Les voisins de l’Allemagne tirent la sonnette d’alarme face au retour des contrôles aux frontières

Alors que la pression monte à Berlin pour réintroduire les contrôles aux frontières allemandes, les États membres de l’UE voisins mettent en garde contre l’effet domino que cette mesure pourrait avoir sur l’espace sans frontières de Schengen.

Euractiv.com
CDU federal party conference
Friedrich Merz (g), président fédéral de la CDU, se tient à côté de Markus Söder (CSU), ministre-président de la Bavière, après son discours lors de la conférence fédérale du parti CDU. [(Photo by Michael Kappeler/picture alliance via Getty Images)]

Alors que la pression monte à Berlin pour réintroduire des contrôles aux frontières allemandes, les États membres de l’UE voisins mettent en garde contre l’effet domino que cette mesure pourrait avoir au sein de l’espace Schengen.

L’espace Schengen, considéré comme le joyau de l’intégration européenne, est soumis à des pressions croissantes depuis quelques années, de plus en plus d’États membres réintroduisant des contrôles à leurs frontières nationales.

L’Allemagne est à l’avant-garde de cette tendance, utilisant des contrôles permanents pour lutter contre les flux migratoires irréguliers à ses frontières méridionales et orientales. La pression augmente aussi à Berlin pour réintroduire des contrôles permanents à toutes les frontières allemandes, les conservateurs de l’Union chrétienne démocrate d’Allemagne (CDU) et de l’Union chrétienne sociale en Bavière (CSU) y étant particulièrement favorables.

« Les contrôles aux frontières de tous les Länder allemands doivent être maintenus », ont écrit les chefs respectifs de la CDU et de la CSU, Friedrich Merz et Markus Söder, dans une tribune publiée dans Bild, faisant référence aux contrôles temporaires qui ont été mis en place pendant le Championnat d’Europe de football.

Bien que la CDU ne soit pas actuellement au pouvoir, elle occupe régulièrement la première place dans les sondages, et pourrait regagner la chancellerie à l’issue des prochaines élections fédérales allemandes, en 2025. Cette initiative est également soutenue par le parti libéral FDP, qui a fait de la lutte contre l’immigration clandestine l’une de ses priorités.

Les voisins orientaux de l’Allemagne, qui ont longtemps été séparés du reste de l’Europe par le rideau de fer, sont particulièrement surpris par cette tendance.

« Il s’agirait d’une dérogation fondamentale à la législation actuelle et au principe même de Schengen, qui entraînerait sans aucun doute un effet domino de contrôles dans tout l’espace Schengen », a déclaré Hana Malá, porte-parole du ministère tchèque de l’Intérieur, à Euractiv République tchèque.

« Cette question doit être abordée au plus haut niveau politique à l’échelle européenne », a-t-elle ajouté.

La Pologne, comme la République tchèque, a averti que les contrôles actuels entraînent déjà des difficultés liées au trafic frontalier et a demandé à l’Allemagne d’envisager une abolition rapide des contrôles à la frontière polonaise et des mesures alternatives possibles, a indiqué le ministère de l’Intérieur à Euractiv.

Jusqu’à présent, Berlin a introduit des contrôles à ses frontières avec la République tchèque, la Pologne et l’Autriche. La ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser, a souligné qu’ils resteraient en place jusqu’à ce que l’immigration irrégulière diminue de manière significative.

Au grand regret de ses voisins, il est peu probable que cela se produise de sitôt. Selon un nouveau rapport de la police fédérale datant du mercredi 21 août, le flux de migration irrégulière a atteint les niveaux les plus élevés depuis 2016, lorsque la crise des réfugiés a tenu l’Europe en alerte.

Bien que la plupart des contrôles aux frontières actuellement en place aient été introduits il y a plusieurs années — les contrôles à la frontière autrichienne remontant à la crise des réfugiés de 2015 — le plan proposé par la CDU/CSU affecterait également les voisins du nord et de l’ouest de l’Allemagne, et ce pour la première fois.

Certains États membres de l’UE, comme le Danemark, ne sont pas effrayés par cette perspective, un porte-parole du gouvernement danois ayant déclaré que cela « ne changerait pas grand-chose », mais d’autres sont plus inquiets.

« Pour un pays comme le nôtre, situé au cœur de l’Europe et doté d’une économie très ouverte, le bon fonctionnement de l’espace Schengen est essentiel », a déclaré un porte-parole du gouvernement belge à Euractiv.

Les voisins de la Belgique ne sont pas les seuls à tirer la sonnette d’alarme. Les Verts allemands, qui font partie de la coalition gouvernementale tripartite à Berlin, ont également mis en garde contre le fait que les contrôles mineraient l’espace Schengen.

Dans une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, les Verts ont pris le contre-pied de leur propre gouvernement en exprimant leurs « préoccupations concernant les contrôles aux frontières fixes introduits par le ministère fédéral de l’Intérieur ».

La lettre affirme également que les contrôles frontaliers ne sont pas conformes à la législation européenne, car ils doivent être exceptionnels, strictement limités dans le temps et constituer une mesure de dernier recours.

« Un nouveau rapport d’experts montre que l’effet escompté des contrôles aux frontières et les rapports de réussite correspondants sont très discutables et, dans de nombreux cas, ne sont pas statistiquement prouvés », peut-on lire dans la lettre.

Aleksandra Krzysztoszek, Aneta Zachová et Charles Szumski ont contribué à la rédaction de cet article.