L’Espagne récolte des millions d’euros dans le cadre de ses « taxes de solidarité »

Les grandes entreprises énergétiques et les institutions financières espagnoles ont jusqu’à présent versé 1,45 milliard d’euros dans le cadre d’une première tranche de deux taxes extraordinaires imposées par le gouvernement à ces deux secteurs.

EFE avec EURACTIV.com
Spanish Government Weekly Cabinet Meeting
Les secteurs de la finance et de l’énergie « bénéficient du soutien clair du gouvernement », même s’ils doivent « faire un petit effort et contribuer à aider les citoyens », a expliqué María Jesús Montero. Elle a rappelé que le gouvernement avait sauvé de nombreuses banques espagnoles lors de la crise financière de 2008. [EPA-EFE/MARISCAL]

Les grandes entreprises énergétiques et les institutions financières espagnoles ont jusqu’à présent versé 1,45 milliard d’euros dans le cadre d’une première tranche de deux taxes extraordinaires imposées par le gouvernement à ces deux secteurs, a indiqué mardi la ministre des Finances, María Jesús Montero.

Lors d’une conférence de presse mardi (21 février) à Madrid, Mme Montero (PSOE — S&D) a souligné que l’impôt exceptionnel pour les entreprises du secteur de l’énergie a permis de collecter 817,4 millions d’euros et l’impôt pour le secteur bancaire 637,1 millions d’euros.

Les secteurs de la finance et de l’énergie « bénéficient du soutien clair du gouvernement », même s’ils doivent « faire un petit effort et contribuer à aider les citoyens », a expliqué Mme Montero. Elle a rappelé que le gouvernement avait sauvé de nombreuses banques espagnoles lors de la crise financière de 2008.

« Il est maintenant temps (…) de se serrer les coudes », a souligné la ministre.

Les deux secteurs d’activité voient cependant cette mesure d’un mauvais œil.

L’association des grandes entreprises espagnoles du secteur de l’électricité (Aelec) étudie tous les arguments juridiques disponibles afin de les présenter prochainement au niveau de l’UE, ont déclaré des sources au quotidien financier Cinco Días.

De son côté, l’association espagnole des patrons du secteur bancaire a récemment annoncé qu’elle ferait appel de la décision d’imposer une taxe extraordinaire au secteur.

Les grandes entreprises énergétiques et les banques avaient jusqu’à lundi pour verser la première tranche de deux taxes de plusieurs milliards d’euros approuvées en 2022 par Madrid en vue de pallier les effets de l’inflation sur les consommateurs vulnérables.

Le ministère des Finances prévoit que la collecte annuelle des deux taxes temporaires (applicables en 2023 et 2024) dépassera 2,9 milliards d’euros, conformément aux prévisions initiales du gouvernement.

Les deux taxes sont « tout à fait raisonnables » pour ces deux secteurs qui ont réalisé des bénéfices de plusieurs milliards en 2022 — soit 20,5 milliards d’euros pour les grandes banques et 12 milliards d’euros pour les entreprises énergétiques — a souligné Mme Montero.

Des impôts « proportionnés »

Compte tenu de ces éléments, les deux impôts extraordinaires ne peuvent pas être « considérés comme confiscatoires », mais « proportionnés », a précisé Mme Montero.

Les impôts extraordinaires, en vigueur depuis janvier, portent respectivement sur la marge d’intermédiation et les revenus des activités non réglementées en Espagne. La moitié de ce montant est payée dans les vingt premiers jours de février, sous la forme d’un « paiement anticipé ».

La nouvelle estimation de la perception de ces deux nouveaux outils fiscaux — après les récents changements introduits par le Parlement espagnol — s’élève à 1,7 milliard d’euros par an pour les grandes entreprises énergétiques et à 1,3 milliard d’euros par an pour les grandes banques.

Ces deux taxes, ainsi que l’« impôt de solidarité » sur les grandes fortunes, visent à faire progresser la « justice fiscale » et à lutter contre les inégalités, a rappelé la ministre.

Des élections municipales auront lieu en mai en Espagne — un scrutin que beaucoup considèrent comme constituant la première mise à l’épreuve de la coalition gouvernementale du Premier ministre Pedro Sanchez avec le parti de gauche Unidas Podemos (Unies nous pouvons — GUE/NGL).

Les élections générales auront lieu en décembre, alors que l’Espagne entrera dans le dernier mois de sa présidence du Conseil de l’UE, qui débute le 1er juillet pour une période de six mois.