contredit également la position passée du PPE sur l’état de droit en Hongrie. Le parti Fidesz de Viktor Orbán a quitté le groupe PPE en mars 2021 après que les législateurs de centre droit ont modifié les règles internes du groupe afin d’établir un mécanisme de protection de l’état de droit.

« J’ai promis pendant la campagne électorale de mettre en place un tel mécanisme indépendant pour l’état de droit, car [ce principe] est fondamental pour l’Union européenne », avait expliqué M. Weber à l’époque.

L’affaire provoque également des problèmes au Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis, car elle détruit son image de réformateur libéral à la veille des élections nationales dans lesquelles il est au coude à coude avec Aléxis Tsípras, leader de Syriza, partie de gauche.